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PAUL MORRISSEY
Il faut impérativement profiter de la ressortie en copies neuves des trois
films de Paul Morrissey, Flesh, Trash, et Heat, pour se replonger dans cette époque qui a
vu éclore le cinéma indépendant. Et cela pour deux raisons. La première est que découvrir dans de telles
conditions trois films fondateurs du cinéma underground, inspirateurs de tout ce qui a pu suivre depuis, est une
expérience unique pour un cinéphile. La deuxième raison est d'ordre plus intime. C'est tout simplement que nous
le devons à Paul Morrissey, qui n'a de cesse de répéter, notamment à travers l'entretien qui suit, qu'il est bien
l'auteur complet de ces trois films que l'on attribue un peu trop paresseusement à Andy Warhol. Or, dès le premier
plan de Flesh, la rupture avec le cinéma de Warhol est telle qu'il devient impossible de considérer plus
longtemps Paul Morrissey comme un simple exécuteur de commandes. Profitons donc de cette ressortie que l'on peut
légitimement considérer comme un mini événement pour remettre les pendules à l'heure, Warhol à sa place de
producteur, et Morrissey à celle d'auteur complet de ces trois films uniques.
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| Paul Morrissey |
FilmDeCulte - Quelle était votre place au sein de la Warhol Factory
et comment y êtes-vous entré?
Paul Morrissey - Paul Morrissey - Je suis arrivé en 1965 dans cet immense loft.
Dans cet espace, je projetais l'un de mes films, une animation, et Andy diffusait l'un des siens. C'était un film
expérimental qu'il avait produit, mais que quelqu'un d'autre réalisait, un plan séquence de trente-cinq minutes
durant lequel la caméra ne bougeait pas du tout. Andy Warhol avait sans cesse peur de bouger la caméra, et
quelqu'un lui avait suggéré de positionner la fille devant la caméra et de faire tourner cette dernière autour
d'elle. Il n'y avait pas de son dans mon film, juste de la musique, contrairement à celui de Warhol, qui contenait
une bande son atroce, très mauvaise. Tout était mauvais dans ce film, le son, la lumière, le cadre, etc. Juste
après la projection du film, quelqu'un est venu me voir, timidement, et a complimenté mon film, parlant du son,
de la lumière, de la mise au point, etc. Andy s'est alors adressé à moi et m'a proposé de venir l'aider à faire
des films. Je pensais qu'il avait juste besoin d'une aide technique, et je lui ai répondu que j'étais libre et
disposé à commencer dès que possible, dans les jours suivants. Cela paraît être une longue histoire par rapport
à votre question, mais c'est vraiment pour poser le début de cette aventure telle qu'elle s'est déroulée. Le jour
où j'ai commencé à la Factory, Andy avait invité entre vingt et vingt-cinq personnes et lorsque je lui ai
demandé quel serait mon job, il m'a dit qu'il y avait des gens, une caméra, et qu'il ne savait pas trop quoi en
faire. Dès ce jour, j'ai réalisé que Warhol voulait que je prenne en charge la mise en scène de ces films
expérimentaux, car lui n'avait pas la moindre idée de ce qu'il pouvait en faire. Je raconte tout cela parce que
les gens ont régulièrement cette idée idiote que Andy réalisait des films, ce qui était faux. Que je l'aidais à
réaliser des films, ce qui était faux également. Ou que j'ai fait mes films après que lui ait fait les siens. Ce
qui était tout aussi faux, il n'a jamais fait de film! Il les a produit, il a aidé financièrement, et c'est tout.
Lorsque j'ai commencé à tourner, j'ai donné quelques indications très simples mais très précises. Concernant les
acteurs, les dialogues, le travail sur la lumière. J'ai donc donné des indications par rapport à toutes les
expérimentations qu'Andy voulait faire. Au fur et à mesure de ces travaux et du visionnage des rushes, Warhol
voulait que je sois là de plus en plus souvent, afin de vérifier tout ça, et parce que son but était que tout
cela rapporte de l'argent, puisque l'art en général - la peinture, la sculpture - n'était pas quelque chose de
lucratif. Je suis ainsi devenu son manager, et mon boulot était de trouver des idées pour gagner de l'argent.
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| Paul Morrissey et Andy Warhol |
FilmDeCulte - En dehors de Flesh, Trash et Heat,
avez-vous travaillé de près ou de loin sur d'autres films de Warhol?
Paul Morrissey – C'est une question qui, pour moi, n'a pas de sens. Andy Warhol
ne faisait que produire ces films là, toutes les idées venaient de ceux qui tournaient les films. Avant que
j'arrive à la Factory, quelqu'un d'autre se chargeait de la mise en scène. Tous ces films qui existent
et qui sont supposés être de Warhol ne le sont en fait pas du tout. Il apportait l'argent et faisait travailler
quelqu'un d'autre. En France, est-ce que vous parlez des films d'Alain Sarde?