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ENTRETIEN AVEC MICHEL GONDRY


Encore mal remis du décalage horaire, le cinéaste français a reçu la presse Internet dans une suite de l'hôtel Royal à Deauville à l'occasion de la présentation de son nouveau film, Eternal Sunshine of the Spotless Mind. FilmDeCulte était évidemment présent pour recueillir les confidences du réalisateur.


FilmDeCulte - Le film a un aspect très artisanal, notamment dans les effets spéciaux. Pourquoi avoir choisi cette méthode?

Michel Gondry - D'une part, je ne voulais pas que les effets prennent le pas sur l'histoire. Et d'autre part, les effets conçus dès la production, par la caméra, sont plus déstabilisants pour le spectateur et finalement plus simples à mettre en place. J'ai commencé à filmer après l'achat d'une caméra 16 mm à la braderie de Lille et j'ai tout de suite été très intéressé par les potentialités offertes par cet outil sans avoir recours à une aide technique extérieure. Maintenant, même si j'ai une équipe et plus de matériel, j'ai gardé en tête toutes les possibilités que l'on a avec une caméra. J'aime, par exemple, la magie qu'offre le travail sur les échelles. Plutôt que d'aller dans des espaces immenses pour créer un impact sur le spectateur. J'ai toujours été intéressé par des artistes qui fabriquaient des rêves, une atmosphère magique avec peu de choses. Pour Eternal Sunshine of the Spotless Mind, j'ai beaucoup utilisé de trucages optiques. Par exemple, pour la scène sous la table avec Jim Carrey, il s'agit juste d'un changement de proportion. La table est plus grande à l'arrière qu'à l'avant et l'on a l'impression que plus le personnage avance, plus il rétrécit. Ces effets sont simples et beaucoup plus effrayants que de filmer avec des fonds bleus et de rajouter ensuite des effets digitaux. J'avais été très marqué par un documentaire sur les erreurs de perception et comment on peut la manipuler avec des effets optiques. Il y a avait notamment une pièce avec un côté grand et un côté petit, sauf que l'on ne le devine pas car la pièce est pratiquement carrée et du coup une personne apparaît comme un géant et l'autre comme un nain. Les deux personnages s'échangent un ballon. L'expérience continue et l'on se demande jusqu'où on sera trompé. On a même l'impression que le ballon grossit. L'expérience s'arrête et on comprend le processus quand le ballon roule au sol. J'ai toujours été impressionné par ce type de procédé.


FilmDeCulte - Cette façon d'aborder les effets spéciaux a-elle été bien comprise par la production?

Michel Gondry - Au début, ça n'a pas été facile. Il a fallu se bagarrer un petit peu car beaucoup souhaitaient que l'on mette en place les effets spéciaux lors de la post-production. Je les ai un peu conquis en leur montrant des exemples. Il y a ce plan quand Jim essaie d'arrêter la procédure. Il retourne dans sa mémoire pour revoir la scène où il commande l'effacement de Clémentine. Il se revoit parler au magnétophone. Il est deux fois dans la scène mais on l'a tourné en une seule séquence. Il parle au docteur et pendant que l'on panote sur le scientifique qui parle, il a vite changé de costume et changé de place sans que la caméra ne s'arrête de tourner. Et ensuite on repart sur le docteur et là de nouveau il change de costume. Au départ personne ne pensait que c'était possible et pourtant on a réussi cette scène. Et le fait de ne pas utiliser d'effets digitaux donne une formidable énergie à la séquence et tout le monde était bluffé. Du coup toute l'équipe était enthousiaste et c'est très motivant. Pour la scène de la librairie, on a crée un mini appartement au fond d'une véritable librairie. Ce sont des choses qui m'amusent. On avait également construit un coin d'un restaurant chinois dans cette librairie pour ne jamais la perdre de vue en contre-champ. L'idée d'insérer des murs, des éléments de décor dans un cadre qui n'est pas le même, est quelque chose qui m'intrigue, qui me motive.


FilmDeCulte - Comment avez-vous mis en place la scène de la voiture où l'on voit défiler les souvenirs de Joel?

Michel Gondry - En fait, c'était assez simple. On avait simplement pris une porte de la voiture. On l'avait mis devant la Dolly et l'on effectuait le trajet ainsi entre les différents décors. On avait accumulé tous les décors du film réalisés en studio le long d'un travelling et on a fait rouler la voiture devant avec la caméra dedans. C'est de cette façon que l'on a concrètement mis en place les derniers flashs de Joel avant son réveil.


FilmDeCulte - Toujours concernant l'univers visuel, Joel dans le film porte souvent des vêtements à rayures. C'est également votre cas aujourd'hui. Est-ce un hasard?

Michel Gondry - Les rayures sont un élément graphique intéressant, très simple. J'ai toujours porté des couleurs vives, peut-être par réaction, car j'avais traversé des années corbeau. Avec mon groupe Oui-Oui, on était un peu en rébellion contre le look corbeau, le style gothique. Les rayures sont une manière de mettre plus de couleurs dans un espace donné. J'ai souvent aussi des chemises à carreau. C'est peut-être aussi un élement qui vient de mon enfance dans les années 70. Je me suis toujours senti plus intégré avec des couleurs vives qu'avec des couleurs sombres. Quand j'étais adolescent, ma mère me tricotait des pulls new-wave avec des triangles et des couleurs flashy. J'ai sans doute été marqué par ça.


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