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MARC BARBE


Réalisateur de films expérimentaux (le court N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit et le moyen La Serre de glace), Marc Barbé est surtout connu pour ses talents d’acteurs. Interprète-muse pour Philippe Grandrieux, il a mis son extraordinaire charisme au service d’autres réalisateurs aussi exigeants que brillants: Gérard Mordillat, Laetitia Masson, Diane Bertrand… En dehors de toute promo, il a eu la gentillesse de nous accorder un entretien pour revenir sur son parcours et ses projets.


FilmDeCulte - Comment êtes-vous devenu acteur?

Marc Barbé - Je suis devenu acteur grâce à Gérard Mordillat qui m’a demandé de jouer dans son film En compagnie d’Antonin Artaud. Petit à petit, on m’a rappelé pour d’autres films, un ou deux ans après. Et puis j’ai fini par vivre de ça.


FilmDeCulte - Donc le métier d’acteur n’a jamais été une vocation?

Marc Barbé - Non, j’étais très cinéphile étant gamin mais si le cinéma m’intéressait, ce n’était pas pour le métier d’acteur. Adolescent par-contre, la réalisation m’intriguait mais je n’ai pas poursuivi.


FilmDeCulte - Vous avez joué pour le théâtre aussi…

Marc Barbé - Oui. Dernièrement j’ai joué des textes de Michel Foucault au Théâtre de la Bastille. Auparavant, j’avais fait deux pièces avec le metteur en scène Slimane Benaïssa. Et encore avant, il y a deux ans, j’ai joué à Marseille Liliom de Ferenc Molnar, mis en scène par Alexis Moati et Stratis Vouyoucas. Une pièce qui a été adaptée au cinéma par Fritz Lang d’ailleurs.


FilmDeCulte - Vous avez joué dans toutes les fictions de Grandrieux. Qu’est-ce qui vous lie à lui?

Marc Barbé - Le cinéma, profondément. On se retrouve sur des choses essentielles même si, en tant que cinéaste, on ne fait pas les mêmes choses. On a un peu les mêmes soucis, j’ai l’impression qu’on s’inscrit dans une sorte de très grande nostalgie du monde, mais du monde présent, comme si on essayait de capter ce qui disparaît. On filme quelque chose comme la fuite du temps présent. Mais on ne le fait pas de la même manière. Lui se précipite pour faire apparaître ce qui disparaît. Moi je suis plus en retrait dans mon travail. Je suis plus contemplatif.


FilmDeCulte - D’ailleurs vous semblez avoir les mêmes obsessions, notamment une fascination pour le corps et la nature.

Marc Barbé - Oui, voilà. C’est une amitié qui est née du film parce que Sombre s’est vraiment fabriqué pendant le tournage. Grandrieux est un acteur de ses films. Il cadre, ne répète pas. La caméra est pour lui un partenaire de la scène. Physiquement, on est dans un accord très fort, on se sent très bien. De là est née une amitié forte, une sorte d’alchimie.


FilmDeCulte - Y a-t-il des réalisateurs pour lesquels vous aimeriez tourner?

Marc Barbé - Pas énormément parce que je vais rarement au cinéma. Donc je ne sais pas trop ce qui se passe. En plus, je vais voir très peu de films français, je sais encore moins ce qui se passe à ce niveau-là. Non mais tout scénario d’un illustre inconnu est le bienvenu, si c’est quelque chose qui peut donner un film.


FilmDeCulte - Et sans contrainte de nationalité?

Marc Barbé - J’aimerais beaucoup travailler avec Ferrara. Il fait des films très explosés et très hétérogènes. Même si certains de ses films sont un peu foireux, il a une façon de mettre ensemble des univers complètement étrangers les uns aux autres qui est très belle. Je n’ai pas encore vu Mary mais c’est prévu.


FilmDeCulte - Et des acteurs que vous aimeriez comme partenaires?

Marc Barbé - Non, je n’ai pas de trucs forts par rapport à ça. Il y a beaucoup d’acteurs remarquables. Encore une fois, je ne connais pas tellement les acteurs français, hormis ceux que tout le monde connaît. Les films m’attirent plus que les partenaires. Et puis je pense qu’on peut être très surpris, en bien et en mal, par les acteurs. Il y a beaucoup de rumeurs qui circulent sur eux qui sont toujours à peu près n’importe quoi. Leur façon d’être diffère d’un film à l’autre.


