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FilmDeCulte - Distinguez-vous votre carrière d’acteur de votre carrière de réalisateur, ou diriez-vous que ce sont les deux facettes d’une même démarche artistique?
Marc Barbé - En tant qu’acteur, il faut se rendre le plus "filmable" possible c'est-à-dire, au niveau des sensations, d’essayer de saisir le film que cherche le réalisateur et de s’y inscrire, d’aller avec lui vers ce film. Donc en fonction des films et des réalisateurs, le travail est différent. On ne peut pas se comporter de la même façon. Je considère qu’en tant qu’acteur, on est complètement au service d’un film, on n’est pas en train de poursuivre une carrière. En tant que réalisateur, la démarche n’est pas la même. Le cinéma m’a beaucoup appris. Il m’a permis, assez naturellement, de montrer mes écrits, de trouver un producteur. J’ai beaucoup appris sur la fabrication des films, à faire la part entre ce qui m’intéresse et ce qui ne m’intéresse pas dans leur fabrication. C’est ça le lien entre acteur et réalisateur. Et puis il y a un autre lien: ce n’est pas en faisant des 40 minutes que je vais gagner ma vie, donc le fait d’être acteur me permet de prendre six mois pour faire un film. Parce que je ne réalise pas des films dans le but de me payer.
FilmDeCulte - Vous avez l’intention de réaliser un long?
Marc Barbé - Non je suis sur un projet. On me dit qu’il va faire 35 ou 40 minutes mais à mon avis il va faire au moins 50. Mais on va se débrouiller. La Serre de glace devait faire 28, il en fait 40. Je ne joue pas dedans.
FilmDeCulte - Concernant la direction d’acteurs, vous êtes plutôt strict ou vous laissez une marge d’improvisation?
Marc Barbé - En ce moment, je travaille avec des acteurs que j’ai déjà eu comme partenaires. Je leur dis très peu de choses. Je donne une information générale qui porte plutôt sur le physique du personnage. Si c’est quelqu’un qui marche vite ou lentement. Et le reste suit. Et puisque je suis avec de bons acteurs, je ne fais pas trop de prises. Parfois, bien sûr, quand les acteurs ont du mal, on est obligé de leur parler davantage mais c’est rare. Et puis il faut les laisser vivre. En tant qu’acteur je n’ai pas besoin qu’on me parle beaucoup, donc j’ai tendance à choisir des comédiens qui travaillent un peu comme moi. Et puis si je donnais beaucoup de directives, je ne suis pas certain que je dirais ce qu’il faut. Il y a des réalisateurs qui sont formidables, qui disent les bons mots au bon moment, pas moi. Et puis je préfère que ça se passe comme ça!
FilmDeCulte - Au studio Galande, on a compris que vous étiez très attiré par la musique. On vous a d’ailleurs vu au concert de Josh Pearson, il vous avait dédié une chanson…
Marc Barbé - Josh est un ami. Il est venu en Bulgarie sur le tournage de La Vie nouvelle. Et puis comme il n’avait pas envie de rentrer au Texas, on a partagé ma chambre d’hôtel. Ensuite il est rentré avec moi à Paris. On est devenu ami. C’est un très beau poète.
FilmDeCulte - Il va faire la musique de vos films?
Marc Barbé - Il fera la musique du prochain oui. On va travailler en improvisation. Je lui ai donné un poème et une chanson, un vieux blues. Je lui ai raconté le début du film. Ça l’a fait rire. Et puis on s’est dit que je monterais le film et qu’on se mettrait dans un studio et qu’on ferait des séances. Pendant peut-être une semaine. Trois ou quatre heures par jour, on projetterait le film muet et monté, il improviserait. Puis on le mixerait ensemble. Tout dans l’improvisation. J’ai envie de travailler comme ça avec lui. Sa musique a besoin d’espace, elle parle de ça d’ailleurs. J’ai envie de le laisser se barrer dans son univers avec mon film.
FilmDeCulte - Et quelle musique aimez-vous écouter?
Marc Barbé - J’écoute beaucoup de vieilles choses. Beaucoup de blues, ce qu’on a appelé la "doom generation" de Chicago, les gens comme Bobby Guy. Et sinon sur des trucs plus rock, j’aime beaucoup Alan Vega, Suicide. J’écoute aussi des groupes comme Captain Beefheart. J’aime beaucoup Lou Reed aussi, je trouve qu’il se bonifie à chaque album. J’ai eu un ami qui m’a fait découvrir l’Indus. Il y a des groupes comme Laibach que je trouve vachement bien mais je connais mal. Je vais peu en concert. J’ai un peu passé l’âge. Mais j’ai quand même vu Vega et Etant Donnés l’année dernière.
FilmDeCulte - Y a-t-il une question que vous aimeriez qu’on vous pose et que je ne vous ai pas posée?
Marc Barbé - Non… enfin si, je pense qu’il faut parler du danger de la disparition du support argentique. Le coda 40 a déjà disparu. On ne sait pas combien de temps le 16 va durer. Et quand la télé ne travaillera plus en 16 mais en HD, on va avoir des problèmes. Je pense qu’il faut en parler autant que possible. Pour faire comprendre aux gens que ce n’est pas vrai, le numérique ce n’est pas aussi bien que l’argentique.
FilmDeCulte - On sent chez vous un rapport physique avec la pellicule.
Marc Barbé - Oui, bien sûr c’est beau la pelloche: les émulsions, les tirages… C’est un travail différent de celui du numérique. Je n’ai aucun problème avec le numérique sauf celui-ci: au niveau d’une économie, le numérique supprime l’argentique et ça, ça me pose un problème. C’est comme la peinture, ce n’est pas parce qu’on a inventé l’acrylique qu’on n’a plus le droit de peindre à l’eau. Ce qui est en train de se passer est assez unique dans l’histoire de l’art. En photo, l’argentique a pratiquement déjà disparu. Je pense qu’il faut sensibiliser les institutions là-dessus. Il faut aider les laboratoires artisanaux qui se développent un peu partout pour que les jeunes qui veulent bosser avec la pellicule puissent le faire et ne se tournent pas directement vers le numérique. Même si le numérique convient très bien à certains films. Mais il faut que le support soit adéquat. Ce qu’a fait Kodak au cours du 20ème siècle est absolument magnifique mais ils s’orientent maintenant vers une pellicule standard qui est vouée à être traitée numériquement par la suite. Donc avec des pellicules qui n’auront plus beaucoup de personnalité. Et ça, on ne peut pas le faire dans son coin. S’il n’y a plus de recherche sur la pellicule et plus suffisamment de fabrication… Il faut sensibiliser Kodak. Car même s’ils ne font pas d’argent avec la pellicule, ils se rattrapent avec le numérique. Ils ont des réflexes de grosses boîtes, mais ce ne sont pas forcement des crétins. Il faut en parler pour que les artistes puissent faire ce qu’ils veulent.
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