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GEORGE ROMERO
Du haut de son mètre 93, George Romero surplombe les trois journalistes
conviés à une table ronde autour de son dernier film, Land of the Dead. L'entrevue est courte, mais
le cinéaste se révèle bavard, et en total contraste avec la hargne et la dureté de ses films. Comme
prévu, derrière les films d'horreur se cache un monsieur fort sympathique, au discours clair et
lucide sur notre société. Pour faire simple, disons que Monsieur Romero a tout compris. Devant la
réussite de ses films, nous n'avions depuis longtemps plus aucun doute là-dessus!
FilmDeCulte - Pouvez-vous
nous parler de la genèse de ce quatrième épisode de la saga ? Pourquoi si longtemps ?
George Romero - C'est une longue histoire...
Après Le Jour des morts-vivants, j'ai enchaîné deux films, Incident de parcours et La Part des
ténèbres. J'ai créé une compagnie de production avec un nouveau partenaire, Peter Grunwald, dans laquelle
nous avons développé de nombreux projets sans jamais parvenir à les concrétiser. J'ai écrit des scripts pour la
Fox, j'ai écrit La Momie pour Universal, et pendant ce temps, je gagnais beaucoup d'argent vu que j'étais
payé, mais c'était incroyablement frustrant. J'ai fini par quitter Hollywood, un peu écœuré, pour chercher
ailleurs. Je suis d'ailleurs venu ici, en France, pour trouver le financement de Bruiser. Nous étions
déjà en 1999. C'est à dire que j'ai loupé les années 90, alors que j'avais prévu de faire un film de zombie par
décennie. C'est après Bruiser que je me suis mis sérieusement au travail sur Land of the Dead. J'ai
écrit un script, assez différent du film d'aujourd'hui, et beaucoup plus porté sur les problèmes de SDF et choses
de ce genre. Mais il y avait déjà cette idée d'une caste de la population qui vivrait dans les villes, ignorant
les problèmes du reste du monde. J'ai terminé le scénario, et l'ai présenté à plusieurs producteurs, mais après
le 11 septembre, plus personne ne voulait produire ce genre de choses. Ils préféraient des films plus familiaux.
Je l'ai donc mis de côté... pour le ressortir un ou deux ans plus tard, le changer légèrement, et incorporer les
derniers événements survenus en Amérique entre temps. J'ai ajouté notamment cette idée de l'eau qui entoure la
ville, et plusieurs autres choses du même acabit, pour isoler un peu plus encore les survivants. Nous avons présenté
ce nouveau scénario à la Fox et cela a pris encore un an de négociations. Entre temps, des films tels que 28
jours plus tard sont sortis, rapportant énormément d'argent. Tout à coup, tout le monde est revenu vers moi
et mon script, et le contrat a été signé très rapidement. C'est une histoire un peu longue, mais en gros voila ce
qui est arrivé.
FilmDeCulte - Avez-vous utilisé pour
Land of the Dead des idées abandonnées pour vos précédents films, notamment pour Day of the Dead?
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George Romero - Non,
pas vraiment. J'ai essayé de faire quelque chose de différent et de plus gros. Bien entendu, ça
reste proche des autres films dans les thèmes, mais le film diffère vraiment car prend le parti
d'être une métaphore des années 2000, alors que Day of the Dead en était une des années 80. J'avais
eu l'idée d'enterrer les personnages dans le précédent film, il y avait ce problème de la perte de
la confiance, de la perte des repères... C'est de ça que parlait Day of the Dead. Land of the Dead
est très différent. C'est un film sur les corporations qui vivent en autarcie et ignorent les
problèmes qui peuvent apparaître dans le reste du monde. Donc j'ai gardé finalement très peu de
choses des films ou des scénarios précédents.
FilmDeCulte - Pourquoi
dans La Nuit des morts-vivants avez-vous choisis de traiter des zombies? Vous auriez pu vous
attaquer à d'autres monstres, des vampires, des choses de ce genre.
George Romero - Mais pour moi,
il ne s'agit pas de zombies, dans le premier film. Je les voyais plutôt comme des goules, par exemple.
