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FilmDeCulte - C’est ce qu’on fait les cinéastes précédents. Mis à part Ringo Lam, aucun n’a réellement su le diriger. Même John Woo ou Tsui Hark l’ont montré comme une sorte de pantin, de clown, voire même comme symbole d’un échec du cinéma d’action.

Philippe Martinez - Je crois en effet que Ringo a fait ça, le considérer comme un être humain, notamment dans In Hell. Dans ce film, Jean-Claude commence à réaliser qu’il peut changer de cap, mais je crois qu’il est encore resté dans ce film un peu trop cérébral. Alors que chez lui, c’est le cœur qui régit tout, qui dirige tout.


FilmDeCulte - Aviez-vous discuté avec Van Damme des méthodes de Ringo Lam pour le diriger, notamment sur Replicant?

Philippe Martinez - Non, pas trop… Je sais qu’il a énormément de respect pour Ringo. Puis vous savez, chaque metteur en scène a ses techniques. Pour moi, un acteur est une éponge qui a absorbé plein de choses qu’il faut faire ressortir sur ce nouveau film. Je ne pensais pas qu’il fallait traiter cet acteur d’une façon cérébrale. Il fallait parler à son cœur. Il faut lui remémorer la chose qu’il a vécue et qui permet à ce moment-là de faire fonctionner la scène. Au final, ce film prévu pour la vidéo et le DVD sortira un peu partout dans les salles. Il a plutôt une bonne critique… On est contents, quoi.


FilmDeCulte - Revenons au visage de l’acteur… On a l’impression que vous triturez réellement ce visage, que vous faites exprès de souligner ses traits, ses rides.

Philippe Martinez - Un visage devient plus intéressant avec la vie et l’expérience que l’on peut avoir. Certains acteurs aiment bien se faire tirer la peau et subir un tas de trucs dans le genre. Alors qu’une ride qu’a Van Damme dans le film m’aide pour le personnage. Je voulais que la première image du film soit le visage de l’acteur, sur fond noir, et en gros plan. Quelque chose qui tranche totalement avec ses autres films, et ce qu’on attend de ce type de produit. Faire ça, vous savez, ça ne coûte pas très cher: une caméra, vous placez l’acteur dans le noir, vous allumez deux bougies et vous filmez son visage. A partir de là, le spectacle est uniquement constitué de ses rides, de sa vulnérabilité. Avec une simple image de ce genre, on peut avoir beaucoup plus qu’avec des effets spéciaux. Du moins, je peux avoir beaucoup plus.


FilmDeCulte - Etant donnés le thème du film, le genre abordé, le budget, on s’attendait à un sous John Woo, à une série B prenant ses marques dans le sillage de Woo ou de John McTiernan. Or, à aucun moment le film ne se rapproche de ces deux cinéastes.

Philippe Martinez - Ecoutez… D’abord, quand j’ai lu votre article, j’avoue que j’étais très content, ça fait plaisir de voir que des gens apprécient votre travail. Je l’ai envoyé à Jean-Claude, il était très touché. Mais je vous avoue que les influences dont vous parlez sont totalement inconscientes. Je connais très mal les cinéastes dont vous parlez. Cependant, vous savez, j’ai fait le conservatoire de théâtre à Marseille, et déjà à l’époque j’aimais tout ce qui était sobre. J’aime bien les héros graves, j’aime bien qu’on aille au bout de soi-même. J’aime la sobriété, le minimalisme et il était très important que cela se ressente dans le film. Je me sens à l’aise avec ça. J’aime bien voir un film de John Woo. Volte Face, c’est extraordinaire, c’est spectaculaire, j’ai passé deux heures fabuleuses. Mais moi, je ne sais pas faire ça. Et non seulement je ne sais pas le faire, mais en plus ce n’est pas vraiment la façon dont j’approche une histoire. Je vais prendre l’exemple des combats… Moi, j’essaye de vivre ce que vit le personnage. Si ma fille était entre les mains de Sun Quan, est-ce que j’irais me mettre à faire des combats qui durent dix minutes, où je me prends quinze coups de poing? Jamais je ne ferais ça, parce que je sais que chaque seconde que je perds m’éloigne un peu plus de ma fille. J’y vais pour tuer. Pas pour me battre, pour tuer et sauver ma fille! Au départ, je ne pensais même pas avoir à m’occuper de la chorégraphie des combats. Nous avions un chorégraphe spécialisé là dedans, un artiste martial… Immédiatement après la scène du restaurant, on a enchaîné le lendemain avec les scènes de combat. Je pensais laisser les chorégraphies libres à Jean-Claude, les laisser s’en occuper. Et je n’aimais pas du tout le résultat, je me disais… "Mais où on va, là?". On n’a pas le temps, là, il faut sauver le fils, il faut tuer, il faut que ton ennemi ne se relève pas dès le premier coup que tu lui portes. Et pour tout vous dire, l’influence que j’ai subie, concernant le réalisme du film… Bon, j’ai un oncle, qui joue dans le film le gros sadique à la perceuse, et qui a eu un parcours assez hallucinant. C’est un ancien bandit, qui a fait quelques années de prison, et qui s’est retiré des affaires comme on dit. Nous avions choisi André Pousse pour jouer le rôle de Max, et lorsqu’il est arrivé sur le tournage en Afrique du sud, il était malade, vraiment trop fragile. Nous avons donc appelé le matin même du premier jour de tournage un acteur que j’avais déjà utilisé dans Citizen Verdict, Anthony Fridjohn. Et comme je voulais ce petit côté gangster marseillais, j’ai proposé à mon oncle le rôle de Raymond, pour seconder Max. Ce rôle a donc été écrit, créé, directement sur le plateau. Ma plus grande influence vient de cet oncle. C’est pour ça que les références que vous citez m’ont fait sourire, d’autant que vous n’êtes pas le premier à m’en parler. Mais je me suis en fait contenté de calquer ma mise en scène sur la violence que l’on trouve dans les rues à Marseille.


FilmDeCulte - Votre film n’est d’ailleurs pas réellement un film d’action.

Philippe Martinez - Comme je vous l’ai dit, j’ai très peu de culture cinématographique, et encore moins en ce qui concerne le cinéma d’action. Je ne voulais surtout pas me laisser enfermer dans le format classique du film d’action. Ce qui a d’ailleurs été un problème énorme puisque nous avions un deal avec le distributeur Artisan (ndlr: Le Projet Blair Witch ). Quand ils ont reçu les premières images du film, en l’occurrence la scène du restaurant, ils m’ont reproché de faire un "film artistique" et ont annulé le contrat prévu. J’ai la chance d’être producteur de mon propre film et d’avoir la décision finale, mais cette histoire nous a quand même fait perdre 30% du budget au bout de trois jours de tournage. Les dirigeants d’Artisan, je leur ai même proposé de partir, de ne plus faire le film, en leur expliquant que je ne savais pas faire le type de film qu’ils demandaient. John Woo, McTiernan, c’est fabuleux, mais je ne sais pas le faire, je ne le ressens pas. J’essayerai de progresser dans mon prochain film. Mais pour le moment, je fais du dramatique, du reportage, du réel.


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