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GEORGE LUCAS-FRANCIS FORD COPPOLA
Pour la sortie du DVD de son premier film, George Lucas, son producteur et ami Francis Ford Coppola ainsi que son scénariste Walter Murch, ont fait un détour par les planches de Deauville et sont venus présenter le director's cut de THX 1138 aux festivaliers. Ils ont ainsi logiquement accordé une conférence de presse pour mieux présenter le film, les retouches apportées et parler aussi de l'avenir du cinéma.
FilmDeCulte - Messieurs, en tant que grands cinéastes mais aussi grands techniciens, comment avez-vous appréhendé les problèmes d'effets spéciaux alors que vous faisiez vos premiers pas dans ce genre de cinéma?
Francis Ford Coppola - Alors nous sommes ici pour commémorer le premier film de George, THX 1138, qui a été fait il y a quelques années dans des conditions très modestes. Et les effets spéciaux existaient surtout dans la tête de George, qui utilisait à ce moment-là le peu d'outils qui était à sa disposition pour mettre en image l'univers qu'il avait imaginé et visualisé.
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George Lucas - Lorsque j'ai fait ce premier film, j'avais l'ambition de faire un film de science-fiction, mais c'était une entreprise ardue puisque c'était à partir de rien au niveau budgétaire. Donc je me suis servi de tout ce que le cinéma pouvait m'offrir à l'époque, surtout en travaillant sur les cadrages, le montage et bien sûr tous les sons créés par Walter Murch. Donc ce que je voulais, c'était avant tout donner ce sentiment abstrait d'une ville du futur car, à l'époque, nous n'avions pas le luxe des effets spéciaux. Les seuls effets qu'on avait pu s'offrir étaient quelques effets pyrotechniques ainsi qu'une porte miniature qui explose. Et j'étais frustré de ne pas pouvoir utiliser les matériaux nécessaires comme la tireuse optique ou le mat painting pour pouvoir créer le monde dont je rêvais.
Walter Murch - Je me souviens que quand on préparait tous les trois le film, George est allé voir Francis en lui disant: "ça y est on a tout ce qu'il faut. On a les caméras, on a le son mais est-ce qu'on a les caméras optiques pour faire les effets spéciaux?". Et là Francis lui a rétorqué: "Attends, il y a des limites, je ne peux pas suivre financièrement". Et donc, ce besoin de créer à partir de rien a évidemment engendré quelques frustrations. Et c'est à partir de là qu'a commencé à germer l'idée d'ILM, des besoins qu'on avait même si c'était à des niveaux très modestes à l'époque.
FilmDeCulte - Lorsque vous avez travaillé sur ce film, vous doutiez-vous que quelques années plus tard, vous feriez partie des plus grands metteurs en scène du monde aujourd'hui?
George Lucas - Franchement, il y a 35 ans, aucun de nous ne pensait ou même ne s'imaginait devenir les grands réalisateurs que nous sommes, comme vous aimez nous le dire (rires). Et lorsque j'ai fait THX 1138, c'était une époque où l'industrie du cinéma était dans le chaos le plus total. Donc je savais qui si je quittais Los Angeles pour San Francisco, au moins j'aurais la chance de faire ce film et j'ai surtout eu la chance d'avoir Francis à mes côtés, qui se batte pour moi et qui se batte pour trouver des financements. Je savais que c'était aussi probablement une chance assez unique pour moi de faire un film qui n'était pas commercial. Nous faisions des films à l'époque en pensant que tout était possible. Bien entendu, très rapidement les studios nous ont fait comprendre que ce n'était pas tout à fait le cas mais grâce à Francis et à la bataille qu'il a menée, le film a réussi à voir le jour. Même si cela a failli causer la perte et de Zoetrope et de nos carrières respectives.
FilmDeCulte - Comment considérez vous l'évolution du cinéma depuis vos débuts?
George Lucas - Alors je crois qu'au niveau de l'évolution du cinéma, avec la main mise des grosses corporations et des studios, on ne peut plus faire ce type de films comme on pouvait le faire auparavant. Mais par contre, cela à permis un immense progrès technologique, ça a permis de libérer l'imagination. Et au niveau du style, bien sûr on peut utiliser un langage beaucoup plus sophistiqué, et le public peut plus rapidement faire les connexions entre différents plans, entre différents langages utilisés, donc il est quelque part moins perdu par rapport à cela. Et en cela, la technologie est très importante.
Francis Ford Coppola - C'est vrai que depuis mes débuts, les changements qui me frappent le plus c'est que tout ça est devenu un terrain où se battent énormément de gens. Il y a de plus en plus de gens qui vivent de cette industrie. Et donc elle est devenue de plus en plus contrôlée. Aujourd'hui, il faut parler du film qu'on est finalement autorisé à tourner. A moins bien entendu d'avoir soi même un autofinancement. Donc cela permet au cinéma indépendant d'avoir des ailes qui se déploient. Il y a beaucoup de jeunes aujourd'hui qui économisent de l'argent afin de faire ce cinéma qui ne leur est pas autorisé, et qu'ils peuvent faire malgré les studios. Donc nous sommes dans une zone très fertile qui se bat contre l'establishment et où il est tout de même très difficile de ne pas faire des films totalement consensuels qui n'aient déjà été faits.
FilmDeCulte -
M. Coppola, avec American Zoetrope, vous avez pris le pouvoir sur les studios en produisant des films qui ont le goût de l'indépendance. Est-ce qu'aujourd'hui, ou dans un avenir proche, vous pensez ne plus être tributaire des majors et pouvoir ainsi distribuer vos films vous-même?
Francis Ford Coppola -
Oui, je pense que cela va devenir possible. Et c'est surtout grâce à Internet que toutes ces choses nouvelles vont devenir possible, puisqu'il y a de plus en plus de gens qui se connectent sur le net et qui veulent voir des films et des produits de tout genre, et de façons tout à fait différentes. Je crois donc que les moyens traditionnels de distribution vont devoir s'adapter et qu'il va y avoir dans un avenir assez proche une forme de distribution plus directe pour le public et pour les gens qui veulent voir ce type de films. Parce qu'il faut savoir que la distribution, bien sûr, c'est la façon la plus rapide de collecter de l'argent pour le financement d'autres films, donc il très important qu'il y ait d'autres sources de distribution très rapidement.
George Lucas - En ce qui me concerne, je crois que la technologie, grâce au numérique, permet une baisse des coûts et permet donc un accès bien plus important à cette forme de cinéma pour tout le monde. Donc évidemment, entre l'Internet et le cinéma numérique, nous allons arriver à un cinéma qui sera accessible à tous, qui sera ouvert à de jeunes futurs cinéastes. Aujourd'hui, le système des studios est si cher qu'ils ont le contrôle des films grâce aux financements, donc si on arrive justement à trouver des modes de distribution différents, il y aura cet accès pour de plus en plus de jeunes talents et bientôt faire un film deviendra aussi simple que d'écrire un roman face à son ordinateur. Il suffira juste d'avoir le talent et l'ambition. En ce qui me concerne, j'ai de plus en plus envie de retourner vers un type de cinéma moins commercial et une exploration des idées qui m'ont toujours été chères.
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