D'ailleurs, le titre original ne parlait pas de morts-vivants, mais de "mangeurs de chair", c'était
Night of the Flesh-eaters. Le titre a changé finalement en cours de tournage. Mais je rappelle avoir
consciemment volé l'idée originale à Richard Matheson, mon film ressemble beaucoup à son livre Je suis
une légende. La seule différence, c'est que son livre parlait d'une révolution contre laquelle il ne
restait qu'un seul être sur Terre. J'ai tout repris du début, utilisé une partie de la trame du livre,
en ajoutant certaines choses, notamment l'idée qu'il restait encore de nombreux survivants. Dans le
livre, il s'agissait clairement de vampires, donc j'ai décidé d'opérer un petit changement et d'en
faire des sortes de goules. J'aimais cette idée qu'ils étaient nous, contrairement aux vampires. Les
goules sont le reflet de nous-même, revenus à la vie immédiatement après la mort. J'aimais bien le
fait qu'ils soient une sorte d'extension de nous-même, le reflet d'une forme de changement dans
notre société.
FilmDeCulte - Au cours des
dernières années, plusieurs films d'horreur sont sortis avec un certains retentissement, certains
faisant plus ou moins ouvertement référence aux vôtres. Qu'en avez-vous pensé, et surtout comment
vous êtes-vous positionner pour ce nouveau film, par rapport à tout ça ?
George Romero - Vous savez,
je me fiche un peu de tout ça. Je vis à Pittsburgh, tranquillement, je travaille sur mes propres
projets sans trop me soucier de ceux des autres. Stephen King, à la question "Que ressentez-vous
en voyant la façon dont Hollywood pique vos livres?", avait répondu "Mes livres? Ils sont juste
derrière moi, sur l'étagère". Parfois, cependant, c'est intéressant de voir ce que les autres ont pu
en faire. Certains films sont intéressants à voir. J'ai beaucoup aimé Shaun of the Dead, par exemple.
Les deux acteurs principaux jouent d'ailleurs des zombies dans mon film ! C'était vraiment drôle,
et très intelligent dans son rapport au genre. J'ai adoré. Ils me l'avaient envoyé en vidéo avant qu'il ne sorte au cinéma, je l'ai regardé chez moi, et nous sommes ainsi entrés en contact.
FilmDeCulte - Et
que pensez-vous du retour en grâce des morts-vivants au cinéma?
George Romero - Je ne sais pas
du tout ce qui a pu se passer ! Il y a une certaine facilité dans le scénario, le mort-vivant est un
concept facile à comprendre qui ne nécessite pas d'explication scientifique. Mais je ne sais pas trop ce qui
peut expliquer ce retour, ni quel film en est réellement à l'origine. Je ne crois pas qu'Hollywood soit très
créatif, ils se déplacent en meutes, chacun pompant les idées des autres en fonction du succès. Il n'est pas
exclu que la série Blade ait incité les exécutifs à réinvestir dans l'horreur. Mais je ne sais plus
trop quel film a relancé le genre des zombies. 28 jours plus tard, peut être ? Ce ne sont pas réellement
des zombies, cependant, dans ce film. En tout cas, c'est avec ce film qu'a été lancée cette idée bizarre des
morts-vivants qui courent ! Les miens ne courront jamais, ils sont très lents ! Il y a eu quelques autres films
qui ont contribué à la renaissance du genre, notamment ce petit film australien, The Undead. Et puis
bien entendu les Resident Evil. Sans oublier le film de Rob Zombie House of the Dead, tiré lui
aussi d'un jeu vidéo (ndlr : plus exactement, George Romero confond House of the Dead avec House of
1.000 corpses, réalisé lui par Rob Zombie).
FilmDeCulte - Et
le remake de Zombie (L'Armée des morts) ?
George Romero - Ce n'était
pas aussi mauvais que j'aurais pu le penser, je dois le reconnaître. Je m'attendais à pire. Je trouve
les quinze premières minutes absolument fabuleuses. La suite ressemble selon moi un peu trop à un jeu vidéo,
sans véritablement grand chose derrière. Pas de véritable réflexion. J'aime bien certaines idées du film,
notamment le type sur le toit de la maison en face du centre commercial. Mais pour moi il s'agit principalement
d'un film d'action, ou d'un survival.
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