FilmDeCulte - Au cinéma, le basculement ne serait-il pas Karnaval (1999)?
Clovis Cornillac – Ça a été un moment-clé pour moi, c'est certain.
J'aime beaucoup ce film, la façon dont il a été perçu, et mon travail avec Thomas Vincent. Il y a eu
nomination aux Césars, prix à Berlin. Les gens ont commencé à penser qu'on pouvait compter avec moi, je
n'étais plus complètement enfermé dans l'idée du théâtre et de la télévision. Pourtant je n'ai pas
immédiatement enchaîné avec d'autres films après.
FilmDeCulte - Il y a des ressemblances entre les personnages de
Christian dans Karnaval et de Marcus dans Maléfique. Tous deux laissent entrevoir leur
fragilité sous leur carapace de durs.
Clovis Cornillac – Les rôles sont ce que l'on en fait. Sur
Karnaval, c'est l'histoire d'un petit homme, qui fait du gardiennage, qui est amoureux de sa femme
et qui est un peu casquette. Mais l'histoire d'amour domine malgré tout. Jouer une chose univoque est un peu
triste. Dans la vie comme au cinéma on a envie de choses un peu plus complexe. Dans Une Affaire qui roule,
sorti début janvier, mon personnage de cuistot qui monte son affaire est aussi particulièrement attachant dans
ses errements.
FilmDeCulte - Comment Eric Valette est-il venu à penser à vous pour
le rôle de Marcus?
Clovis Cornillac – Il faudrait lui demander. Ça reste toujours un mystère.
Quand je reçois des scénarios c'est toujours la surprise. Et la surprise c'est de voir qu'on pense à vous pour
un rôle précis.
FilmDeCulte - On a presque l'impression que le rôle a été écrit pour vous,
alors que ce n'est pas le cas.
Clovis Cornillac – Pas du tout. D'ailleurs c'est très rare. Ça m'est arrivé
au théâtre, au cinéma à de très rares occasions. C'est d'ailleurs parfois plus excitant de se voir proposé
quelque chose d'improbable.
FilmDeCulte - Dans Maléfique, vous jouez le rôle d'un transsexuel.
Qu'est-ce que ça fait d'avoir une paire de seins?
Clovis Cornillac – C'est assez impressionnant. Pendant un mois et demi
je n'ai pas cessé de les toucher. Ils étaient très bien faits. On ne les voit pas bien dans le film mais c'était
un maquillage hallucinant. Ils ressemblaient vraiment à de vrais seins, dans la matière, dans la texture. Par
contre l'expérience était très fatigante, car ils pesaient à peu près 3 kilos chacun. Mais en soi je suis très
content de les avoir portés.