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MAURICE BARTHELEMY


Au commencement, il y eut les Robins des Bois. Puis il y eut l’acteur. Depuis un an, il y a aussi le réalisateur. Dans l’ambiance feutrée d’un grand hôtel parisien, Maurice Barthélémy, sa bonne humeur et sa gentillesse, nous ont accordé un entretien afin de pénétrer un peu plus dans l’univers de son nouveau film en tant que metteur en scène: Papa.


FilmDeCulte - Maurice, on ne vous connaissait pas cette facette sensible. Etait-il temps pour vous de la laisser s’exprimer?

Maurice Barthélémy - Oui il était temps (rires). En fait c’est un sujet qui me tient à cœur. C’est une histoire qui est arrivée à quelqu’un qui m’est proche et j’ai vécu ce drame en même temps qu’elle, de façon bien évidemment moins brûlante parce que j’étais un tout petit peu plus éloigné, et du coup j’avais cette histoire qui était en moi et que je voulais sortir un jour d’une manière ou d’une autre. En fait le point de départ a été quand la personne que je connais se promenait avec son fils, scène que j’ai placée dans le film, comme ça en France et elle a décidé, comme ça, de s’arrêter dans de la famille. Alors qu’ils vont dîner, la personne qui les reçoit demande à la mère de ne pas évoquer le drame dont elle a été frappée pour ne pas choquer les enfants qui sont à table. Et moi ça m’avait tellement choqué. Parce que perdre un enfant c’est ce qu’il y a de pire au monde, mais en plus on se retrouve frappé d’une fatwa, on devient tout à coup une sorte de pestiféré, ou l’on ne peut pas en parler. Il ne faut même pas, à la limite, recevoir ces gens-là. On est rejeté. Cette histoire m’avait révolté et c’est cette conjonction entre ce que moi j’ai vécu et digéré, et cette révolte qui m’a donné envie de faire ce film. Mais ce n’est pas une volonté directe. Il n’y a pas une stratégie particulière de moi, Maurice Barthélémy venant des Robins, sortant Casablanca Driver, me disant: "Bon maintenant je vais taper dans un film plus grave. Non. Il n’y a qu’une volonté de raconter une histoire, tout en ne reniant pas mon passé, ce qui fait que c’est aussi un film dans lequel on peut se marrer beaucoup parce qu’il y a plein de personnages légers, plein de passages drôles mais où se trouvent aussi d’autres moments qui sont touchants et émouvants. Voilà. Moi si je peux continuer à faire du cinéma et développer un univers qui soit à la fois drôle mais aussi touchant et émouvant, ce serait l’idéal pour moi. Le cinéma italien est un cinéma qui est vachement construit là-dessus, tout comme celui de Ken Loach. J’adore pouvoir jouer à la fois sur différents types d’émotions. Alors ça peut paraître prétentieux mais c’est malgré tout mon objectif.


FilmDeCulte - Revenons un court instant sur le fait que cette histoire soit inspirée d’un fait réel. À quel moment la fiction dépasse-t-elle la réalité?

Maurice Barthélémy - En fait c’est un mélange des deux. Partant du fait réel qui est l’anecdote que je vous ai racontée tout à l’heure, moi j’ai imaginé tout ce qui avait pu se passer avant et tout ce qui avait pu se passer après. Mais je n’ai fait que l’imaginer. Je ne l’ai pas raconté tel que ça s’était passé. Après, ce qui fait appel à la réalité, c’est le rapport entre le père et son fils. Moi je me suis inspiré de tous les parents qui m’entourent, car à l’époque je n’étais pas encore père. Donc il ne s’agit que d’observation et du vécu aussi par rapport à ma propre relation avec mon père. Donc je dirais qu’il y a beaucoup de vécu. Et puis même sur Alain Chabat. À l’époque je le côtoyais quotidiennement sur l’écriture de RRRrrrr!!! et j’ai aussi inséré des trucs que j’avais remarqué chez lui, des thèmes qu’il abordait ou des façons de s’exprimer. Donc c’est un film qui raconte une histoire qui s’est réellement passée, mais sans respecter à la lettre ce qui a pu se passer. C’est un mélange de tout.


FilmDeCulte - Comment, quand on s’appelle Maurice Barthélemy et qu’on est surtout connu comme un artiste comique, arrive-t-on à monter un projet tel que Papa? Car après le succès relatif de RRRrrrr!!! et l’échec de Casablanca Driver, le financement a du être difficile. La présence d’Alain Chabat a-t-elle été essentielle au financement du film?

Maurice Barthélémy - Complètement. À partir du moment où l’on arrive à convaincre Alain Chabat de faire le film, et qu’il ne s’agit pas d’un film avec une économie trop élevée, le projet devient véritablement attractif. Surtout que même si Casablanca Driver a été un échec public, il a été, au sein de la profession, vraiment reconnu comme étant un film bien fait. Donc finalement j’ai eu beaucoup de bol. J’ai pu faire Papa vraiment rapidement. Car alors que Casablanca Driver sortait sur les écrans, je commençais la préparation du nouveau. Et comme les deux films ne partageaient pas la même société de productions, non pas que je me sois brouillé avec la première, j’ai eu l’opportunité de faire ce film assez vite, que ce soit au niveau de la préparation, au niveau du tournage, car six semaines de tournage c’est assez rapide pour un long métrage, et enfin au niveau du montage, avec un laps de temps assez serré d’un mois et demi. Et c’était vraiment bien comme conditions parce que j’aime bien travailler rapidement. C’est mon truc. Car ça garde l’énergie, ça stimule les équipes, ça aide les acteurs à rester concentré.


