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XAVIER DURRINGER
Des détracteurs, Chok Dee en aura. Xavier Durringer
le sait, il ne se gêne pas pour nous en faire part. Et il a parfaitement raison, car son
film reste ce qui s'est fait de mieux depuis des années dans un genre pourtant pas si déserté
que ça. Revenant sur sa rencontre avec Dida, sur sa façon de le filmer, et sur l'accueil
(mitigé pour le moment) de son film, il répond à nos questions sans la moindre langue de bois,
et de façon pour le moins déterminée. C'est suffisamment rare pour être souligné.
FilmDeCulte - Avant le
tournage et la production du film, que connaissiez-vous des films de combat, des codes de ce genre
cinématographique?
Xavier Durringer - Déjà, je différencie
les films de combat des films de boxe. Il y a les films de streetfight, avec un tas de séries B provenant
aussi bien des Etats-Unis que de Chine, de Hong Kong, etc. Et puis de toutes façons, le film noir français
a été récupéré par les Américains, qui ont également subi de grosses influences des cinéastes asiatiques.
Le cinéma de Scorsese, celui de Tarantino, sont tirés d'une certaine cinématographie asiatique qui se situait
bizarrement plutôt dans les années 70, donc sans la profusion d'effets spéciaux que l'on a aujourd'hui. Donc
il est vrai que je connais moi-même pas mal cet univers là, j'ai essayé de voir quelques films sur la boxe mais
j'en avais déjà vu la plupart: Rocky, Raging Bull, When we were Kings, les documentaires
sur Ali... Moi je connaissais déjà bien la boxe anglaise. Mais nous avions un énorme avantage sur tous ces films.
Un avantage qui peut par ailleurs devenir également un inconvénient: j'avais un boxeur qui pouvait devenir acteur,
au lieu de l'inverse. Quand tu as un boxeur champion du monde dans ton film, que tu le places face à d'autres
champions authentiques, tu sais très bien que ça va agir sur ta propre façon de filmer. Avec un acteur, on tombe
automatiquement dans le découpage: un geste, cut, un geste, cut, cinquante plans par minute... L'acteur ne peut
pas donner une véritable rythmique dans sa boxe alors que c'est le plus important. Alors que nous, nous pouvions
sans problème avoir des plans du ring de 25 secondes sans hacher tout ça par le découpage.
FilmDeCulte - Comment avez-vous préparé les
combats?
Xavier Durringer - L'important était pour
moi de laisser vivre, mais également de trouver la dramatique à l'intérieur de chaque combat. Trouver un enjeu
à chaque fois. Au départ, Dida ne sait pas boxer, puis il se prend un K.O., il fallait qu'il se passe quelque
chose à chaque combat, avec un mini enjeu dramatique. Il y avait donc deux dangers: d'un côté, tomber dans le
documentaire, de l'autre tomber dans la série B. Afin d'éviter ça, j'ai décidé par exemple de ne jamais
accélérer les coups. On tourne à 24 images par seconde, tout simplement, et surtout sans filin, virer le grand
angle. Je n'aime pas quand l'esthétisme d'un réalisateur va devenir le modèle pour les vingt ou trente suivants.
Il me fallait trouver ma propre esthétique, travailler le fond pour mettre en valeur la forme, trouver le juste
équilibre entre les deux, quitte à gêner certains.
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FilmDeCulte - Vous avez cité des films de
boxe, mais aucun film d'arts martiaux...
Xavier Durringer - Non, mais on reste dans
le combat... Je ne vais pas me revoir les Van Damme, puisque j'avais cette chance d'avoir ce boxeur qui pouvait
réellement faire des choses différentes. Je n'avais pas besoin de regarder ça. Ce que je voulais plutôt revoir,
c'était à la rigueur les grands films mythiques américains, par exemple de Scorsese, afin d'en saisir les
arrière-plans, leur façon de filmer le stadium, d'utiliser les éclairages. Mon film n'a rien à voir avec les Van
Damme au niveau des combats, c'est véritablement un film sur le sport, même s'il y a un combat clandestin, une
scène de combat de rue lors d'un vol de sac. Mais on essayait systématiquement de montrer quelque chose de
relativement naturel, limpide et authentique. La fable devient simple, du coup: un parcours initiatique, un
changement, l'amitié entre Giraudeau et Dida... Le film dure 1h45 et il passe sur un claquement de doigt, il
n'y avait pas besoin d'en rajouter. Après, on peut me raconter ce qu'on veut... Qui va critiquer les combats alors
que c'est un champion du monde et qu'on a travaillé ensemble? Si les gens savent et peuvent mieux faire, qu'ils ne
se gênent pas. Qu'ils fassent un court métrage, ils m'appellent et après on regardera. J'avais la chance de pouvoir
filmer autrement, grâce à mon acteur. Cela dit, dans les films asiatiques de grandes stars telles que Bruce Lee, par
exemple, il y a des choses remarquables à trouver. C'est d'ailleurs ce qu'a fait Tarantino dans son dernier film.
Ce que j'aimais dans les premiers Bruce Lee, c'était que ça se passait dans un univers réaliste. Il y avait toujours
ce fond social, qui a de plus en plus disparu pour ne garder que la forme. Comme si l'on ne regardait que le cul
dans une histoire d'amour. Parfois, le combat devient presque synonyme de pornographie. Une sorte d'exploitation
rapide de l'image, finalement. Ce qui m'intéressait était au contraire de raconter des histoires, même si elles
sont simples et connues. En même temps, Dida a réellement vu son ami mourir à Bangkok. Les gens disent que c'est
simple et connu, mais est-ce que toi, tu as eu ton ami tué à Bangkok? On banalise la violence toujours de la même
façon, alors que c'est un film sur la rigueur, la force, la détermination, le sacrifice...
FilmDeCulte - Le genre action-karaté-combat
est plutôt mal vu en France, et les productions sortent directement en vidéo... N'aviez-vous pas peur de vous
attaquer à un film de ce genre?
Xavier Durringer - Vous savez, l'accueil du
film, le succès, ce sont des choses... Vendre un film, ce n'est pas mon problème, je ne suis pas un marchand.
J'ai fait le film que je devais faire, avec Dida, ce qui était la chose la plus difficile qui soit. Je mets au
défi n'importe qui, il n'y a rien de plus dur, quand quelqu'un te confie sa vie. Et ce quelqu'un est par ailleurs
un champion du monde de boxe, un véritable modèle pour une jeunesse, que ce soit dans le monde du sport ou en
dehors. Quand quelqu'un te confie sa vie, si tu ne le rends pas crédible à l'écran, s'il est mauvais par ta faute,
tout le film peut s'effondrer, et avec le film toute sa vie et ce qu'il a construit. Donc la peur que j'avais était
de ne pas réussir à faire quelque chose à partir de ça. Comment résumer trois ans de la vie de quelqu'un en 1h45?
J'ai agi par désir, par envie de bosser avec Dida, on a fait tout ce qu'on pouvait avec ce que l'on nous a
donné.
- 1/4 -
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