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MATT DAMON


Matt Damon est l'acteur idéal, à l'aise aussi bien sur l'écran que dans la vie. Toujours disponible pour le public et la presse, il a conquis Deauville et magnifiquement défendu Gerry, la dernière merveille de Gus Van Sant dont il est le co-scénariste et l'interprète principal.


FilmDeCulte - Comment s'est déroulé le tournage?

Matt Damon - Gus Van Sant, Casey Affleck et moi sommes partis en repérages en Argentine. Pendant le voyage, nous avons écrit le scénario, tourné la scène de la voiture, ainsi que le premier feu de camp. Puis nous avons été surpris par une tempête de neige dans la Pampa et donc décidé de quitter le pays. Nous avons ensuite hésité entre la Jordanie et la Vallée de la Mort pour finalement choisir cette dernière option. Les conditions étaient terribles avec une température de 45-50°. L'équipe technique a beaucoup souffert. Ils étaient équipés de gants de soudeurs pour poser les rails des travellings. Il y a eu beaucoup de malaises provoqués par la déshydratation. Un matin, Casey et moi avons voulu rejoindre le tournage à pied, marcher dans le désert comme les deux héros. Casey a fait ce jour-là un sérieux malaise. Nous ne pouvions pas tricher. Tout le monde a accepté ces conditions pour pouvoir travailler avec Gus Van Sant. Nous étions tous payé le minimum syndical mais c'était un rêve pour nous.


FilmDeCulte - Comment avez-vous imaginé le scénario?

Matt Damon - Nous avons traversé tous les trois l'Argentine avec une idée en tête, écrire une histoire sur deux hommes perdus dans le désert. Nous sommes passés par un petit village avec des petites cabanes. Nous avons occupé celle du centre appelée le manoir. Chaque soir, nous nous sommes regroupés là avec l'équipe technique. Chaque nuit, nous refaisions le film. Par exemple, nous n'avons fixé la fin du film qu'à la moitié du tournage. Nous n'arrêtions jamais avec Casey de parler de nos personnages.


FilmDeCulte - Comment avez-vous été dirigé par Gus Van Sant?

Matt Damon - Pour un acteur, les conditions extrêmes sont une chance. On lutte contre les éléments et on est donc dans le présent, dans l'action sans que cela nécessite de grands efforts de réflexion sur soi-même. C'est justement ce que Gus Van Sant voulait. Il nous a laissé une grande liberté. Avec Casey, on se connaît depuis l'enfance, donc entre nous, jouer l'amitié c'était naturel.


FilmDeCulte - Comment avez-vous filmé ce fameux plan séquence tête contre tête?

Matt Damon - J'avais préparé avec Casey un petit texte. Nous en étions très fiers. Première prise: on papote comme deux vieux amis en marchant. Gus Van Sant était mécontent. Il ne voulait pas de dialogue pour cette scène. Techniquement, il a utilisé une longue focale et un travelling. Le plan était très précis. Je devais parfois m'écarter de Casey puis me rapprocher. Gus Van Sant ne donnait souvent que des petites indications. S'il parle beaucoup, c'est mauvaise signe (rires). Son principal souci, c'est le rythme et si sur un tournage il donne l'impression d'être inactif, c'est en fait un gros bosseur.


FilmDeCulte - Pourquoi ce choix, aujourd'hui, d'un film purement contemplatif?

Matt Damon - Aujourd'hui aux Etats-Unis, il y a une nouvelle génération de réalisateurs très influencés par MTV. Les films sont souvent très découpés. Les studios font des films de plus en plus gros, de plus en plus chers, de plus en plus rapides. Nous voulions réaliser un film différent. Nous avons présenté le film à Sundance. Les réactions étaient partagées. Certains ont même défini le film comme de la torture mentale (rires). Moi-même en tant que spectateur, j'ai eu une expérience similaire sur le film Year of the Horse de Jim Jarmush. Il y a un plan très long sur un vieil homme qui marche. Au début, j'étais captivé, puis petit à petit, je me suis énervé, je voulais que ce plan se finisse au plus vite. Pourtant, aujourd'hui encore, ce plan me hante (ému)… J'ai compris que Gus Van Sant cherchait justement ça; la dilatation du temps permet une réelle émotion.


FilmDeCulte - On retrouve dans Gerry la même thématique que dans Good Will Hunting et les autres films de Gus Van Sant, en étiez-vous conscient à l'écriture?

Matt Damon - Je pense qu'un réalisateur fait toujours plus ou moins le même film car il y met son univers et sa personnalité. J'évoquais hier avec Régis Wargnier, la possibilité de donner le scénario de trente pages qui a servi à Gerry à quatre réalisateurs venus du monde entier. Cela donnerait forcément quatre long métrages très personnels et très différents.


Propos recueillis par Yannick Vély.
Le 12 septembre 2002.

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