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BLUEBERRY
A l’occasion de la sortie de son nouveau film atypique Blueberry, Jan Kounen a mis en place un système de rencontres avec le public UGC à la sortie des séances. FilmDeCulte a saisi l’occasion pour s’entretenir avec le réalisateur. Décontracté et bavard, il est revenu sur son film, son échec et sur l’éventuel impact qu’il pourrait avoir sur sa carrière et dans le cinéma de genre français.
FilmDeCulte - Pourquoi avez-vous mis environ sept ans pour arriver à Blueberry?
Jan Kounen - Parce que les chemins de ce film étaient un petit peu particuliers. J'avais choisi de montrer une expérience mystique, le chamanisme, et donc le western et donc Blueberry à cause de Moebius. A partir de là, on a commencé à écrire avec Gérard Brach et très vite on est arrivé face au chamanisme qui était pour moi une expérience sur la réalité, vivre la réalité différemment, mais en même temps, on a beau lire des tas de livres, quand on conçoit un personnage il faut le rencontrer. A la limite quand on fait un film de gangsters par exemple, on en a suffisamment dans notre culture, alors que le chamanisme, à part à travers quelques livres, ce n'est pas tellement présent. Donc à partir de là, j'ai pris mon sac à dos, je suis allé au Mexique puis après au Pérou, dans la jungle, et j'ai commencé à rencontrer des chamanes, et là j'ai vécu des choses assez fortes, et le film est quelque part le lien que j'ai tissé pendant trois ans. Je n'ai pas arrêté de retourner dans la jungle - j'ai commencé aussi le tournage d'un long documentaire - et de déconstruire le scénario en fait. L'expérience que j'avais conçue au départ était beaucoup plus contemplative et sur les perceptions, ce n'était pas visionnaire comme c'est maintenant dans le film. Puis je me suis retrouvé face à une expérience de visions et donc il a fallu changer beaucoup de choses et puis avancer aussi dans ce territoire. Tout ça a pris beaucoup de temps.
FilmDeCulte - On peut déceler dans le film de nombreuses références au western classique mais également au style spaghetti. Où situez-vous le film dans ce panorama?
Jan Kounen - D'abord je n'ai pas revu de westerns spaghettis, parce que j'étais déjà naturellement beaucoup influencé par ces films. Avec le Dobermann, j'avais fait une espèce de spaghetti urbain. Je ne les ai donc pas revus. Mais en même temps je les ai laissés rentrer à nouveau à partir du moment où j'ai bien vu que le film se dirigeait vers le monde indien et s'éloignait beaucoup du western spaghetti. A tel point que, quand on allait arriver dans la ville, au niveau musical surtout, on a joué des gimmicks et tout un tas de choses qui sont plutôt issues de l'influence spaghetti ou léonienne que de l'influence américaine.
En fait avant de faire le film, j'ai revu soixante-dix westerns. Plutôt les classiques américains en général, juste histoire de voir, afin de m'imprégner de tout ce qui avait été déjà fait. Puis j'ai refermé la porte et j'ai commencé à bosser. L'influence revient naturellement. Il y a des choses que je découvre à rebours mais que je n'ai pas faites intentionnellement, ce genre de trucs. C'est une sorte de mécanique. On n'invente rien, on s'inspire, on modifie, on récupère. Mais il y avait une symbolique par rapport au western américain, c'était la présence d'Ernest Borgnine en chaise roulante, c'est un peu l'état du western aujourd'hui. C'était des petits jeux comme ça avec le western. Le fait aussi que les duels n'arrivent jamais dans le film. Tout bon western - et donc mon film n'est pas un bon western - doit comporter un duel final. Ce que j'ai fait, c'est un duel psychique.
Tout ça, ce sont des touches. Mais pour le visuel par exemple, j'ai demandé à mon chef décorateur et ma costumière de voir La Porte du paradis, il y a plein de détails qui sont vraiment bien. Et puis j'avais bien aimé Le Vent de la plaine qui avait été tourné à Durango où nous avons tourné aussi. D'ailleurs j'ai retrouvé plein de paysages de Durango dans mon film qui sont aussi dans Le vent de la plaine.
