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CHRISTOPHER NOLAN


Détendu et souriant, Christopher Nolan, le réalisateur du culte Memento expose ses choix artistiques. Ses polars ténébreux cachent sous les apparats du film de genre, un univers complexe et passionnant. Conférence de presse autour de son dernier opus, Insomnia.


FilmDeCulte - Quelle est la genèse du film?

Christopher Nolan - J'ai vu le film original norvégien en 1997. L'histoire m'a passionné. Je me suis renseigné. J'ai appris que les droits appartenaient à la Warner qui souhaitait en faire un remake. Je me suis immédiatement proposé comme scénariste mais le projet avait déjà été confié à Hilary (NDLR: Seitz- la scénariste du film). Après le succès de Memento j'ai eu plus de possibilités, plus d'ouvertures. J'étais séduit par le script de Hilary, le déplacement de l'histoire en Alaska, les développements des personnages.


FilmDeCulte - Pourquoi réaliser un remake d'un film récent?

Christopher Nolan – Je ne voulais pas d'un remake plan par plan. C'est inutile. Ce qui m'intéressait dans ce projet c'était d'apporter une approche plus subjective à l'histoire. Je voulais provoquer l'empathie du spectateur pour les personnages. Dans l'original, les différents protagonistes étaient froids et distants. Je souhaitais créer des personnages semblables à ceux des films des années 50 comme Stranger in the train d'Alfred Hitchcock et La Soif du Mal d'Orson Welles. C'est pour cela que je tenais à bénéficier d'un tel casting avec deux acteurs, Al Pacino et Robin Willimas que tout le monde aime instantanément. J'ai également développé les relations entre les personnages, surtout avec le vieux flic joué par Al Pacino et la jeune inspectrice qui l'idolâtre.


FilmDeCulte - Comme dans Memento le héros doit se remettre sans cesse en question. Avez-vous éprouvé ce sentiment avec ce premier film à Hollywood?

Christopher Nolan – Je suis très intéressé par le conflit entre la vision subjective d'un individu et la réalité objective. Pour moi, le cinéma est le meilleur médium pour développer cette tension. C'est pour ça que j'aime créer des personnages "sympathiques" engagés dans ce conflit. J'aime les anti-héros au fond si terriblement humains. Pour ma place à Hollywood (rires), j'admire les réalisateurs pris dans le système hollywoodien mais qui parviennent à garder leur personnalité et leur intégrité.


FilmDeCulte - Pourquoi choisir des héros plus âgés?

Christopher Nolan – J'aime les héros qui ont une expérience de la vie, les personnages dont le passé a des conséquences sur les actions présentes et futures. Avec des jeunes acteurs, je ne pouvais pas approfondir la psychologie des personnages. Al (Pacino) et Robin (Williams) ont été parfaits.


FilmDeCulte - Le nom du personnage central (Dormeur) est-il une coïncidence?

Christopher Nolan – (rires) Je parle un peu français et donc je connaissais le sens du mot. Bon, on ne peut prévoir non plus le sens de chaque mot dans les différents pays. Ce n'est pas de mon fait. Hilary (la scénariste du film) adore donner des noms signifiants qui provoquent d'emblée des émotions. La ville s'appelle ainsi Nightmute.


FilmDeCulte - Vous êtes-vous nourri de votre propre expérience pour les scènes d'imsomnie?

Christopher Nolan – Le tournage était physiquement très fatiguant. J'ai donc bien dormi (rires). Par contre lors de la post-production, je me suis effectivement servi de mon expérience. Mon épouse venait d'accoucher et je ne pouvais plus dormir. Je connaissais donc parfaitement les petits moments d'angoisses et les petits bruits d'une nuit sans sommeil.


FilmDeCulte - Pourquoi avez-vous conserver le titre de l'original?

Christopher Nolan – Le titre original était parfait. J'aime les titres en un mot. De plus il paraissait assez vendeur.


Propos reccueillis par Yannick.
Deauville, le 31 août 2002.



 
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