FilmDeCulte - Et des rôles que vous voudriez interpréter?

Marc Barbé - Non, ou alors des rôles pour lesquels je serais trop vieux. Ou alors des princesses. Mais personne ne veut me faire jouer le rôle d’une princesse…


FilmDeCulte - Les réalisateurs préfèrent vous faire jouer le rôle du grand méchant loup. Dans Marie et le loup, L’Annulaire

Marc Barbé - Dans Marie et le loup c’est un innocent en même temps. C’est un pauvre type. Dans L’Annulaire peut-être, mais c’est plutôt un revenant ou un vampire, quelque chose de plus effacé qu’un loup. C’est un film qui fait plus référence au fantastique qu’au conte de fée… Bon, un conte fantastique alors… Mais ça ne fait pas tant de films que ça.


FilmDeCulte - Et dans Sombre?

Marc Barbé - Oui ce film-là fait plus référence à La Belle et la bête. C’est une déclinaison de cette histoire: la vierge est la seule à pouvoir approcher la bête.


FilmDeCulte - Vous n’avez jamais joué de personnage dit "gentil"?

Marc Barbé - Si. Dans En compagnie d’Antonin Artaud et Paddy de Gérard Mordillat, dans Ce qu’ils imaginent d’Anne Théron. Mes personnages ne sont pas que des loups. Les rôles dont vous parlez sont une minorité mais ce sont ceux qui ont marqué.


FilmDeCulte - On aurait envie de vous comparer à Mitchum, notamment dans La Nuit du chasseur.

Marc Barbé - C’est un très beau film d’acteur. J’ai dit une connerie au Studio Galande. J’ai dit qu’il y avait peu de bons films d’acteurs. C’est faux. J’ai repensé aux films de Robert Duvall, de Clint Eastwood, à La Nuit du chasseur, le seul et unique film de Charles Laughton, qui est somptueux. Il n’y a pas longtemps, j’ai revu La Vengeance aux deux visages de Marlon Brando au second degré étonnant. Et puis en France, il y a les films de Gérard Blin. Plus expérimental, il y a les films de Clementi… Mais oui, La Nuit du chasseur c’est un film qui est toujours présent en moi. Je me retrouve dans ce mélange de naïveté et de terreur. Mais si vous voulez me comparer à Mitchum je vais rougir parce que c’est l’un des acteurs que je préfère. Il ne fait rien. Il balance ses répliques comme ça. Il a une présence incroyable.


FilmDeCulte - Et puis il y avait aussi chez Mitchum un rejet des institutions. Au studio Galande par exemple, vous avez eu une réflexion sur Les Cahiers du Cinéma…

Marc Barbé - Quand on met en avant les affres de la création, filmer, ne pas filmer, tout ça, ça banalise. Et puis aussi parce qu’avec Sombre, Les Cahiers se sont très mal comportés. Ils ont fait un petit entrefilet méprisant à la sortie et un mois après, parce qu’à la quinzaine des Cahiers du Cinéma, ils étaient vexés que le recteur de l’université, qui est aussi juré à Locarno, demande que Sombre ait un prix. Il ont créé un prix spécial et dans la foulée, Les Cahiers ont fait deux pages très agressives sur le film de Philippe Grandrieux. Ce sont donc des faux-culs. Il y a sûrement des articles très intéressants dans Les Cahiers, mais je ne lis pas les articles sur le cinéma.


FilmDeCulte - A ce propos, comment expliquez-vous que Sombre ait reçu un accueil positif un peu tardif?

Marc Barbé - Au niveau de la presse, effectivement, ça a été très violent. Il y a eu un article insultant de Lefort dans Libé, un ramassis d’insultes, un déversement de haine. Quelque chose d’incompréhensible. Mais Le Monde a fait un bel article. La critique était très partagée, les gens n’y sont pas allés.


FilmDeCulte - Et pour La Vie nouvelle?

Marc Barbé - Encore moins. La Vie nouvelle a souffert de l’effet culte de Sombre. Quand un film devient culte c’est très dangereux pour un réalisateur, parce que les fans se montent la tête et sont plus sévères avec le suivant.


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