FilmDeCulte - Comment arrive-t-on à diriger un comédien comme Alain Chabat, et à lui faire sortir de telles émotions?

Maurice Barthélémy - En le "piégeant". En lui faisant croire à chaque fois que la scène qu’on va jouer est franchement du genre "les doigts dans le nez". J’ai tout fait pour ne pas lui mettre de pression et lui dire qu’il n’y aurait aucun lézard. Alors à chaque fois on attaquait les scènes un peu en biais en lui disant: "bon alors vas-y, on fait une 'italienne', dis le texte comme ça…". Puis au fur et à mesure de l’'italienne', je lui disais: "Tiens, peut-être que tu pourrais le faire un peu plus comme ça, etc.". Et en fait on abordait toujours les scènes délicates par le travail et non pas par la difficulté. Alain s’est donc retrouvé à faire un film sans vraiment s’en rendre compte. En plus l’ambiance était vraiment très détendue sur le plateau. Moi je suis plutôt un réalisateur qui travaille dans la détente, la décontraction, avec des gens que j’aime bien et en déconnant. Parce que c’est un tel plaisir pour moi de tourner que je ne peux pas ne pas déconner, même si j’aborde un film grave. Et donc cela c’est fait dans la décontraction et jamais dans la pression. C’était tout le temps du style: "Ouais, effectivement cette scène a l’air compliquée sur le papier, mais bon ça va. On va l’aborder de manière relax et ça va le faire". C’est en ça que je dis que je l’ai un peu piégé. C’est-à-dire qu’au début, avant d’attaquer le tournage, Chabat m’a dit: "Je ne sais pas comment l’aborder, j’appréhende, je ne sais pas comment l’interpréter". Et je lui ai répondu: "Surtout, n’aborde rien. Appréhende si tu veux, mais ce que je veux c’est toi! Je l’ai écrit pour toi, en pensant à toi, donc je ne veux que du toi. Et tous les doutes que tu peux avoir, toutes les appréhensions, toutes les incertitudes, elles m’intéressent parce que je vais les utiliser et je les placerais au montage et j’en ferais ma propre sauce". Donc comment j’ai fait pour qu’Alain soit si naturel? Et bien je l’ai simplement mis à l’aise. Et puis c’est vrai aussi que se retrouver face à un petit garçon aussi naturel et aussi spontané l’a aidé. Et l’univers clos de la voiture aide aussi parce qu’au final ils sont un peu coupés du tournage. Quand on se retrouve dans un studio ou dans un appartement, on a la caméra placée à quelques centimètres avec toute l’équipe derrière et il est vrai que c’est compliqué. Alors que quand on est dans une voiture, on est isolé. La caméra est souvent devant sur la voiture-travelling ou alors planquée derrière, etc., mais on l’oublie. Et je crois que ce naturel vient du fait qu’ils aient oublié la caméra à pas mal de moments et qu’ils ont pu improviser tranquillement sans se rendre compte qu’ils improvisaient.


FilmDeCulte - Y a-t-il eu beaucoup d’improvisation justement?

Maurice Barthélémy - Il y en a pas mal, oui. Le film était très écrit au départ et ce que je faisais c’est que je tournais la scène telle qu’elle était écrite et après je leur demandais d’en faire une freestyle où ils pouvaient un peu faire ce qu’ils voulaient. Ils restaient vraiment, la plupart du temps, dans leurs rails, mais par contre ils s’accordaient de petites libertés. Parfois j’allais même voir Martin en lui disant: "Tiens tu pourrais dire ça comme ça à Alain etc.". Et du coup ils s’amusaient beaucoup tous les deux à se surprendre.


FilmDeCulte - Justement, le fait d’avoir eu un tournage simple et très décontracté a aussi dû aider avec le jeu de Martin Combes.

Maurice Barthélémy - Exactement. Parce que Martin appréhendait lui aussi ce film. Il m’a même dit avant de lire le script: "Ecoute, je sais pas si j’ai envie de jouer ce film parce que j’ai peur que ça porte malchance à mon petit frère". Ce qui m’avait beaucoup étonné parce que je trouvais ça très mature comme position. Je trouvais ça très tendre et très mignon aussi. Alors je lui ai fait lire et juste après il m’a rappelé en me disant: "Ok, je le fais". C’était Alain Delon tout d’un coup (rires). Donc pour lui aussi c’était délicat. Mais il a été pris en main par une coach extraordinaire qui s’est occupé de lui 24h/24, qui à la fois lui donnait à manger le soir, le lavait, le peignait, lui faisait faire ses leçons, lui faisait apprendre son texte, jouait avec lui entre les prises. Bref, une vraie maman qui était avec lui tout le temps et qui a été essentielle. Et du coup, il était en confiance, il n’était pas inquiet, il n’avait pas le sentiment que ses parents lui manquaient, il avait trouvé en Alain une sorte de papa de rechange et du coup il s’est laissé aller et c’était très très agréable.


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