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MARINA DE VAN
Scénariste pour François Ozon (avec lequel elle a écrit Sous le sable,
Huit femmes...), actrice (dans Sitcom), Marina De Van réalise aujourd'hui son premier long-métrage, véritable choc
de cette fin d'année. Dans ma peau est un objet incroyablement dur, qui marque par l'émotion et la répulsion qu'il
procure. Attirés par la beauté du film, choqués par la puissance des images, nous garderons longtemps en mémoire ce film
hors-normes.
FilmDeCulte - Comment est née l'idée du film Dans ma peau?
Marina De Van - Je ne sais pas exactement quand ni comment elle est née.
Il n'y a pas eu de déclencheur précis. Je pense qu'elle est simplement née de mon intérêt croisé pour le corps
et le rapport au corps, et aussi pour le thème des pulsions, et du combat contre les pulsions qui nous assaillent
souvent, et dont nous ne voulons pas. Le rapport au corps m'intéressait d'autant plus qu'il est rarement traité
comme le rapport à un objet, mais plus souvent comme le rapport à un symbole: à une identité sexuelle, ou à une
valeur culturelle. Quant aux pulsions, c'est un thème assez classique: la lutte pour être meilleur ou différent
de ce que l'on est. Le choix de l'auto-mutilation conjoignait bien cette double inspiration.
FilmDeCulte - Le film possède t-il une part d'autobiographie?
Marina De Van – Il possède la part d'autobiographie impliquée par ma
précédente réponse: il explore des thèmes qui me touchent assez profondément pour qu'en soit née une histoire,
et le désir de créer un film. Mais je ne me coupe pas, non, pour répondre plus franchement à la question.
FilmDeCulte - En quoi le travail effectué en collaboration avec François
Ozon a-t-il pu vous aider sur ce film?
Marina De Van – Je ne sais pas. Tout le travail que j'ai pu faire avant
ce film a forcément nourri mes qualités de travail, m'a fait mûrir. Mais je ne saurais pas analyser d'apport
spécifique de ma collaboration avec François. Ce film-ci est très différent de ce que nous avons pu faire
ensemble. Et lorsque je travaille avec François, c'est toujours et exclusivement à l'intérieur de son propre
univers; je n'y importe pas mes obsessions personnelles. Et je ne les y puise pas non plus.
FilmDeCulte - Vous rendez-vous compte qu'un tel film risque de vous
éloigner totalement du reste du jeune cinéma français ? Que pensez-vous de cette nette différence qui existe
entre votre film et les autres premiers films de jeunes acteurs?
Marina De Van – Non, je ne me rend pas spécialement compte, et je ne
connais pas suffisamment le jeune cinéma français pour vous répondre. Quant à la nette différence existant selon
vous entre mon film et "les autres premiers films de jeunes acteurs", j'aurais bien du mal à en penser quoique ce
soit. Je ne connais personnellement pas ce que cela fait, ou ce que cela produit comme résultat, que de passer de
la comédie à la réalisation. Je ne connais pas l'expérience d'être acteur et de devenir metteur en scène, en
d'autres termes. Mon film n'est pas celui d'une jeune actrice. Bref, je ne me sens
pas dans une position appropriée ni pertinente dans la comparaison que vous formulez. J'aurais éventuellement
pu vous répondre sur la catégorie qui me concerne: celle du passage de la réalisation à la comédie. Mais ce
n'est pas l'objet de votre question.
FilmDeCulte - La névrose d'Esther vient-elle d'un malaise intérieur ou bien de son environnement (personnes, société, travail)?
Marina De Van – Je crois qu'elle vient davantage d'une problématique
intérieure et personnelle. Mais je crois aussi que les choses ne sont pas réellement dissociables et que les
conditions très modernes d'existence et de travail d'Esther, ainsi que l'évolution vivante de ses relations
les plus intimes, nourrissent et influent forcément sur le développement de sa névrose. Le rapport au corps est
une chose trop profonde et ancienne pour être dérivée de causes extérieures. Mais en même temps nous ne
l'acquérons et ne le modelons, forcément, que dans la société où nous vivons, et ses particularités (dans
ce cas précis: l'abstraction assez grande de notre culture et de nos ambitions modernes). De la même façon,
la dilution des rapports qu'engendre cette névrose ne s'effectue de façon purement autonome, mais aussi avec
le concours de ceux dont Esther s'éloigne, et dont les réactions créent aussi, en réponse à la violence et au
repli narcissique d'Esther, de la solitude et de la violence supplémentaires.