Ensuite par rapport à la cinéphilie du western, il y a Jeremiah Johnson qui est évidemment un film qui compte. J'avais vraiment aimé le film de Jim Jarmush, Dead Man, mais je pense qu'on ne voit rien de cela.
FilmDeCulte - Pourtant avec le cheminement du personnage, son voyage vers la mort en compagnie d'un indien, le côté mystique, etc… on pourrait dire que, dans l'histoire du western, c'est celui dont votre film se rapproche le plus.
Jan Kounen - C'est vrai qu'il y a une particularité qu'on retrouve dans Blueberry, c'est que quand ça tire dans Dead Man, ça tape un peu à côté. Moi ce n'est pas tout à fait ça, mais presque quand même, par rapport à ce qui se fait logiquement du moins. C'est amusant parce que je lisais dans un journal un entretien avec Kevin Costner qui parlait de son film (ndlr: Open Range). Il disait à peu près cela : "voilà enfin un bon western parce qu'il y a LA scène de fin qui est une grande scène de duel", j'ai donc hâte de le voir. Voilà pour le genre western.
FilmDeCulte - Combien y a-t-il eu de montages pour arriver au résultat final de Blueberry?
Jan Kounen - On a monté pendant longtemps en fait. Pour en arriver au résultat tel qu'il est, pour moi il y avait l'idée d'allier à la fois la narration et à la fois pouvoir la quitter pour ressentir le film et revenir, et se balader comme ça. Donc le premier ours du film faisait trois heures quarante. Il représentait toutes les scènes dans l'ordre chronologique du scénario, avec tous les plans, etc… C'était un premier montage, juste comme ça. À partir de là, on a travaillé, on est arrivé à deux heures et demie. On a modifié à nouveau la structure même du film. Il ne commençait pas par le personnage de Blueberry mort, mais c'était une solution que j'avais toujours gardée possible. Quand on regardait le film linéairement, on trouvait ça un peu didactique, et finalement dans le scénario, à la base, ce n'était pas quelque chose d'étrange comme ça. C'est difficile de créer les liens entre à la fois les histoires chamaniques et le récit.
A partir du moment où en recours on a décidé de cette alternative - de toute façon sur le tournage je savais que ça pourrait servir donc j'avais tourné pleins de plans sur Vincent pour le cas ou - on a fait un travail qui nous a amené à voir la structure du film telle qu'elle est quasiment. Il y avait moins de scène que ça en fait. J'avais encore enlevé des scènes qui étaient pour moi très explicatives et pas nécessaires. Puis j'ai fait des projos tests avec des questionnaires, et je me suis rendu compte que les gens trouvaient le film vraiment lent mais pas dans un sens positif et en plus il y avait des choses qu'ils ne comprenaient pas. Alors pour les histoires chamaniques, ça, peu importe, car le but ce n'était pas de les comprendre, mais ça portait surtout sur la narration en fait. Alors à ce moment là on a ré-intégré ces scènes, on a resserré aussi certaines parties du récit de manière à avoir un rythme qui restait lent, mais un peu sur la frontière. C'est vrai que j'avais fait un film plus contemplatif en fait.
FilmDeCulte - On pourra voir des images de tout ça sur l'édition DVD ?
Jan Kounen - Alors bon, vu que le film ne fonctionne pas bien là, je ne pense pas faire quelque chose de très important avec le premier DVD, parce que pour faire vraiment quelque chose de bien ça demande de l'investissement. Donc je pense que ça se présentera plus sous forme de "petit" collector, et éventuellement si le DVD fonctionne bien, je pourrais toujours rajouter ce que j'ai mis de côté, et à ce moment là ça fera deux disques. Enfin, je n'en sais rien parce que ce n'est pas ma décision en fait. Mais il serait logique aujourd'hui, pour moi, hypothétiquement, de faire un DVD collector mais sans avoir à faire un gros travail financier. Ce qui veut dire ressortir toutes les scènes du montage, les commenter, faire un commentaire sur tout le film, un making of, un documentaire, des entretiens… Bref, des éléments en plus qui font que c'est quand même un objet intéressant mais pas aussi abouti que le Dob.. Et éventuellement dans deux ou trois ans…
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