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JACKIE BERROYER


Découvert par le grand public à l'occasion de ses interventions faussement maladroites sur Canal Plus, le cœur de Jackie Berroyer balance entre écriture et comédie. La folie de M. Bartel dans Calvaire est à mille lieues des personnages légèrement névrosés qu'il a l'habitude d'interpréter, et marque sa première incursion dans le cinéma de genre.


FilmDeCulte - On dit que vous teniez beaucoup à obtenir ce rôle...

Jackie Berroyer - C'est peut-être exagéré. Je ne me suis pas battu mais c'est vrai que je l'ai réclamé. Ce qui m'a motivé, c'est d'avoir plus de choses à jouer, car c'est le rôle de Philippe Nahon qui m'a été proposé au début. Si Nahon avait été à ma place, dès qu'il ouvre la porte, on se serait tout de suite dit que ça allait barder. Fabrice Du Welz me disait qu'il y avait en moi une sorte de fragilité qui rendait le personnage plus intéressant. On s'était connus sur son court métrage quatre ans auparavant, grâce à un directeur de production qui travaillait également à Canal Plus. Il a pensé à moi, m'a appelé en dépannage sur ce court et ça s'est bien passé. Ça nous a donné envie de retravailler ensemble, et il a mis quatre ans à monter Calvaire...


FilmDeCulte - Etes-vous persuadé du caractère "mauvais genre" du film?

Jackie Berroyer - Moi non, je trouve qu'il a beaucoup de qualités artistiques. Le propos de fond est l'amour, les carences affectives poussées très loin et les dégâts qu'elles peuvent engendrer. Fabrice Du Welz est un mec qui débarque avec son premier film et qui nous donne à voir le genre qui l'intéresse. C'est pour cela qu'il y a beaucoup de références à des films connus comme Massacre à la tronçonneuse ou Misery, ou encore les westerns.


FilmDeCulte - Comment pensez-vous que le public va réagir à sa vision?

Jackie Berroyer - J'imagine déjà, sans être grand prophète, qu'il y aura une grande part de rejet. Le film ne sera pas un succès en France, mais en en ayant un peu partout sur la planète, il existera et rentrera dans ses frais. Le cinéaste aura sa carte d'artiste, et il fera très facilement un deuxième long métrage. Et puis le film sera un peu culte.


FilmDeCulte - La perception de la violence au cinéma est-elle une affaire de génération?

Jackie Berroyer - Les choses évoluent mais très lentement. La culture rock est devenue planétaire, mais il y a eu un moment, quand j'étais très jeune, où on n'était que quelques fous. Je suppose que si deux mecs lisent un magazine spécialisé dans le trash dans un train et se repèrent, ils auront des choses à se dire. Avec ce film, je constate qu'il est plus facile de parler avec des gens assez jeunes qui travaillent dans les journaux de cinéma. Tandis qu'avec les gens plus âgés, la violence est un obstacle. Si un grand peintre peint une carcasse de bœuf, ça ne leur plaira pas, il faut que ce soit des fleurs. Pour eux, la violence prend trop de place. Il y a des gens qui aiment la violence au cinéma car ils ont une forme de pathologie, de sadisme en eux. Il y en a d'autres, comme moi, qui veulent bien l'accepter, même si je ne suis pas friand de ça, si c'est dans un contexte intelligent, qu'elle a des raisons d'être, que plastiquement c'est fort sur l'écran, et encore beaucoup d'autres éléments à prendre en considération. Or souvent les gens n'ont pas trop réfléchi à cela, ils sont juste en train de dire "c'est quoi cette violence gratuite, vous ne croyez pas qu'il y a déjà assez de malheur comme ça, pour en faire encore dégouliner plein l'écran". Il y a une incompréhension totale.


FilmDeCulte - Comment avez-vous construit votre personnage? Avez-vous des points communs avec lui?

Jackie Berroyer - Non, je me débrouille bien affectivement et sexuellement. Il n'y a pas de construction de ma part, j'ai simplement suivi le scénario. Je ne suis pas quelqu'un qui se prépare ou compose beaucoup. Il n'y a pas pour moi de personnage difficile à quitter. Il n'y a pas non plus de conséquence psychologique ni de préparation particulière pour me mettre dans la peau de quelqu'un qui ne m'est pas familier. Peut-être que s'il fallait que j'incarne un mousquetaire à la retraite mais qui fait encore quelques combats, j'aurais du mal à être crédible. Là, il suffisait simplement de me laisser pousser la barbe, pour incarner un psychopathe hirsute au fond des bois au lieu de faire un prof de fac. Mais je ne perds pas de poids et je ne m'enferme pas dans une cabane pendant cinq jours pour être halluciné. Tout le monde me dit "Ah c'est étonnant de vous voir là dedans!". Il y a une erreur totale, dans le métier même. Ceux qui sont dans les pantalonnades, les comédies, croient que je suis avec les intellectuels, dans les Cahiers du Cinéma. De l'autre côté, ces derniers me rangent dans la première catégorie, car j'ai fait quelques passages à la télévision.


FilmDeCulte - Peut-on dire pour résumer que le personnage de M. Bartel est en quelque sorte le comique de Je ne vois pas ce qu'on me trouve qui aurait mal tourné?

Jackie Berroyer - C'est vrai, après cette aventure dans le Nord géographique proche, on pourrait dire ça.


Entretien réalisé par Sébastien Laeng
le 29 janvier 2005




 
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