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GILLES ALVAREZ


Gilles Alvarez s’occupe de la sélection pour le Festival Némo. Fasciné par un cinéma décalé sans être bis, il est à l’affût des dernières sensations au détour des possibilités du cinéma numérique. Entretien avec un homme refusant les concessions.


FilmDeCulte - Pouvez-vous présenter le Festival Némo et Arcadi

Gilles Alvarez - Donc je m’appelle Gilles Alvarez, directeur artistique du festival mais aussi du secteur cinéma et multimédia de Arcadi, qui est un établissement public de coopération culturelle. Le reste de l'année, on soutient le cinéma indépendant à travers des aides à la post-production, ainsi que le multimédia et les nouvelles images grâce à un dispositif qui s'appelle l'ACME (l'Aide à la Création Multimédia Expérimentale). Et parallèlement, depuis longtemps, on fait un festival qui s'appelle donc Némo, qui au début était consacré seulement au cinéma indépendant, puis aux nouvelles images. Et comme il faut bien se spécialiser et qu'il y avait une place à prendre en France, on a décidé de se consacrer aux nouvelles formes d'images en mouvement. On a abandonné le cinéma narratif classique pour se concentrer sur les pistes possibles, l'histoire nous dira si c'était judicieux. Pour être plus spécifique, les nouvelles images englobent beaucoup de choses. Tout d'abord tout ce qui est fait sur ordinateur, que ça soit en 2D, en 3D, du motion graphic design, par des gens provenant de l'animation ou plutôt de l'informatique pure et dure, du graphisme voire de l'architecture. Ça comprend aussi tout ce qui est interactif, comme les jeux vidéo, qui sont des films interactifs lorsqu'ils ont une grammaire proche de celle du cinéma, influencés par le cinéma ou bien l'influençant. On essaye de montrer des œuvres emblématiques du rapprochement entre le jeu et le cinéma, sachant qu'il faut bien considérer qu'un jour le cinéma sera interactif. On aura du cinéma linéaire, mais aussi des films dont on est le héros. Des cinéastes comme Cronenberg l'ont assez bien compris. Existenz, c'est l'état du cinéma à venir. Evidemment, on aura toujours des vieux barbants qui feront du cinéma d'auteur qui se mord et se meurt depuis des années, notamment en France. Je crois que le cinéma d'auteur américain se porte très bien mais en France c'est un petit peu moins le cas me semble-t-il. On essaye donc d'explorer tous ces possibles, ainsi que le cinéma live, joué en direct, trituré, mixé ou le cinéma d'installation qui est fait pour être mis en scène dans un espace donné. Cela venant du cinéma expérimental traditionnel où des gens se sont amusés à gratter la pellicule avant qu'elle passe dans l'objectif du projecteur. Après on a eu le VJing avec l'avènement de la musique électronique et ce besoin d'avoir l'image comme support de la musique. Et puis maintenant, ce qui est beaucoup plus intéressant, c'est que les performances audiovisuelles sont devenues des spectacles à part entière. Nous avions la performance de Fluux:/Terminal de Skoltz et Kolgen, c'est vraiment un spectacle. Court, il dure 45 minutes, on en prend plein la gueule et c'est du nouveau cinéma joué en direct. Bien évidemment, le clip, avec tout un pan lié aux labels indépendants et à la musique électronique qui a révélé tout un tas de réalisateurs importants. On trouve maintenant des DVD nommés The Work of Director avec Michel Gondry, Chris Cunningham et Spike Jonze. Ce sont des gens qu'on a toujours considérés comme des grands réalisateurs. Pour Michel Gondry, il y a quatre ans, on faisait déjà une rétrospective où on trouvait les mêmes films que dans son DVD. Entre-temps, on a fait Tim Hope, et puis il y a des Américains ou des gens comme Edouard Salier, qui est un petit français dont je suis sûr qu'on va entendre parler plus tard. Ce sont des gens qui viennent du clip et qui n'y resteront pas toujours. Mais c'est un terrain d'expérimentation génial. D'un côté il y a le robinet à bitches qu'on trouve sur M6 avec l'image complètement caricaturale du clip, mais il y a aussi de véritables œuvres d'art et des films totalement abstraits, dont les films d'Alex Rutherford, qui sont des chefs-d'œuvre plastiques. Notre idée est de tout mélanger à travers notamment la section panorama international, permettant d'alterner un clip, une videoart, un machinima (film réalisé avec un moteur 3D de jeu vidéo) et d'enchaîner avec un film expérimental tout ce qu'il y a de plus traditionnel ou un film pourquoi pas narratif mais qui explore la narration différemment ou qui est visuellement un peu étrange. Tout ça est fait pour cohabiter et surtout se mélanger. Je crois qu'aucun spectateur ne peut voir un programme et dire qu'il a aimé tous les films. Ce n'est pas mon cas et ce n'est pas non plus le cas de Nicolas Schmerkin de Repérages, qui fait la programmation du Panorama avec moi, mais en tout cas, c'est un aperçu et c'est pour ça qu'il n'y a pas de compétition, ni le meilleur film de l'année. Le grand prix de Némo ça n'existe pas et ça n'existera jamais, en tout cas sous ma direction. Et d'ailleurs aucun autre festival international invité ne fait de palmarès, à quelques exceptions près, Onedotzero, Bitfilms, ne sont pas des festivals compétitifs non plus. Alors que dès qu'on fait de la fiction, il faut absolument avoir son jury, ses prix et ses bruits de couloir, nous on s'en fout complètement.


