FilmDeCulte - Si on y regarde de plus près, Quatre mariages et un enterrement ainsi que Coup de foudre à Notting Hill parlaient beaucoup de rapports entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Là aussi, mais de manière beaucoup plus diffuse, plus feutrée. Est-ce que ça veut dire que le cinéma européen n'a plus de complexe vis à vis du cinéma américain?
Richard Curtis - Je crois qu'hormis financièrement, le cinéma européen n'a jamais eu à regarder le cinéma américain comme une référence ou comme modèle. Les meilleurs films pour moi sont ceux qui parlent de ce qu'on connaît, de son territoire. A l'heure actuelle l'un des réalisateurs qui m'intéresse le plus actuellement est le Suédois Lukas Moodysson, qu'il parle de la Suède ou de la Russie. C'est ça qui m'intéresse, c'est qu'on parle de ce qu'on connaît. Du coup je parle d'histoires qui se passent en Angleterre et à Londres.
FilmDeCulte - Le film traite d'histoires d'amour qui se font et se défont, mais c'est aussi un film sur les retrouvailles, comme lors des scènes d'aéroport?
Richard Curtis - Il y a des scènes de retrouvailles que j'aime beaucoup. C'est aussi pour ça que j'ai situé le film à Noël parce que c'est le moment particulier où l'on est obligé de laisser une chance à l'amour, d'être romantique. En ce qui concerne les aéroports, je me suis retrouvé pendant 1h30 à attendre, attendre. Et dans les aéroports on n'attend qu'une personne, on est obnubilé par un seul regard, et quand je regardais autour de moi je trouvais très émouvantes ces émotions qui sont autour de vous et que d'habitude on ignore totalement.
FilmDeCulte - Qu'avez-vous pensé de votre passage à Marseille pour les scènes de Colin Firth et Lucia Moniz?
Richard Curtis - C'était la première fois que je quittais Londres pour un tournage, et c'était vraiment les 10 jours les plus heureux. Nous dînions tous ensemble, alors qu'à Londres, le soir, chacun rentre chez soi. On a ri, on a très bien mangé là-bas.
Lucia Moniz - Personnellement j'ai tout adoré à Marseille, sauf le lac (rires).
FilmDeCulte - Hugh Grant, n'est-ce pas difficile de toujours courir après la bonne personne à qui passer l'anneau et de devenir en quelque sorte le "Seigneur de l'anneau"?
Hugh Grant - Oui, et d'ailleurs j'ai probablement trop fait de comédies romantiques. Mais ce n'est pas tellement que je veuille absolument faire des films d'action ou des drames très profonds, j'ai besoin d'humour dans un scénario. Je ne suis pas un acteur très intéressant sinon. Mais ce que j'aime le moins dans une comédie romantique c'est l'aspect romantique de la comédie.
FilmDeCulte - Est-ce que George W.Bush et Tony Blair auront l'occasion de voir le film ensemble?
Hugh Grant - Absolument, d'ailleurs la Reine organise une soirée vidéo-pizza et accueillera Bush et Blair ensemble (rires).
Richard Curtis - Tony Blair m'a dit qu'il avait vu Coup de foudre à Notting Hill. Il a aimé mais était déçu que les personnages soient essentiellement des losers, des gens sans réel travail, et Love Actually est ma manière de lui répondre, si tant est que le job de Premier Ministre soit un boulot respectable.
FilmDeCulte - Quel importance accordez-vous à la musique dans Love Actually?
Richard Curtis - La pop music est une des choses que j'apprécie le plus. J'en écoute beaucoup quand j'écris, et la musique est toujours liée à ce qui en ressort. Du coup j'en mets beaucoup dans le film.
FilmDeCulte - Quelle serait votre définition du romantisme anglais?
Richard Curtis - Elle est multiple. On dit par exemple que mes films sont drôles, mais on le dit également des Monty Python, pourtant nous n'avons rien en commun, comme Astérix peut être drôle d'une façon totalement différente de Truffaut. Du coup je ne pense pas qu'il y ait une définition anglaise du romantisme.
Alan Rickman - C'est probablement faire l'amour sans ses chaussettes (rires). Et puis j'apprécie qu'on se soit un peu éloigné de l'univers de Jane Austen.
Martine McCutcheon - Je suis d'accord avec Richard, c'est difficile à définir. C'est totalement intime et personnel.
Rodrigo Santoro - Je ne pense pas qu'il y ait quelque chose de spécifique au romantisme anglais et c'est pour ça que les films touchent, qu'un film soit fait en Irak ou ici. Finalement nous avons tous nos propres désirs et nos propres souffrances, même si nos langues et nos cultures sont différentes.
Bill Nighy - Je ne suis pas un expert en la matière. C'était il y a bien longtemps... (rires) On dit toujours qu'il y a quelque chose de "spécial" chez les Anglais mais j'ignore ce qu'il y a derrière ce qualificatif. Je crois simplement qu'il y a une sorte de gêne à parler d'amour, et à fortiori à parler de sexe. On en parle peu et on se demande d'ailleurs comment faire des enfants. Ca fait partie d'une identité culturelle du pays.
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