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FilmDeCulte - On sent tout au
long du film comme une atmosphère de conte de fées malade, à l'image des enfants croisés dans la
forêt...
Fabrice Du Welz - Par rapport à
cette séquence, j'aurais pu l'habiller autrement, en la nimbant d'une nappe de fumée par exemple.
Mais tout est assez épuré dans le film. Il n'y a pas de musique, j'ai énormément travaillé sur le son.
On m'a dit que le son n'était pas terrible, mais je vous assure que le cri du porc ressort bien. Même
au niveau des décors, des plans, j'ai essayé de travailler toujours en soustraction. Les enfants, encore
une fois, c'est une expérimentation. Je voulais le faire parce qu'il y a mon petit gamin dedans. Je voulais
le faire, mais je n'étais pas sur de la garder, cette scène. Finalement, je l'ai gardée car je pense qu'elle
n'amène rien mais qu'elle n'enlève rien non plus. Ce n'est pas la scène du bar par exemple, qui est aussi
une expérimentation, une improvisation qu'on a faite. Je suis sûr que cette scène amène quelque chose, et
que le film aurait été très différent sans cette scène qui l'équilibre. Pour revenir aux enfants, on entre
vraiment dans les tréfonds de l'âme de Bartel. Il a une vision, une poussée de fièvre et il voit les gamins.
Ça peut être ça mais ça peut aussi être autre chose.
FilmDeCulte - La présence de Brigitte
Lahaie, c'est un hommage à Jean Rollin ou un fantasme d'adolescent?
Fabrice Du Welz - Les deux, et à Jess
Franco aussi. Grandir en regardant des films de Brigitte Lahaie, ça marque un jeune garçon. Il y a des
hommages à des genres très différents du cinéma. Ça me faisait plaisir de la rencontrer, de prendre des
polaroïds avec elle.
FilmDeCulte - Philippe Nahon a également
joué dans Haute tension d'Alexandre Aja. Y-a-t-il une filiation avec ce film?
Fabrice Du Welz - Je ne suis pas un
fanatique de Haute Tension. Philippe Nahon, c'était plus en référence aux films de Gaspar Noé.
En plus, c'est quelqu'un de vraiment charmant. C'est un brassage de plein de références au milieu desquelles
j'essaie de tracer mon chemin.
FilmDeCulte - Au niveau du financement,
est-ce que ça aide de réunir des acteurs comme Laurent Lucas ou Jackie Berroyer?
Fabrice Du Welz - Non, ça n'aide pas, les
chaînes de télé s'en foutent. Il faut avoir Jamel Debbouze, Benoît Poelvoorde, ou alors Vanessa Paradis. Et
alors ils ne lisent pas le scénario, ça donne Atomik Circus et il y a des têtes qui sautent à TFM.
Seules quelques personnes sont vraiment "bankables" comme ils disent.
FilmDeCulte - Comment jugez-vous la réaction
du public?
Fabrice Du Welz - La salle décompresse en riant
de temps en temps. Le film est très controversé: il y a des gens qui n'aiment pas du tout, et qui me prennent pour
un dégénéré; je comprends tout à fait. Je suis un garçon très enthousiaste, je suis content d'avoir fait le film
que j'avais envie de faire. C'est un vrai luxe et une vraie liberté. S'il avait encore fallu attendre trois années
pour le faire, j'aurais attendu. Je suis décomplexé, je n'ai pas de prétention à faire des chefs d'œuvre.
Aujourd'hui, si je peux exister, je suis déjà très content. Il y a tellement de gens qui font du cinéma, je veux
juste pouvoir travailler calmement et paisiblement, avec l'argent nécessaire.
FilmDeCulte - Comment vous situez-vous par
rapport à la violence du film?
Fabrice Du Welz - Par rapport à la violence,
ce qui m'intéresse ce sont les causes ou les conséquences. Dans Calvaire, on ne voit pas les coups qui sont donnés.
Les gens, ça ne les dérange pas de voir des gamins qui crèvent de faim à la télé ou des séries épouvantables. Mais
dès que c'est une violence plus viscérale, quand c'est Haneke ou Noé, que l'on creuse un peu plus en amont et en
aval, et qu'on s'interroge sur ce qui engendre et ce qui est engendré par la violence, ça rend les gens fous. Il y
a une femme dans un festival qui m'a dit "Monsieur, c'est abject ce que vous faites là, la vraie violence est à
Bagdad". Qu'est-ce qu'on peut répondre à un truc comme ça? On se fait traiter de fasciste.
FilmDeCulte - Quels sont vos projets?
Fabrice Du Welz - Il y a une adaptation de
L'Ile aux 30 cercueils, la série télé des années 1980 avec Claude Jade, adaptée de l'œuvre de Maurice
Leblanc. C'est du patrimoine mais c'est complètement fascinant. Et puis il y a également un remake d'un film
espagnol des années 1970, avec des enfants, qui va être bien furieux et bien méchant.
Entretien réalisé par Sébastien Laeng
Le 29 janvier 2005 au Festival de Gérardmer
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