FilmDeCulte - Qu'est-ce qui différencie le festival Némo de ces autres festivals?

Gilles Alvarez - Déjà Némo n'est pas que numérique. On a aussi des films argentiques. Tous les autres festivals invités, sauf Experimenta qui fait aussi du 16mm, alors que Onedotzero et Bitfilms, c'est inclus dans leur titre, il faut que ce soit uniquement numérique. Ca inclus à la fois des images de synthèse et des images filmées avec des caméras numériques. Mais nous on n'est pas du tout intéressés par la fiction DV, tout ce qui est petites caméras, personnellement je déteste ça. Je trouve que c'est un échec et la mort du cinéma d'auteur. Cette prétention à vouloir faire des films mal écrits et mal pensés. Sinon ces festivals ont tous leurs petites spécificités mais on est complémentaires. On trouve des festivals de cinéma d'auteur qui sont aussi de très bonne qualité comme le festival de Vila do Conde au Portugal, on s'échange parfois des programmes ou des films bien que ce soit moins récurrent qu'avec Onedotzero. Mais ces gens-là ont compris ce qu'étaient les enjeux du cinéma d'aujourd'hui et ils sont tout à fait capables de faire cohabiter des installations avec des clips et du cinéma d'auteur. Mais on trouve des festivals qui ont compris les choses et la section Labo de Clermont-Ferrand est en bonne voie aussi.


FilmDeCulte - Justement, il y a six mois à peu près, ici même au Forum des Images se sont déroulées les rencontres Cinésong.

Gilles Alvarez - Je n'y ai pas participé tout simplement parce que j'étais en train de chercher des films à l'étranger pour Némo. Je n'ai pas vraiment d'avis sur ce festival, je n'ai pas envie d'en dire du bien ou du mal. Je trouve juste que sa cohabitation avec Némo est douteuse. Il est curieux qu'on n'ait même pas eu de contacts avec ces gens-là pour ne peut-être pas se marcher sur les pieds. Enfin, les gens savent très bien qu'on n'a pas attendu Cinésong pour montrer des images expérimentales.


FilmDeCulte - Comment la sélection a évolué avec le temps, puisque on en est à la septième édition?

Gilles Alvarez - Le vrai Némo existe depuis deux ans. Les premières années valaient surtout grâce à l'existence d'une section qui s'appelait Next et qui était en gros ce qu'est Némo aujourd'hui. Cette section est devenue tout Némo à partir de l'année dernière. On se trouve actuellement dans la version 2.0. L'édition 6 et 7 sont les plus évoluées et c'est la première année où l'on a investi tous les espaces du Forum en même temps qu'une co-production complète alors qu'avant on était simplement des invités. Cette sélection Next regroupait une sorte de panorama avec déjà des rétrospectives de certains réalisateurs comme Gondry ou Tim Hope, c'était du temps de Next. En dehors de Next, nous avions du cinéma indépendant, principalement du long métrage, mais toujours à vocation expérimentale et novatrice comme Requiem for a Dream. Et on avait aussi des films plus classiques et on n'avait pas une identité clairement affirmée. C'était un peu la même programmation que les Rencontres Internationales ici même au Forum des Images. Donc en allant voir ce qu'il se passe ailleurs dans les autres festivals, on se rend compte de tout ce vivier, cette créativité numérique qui existe. Quant on sent qu'on a un rôle à jouer, il faut le saisir. Et puis ça l'air d'intéresser les gens puisque ça marche plutôt pas mal.


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