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LUCINDA CLUTTERBUCK


C'est un petit bout de femme que l'on rencontre dans les locaux de Bodega Films. Sise dans les bureaux de ses distributeurs, la réalisatrice australienne, prophète écologiste en son pays, débarque en territoire plus ou moins connu, son mari sous le bras, avec une modestie et une liberté de parole qui l'honore. Pas d'exercice de promo stérile: enveloppant son français d'un léger accent et de jolies expressions figées anglophones, Lucinda Clutterbuck parle avec franchise et honnêteté de ses Contes des animaux. Et on l'écoute, partage, renvoie la balle avec plaisir. Heureuse rencontre.


FilmDeCulte - La sortie en France des Contes des animaux est l'occasion de découvrir le cinéma d'animation australien, que l'on connaît fort mal, tout comme d'ailleurs le cinéma australien en général. Vous aussi, on vous connaît mal: pouvez-vous nous parler de votre parcours?

Lucinda Clutterbuck - A l'âge de 18 ans, je suis venue en France pour y faire les Beaux-Arts, d'abord à Orléans, puis à Paris. Après quoi je suis rentrée en Australie, et c'est à cette époque que j'ai commencé à m'intéresser au dessin animé. Au bout de quelques années, j'ai commencé à faire mes propres films... Et ça continue depuis! En vingt ans, j'ai réalisé une vingtaine de courts métrages. Entre-temps, je suis revenue cinq ou six fois en France, et me voilà de nouveau pour la sortie des Contes des animaux (rires).


FilmDeCulte - J'ai lu que vous aviez acquis une certaine reconnaissance dans votre pays et que The Web était même étudié en classe!

Lucinda Clutterbuck – Oui, c'est vrai. The Web est une série de treize films réalisés pour la télévision australienne - j'ai dû en sélectionner huit pour la sortie française - et qui sont allés de festival en festival autour du monde. Je vais aussi régulièrement les présenter dans des écoles de cinéma d'animation. Il y a un petit réseau de dessinateurs et d'animateurs qui bénéficient d'une certaine notoriété en Australie, et j'en fais partie!


FilmDeCulte - Vous parliez du choix des films: sur quels critères avez-vous sélectionné les huit contes qui figurent dans cette compilation?

Lucinda Clutterbuck – Sur les treize, il y en avait un qui portait sur l'être humain, et qui ne collait pas vraiment avec la sensibilité française. On a pensé qu'il serait de trop. On l'a donc supprimé. Ensuite, il faut dire que sur treize films, il y a forcément du bon et du moins bon. Les deux autres animatrices [Elisa Argenzio et Sarah Watt, ndr] et moi avons dû faire une sélection. Nous avons donc choisi les films qui nous correspondaient le mieux.


FilmDeCulte - Et pour ce qui est de l'ordre de diffusion?

Lucinda Clutterbuck – Nous y avons énormément réfléchi: ces films n'ont pas été réalisés dans un ordre précis. Avec Ray [Argall, son mari, ndr], qui a fait le montage, on a cherché ce qui fonctionnerait le mieux. Par exemple, Le Tigre de Tasmanie ne pouvait être diffusé qu'à la fin, alors qu'il s'agit chronologiquement du premier film réalisé de la série. Ça ne marchait tout simplement pas autrement. L'ordre est donc quelque chose que nous avons vraiment voulu soigner: nous voulions quelque chose d'organique.


FilmDeCulte - Personnellement, je dois avouer que le fait de passer d'un court métrage à l'autre m'a un peu gêné... Il y a une sorte d'effet de saturation qui n'existe pas quand on voit les films séparément...

Lucinda Clutterbuck – Je sais, c'est un problème courant avec le dessin animé. Comme vous le dites: il arrive toujours un moment où l'on est saturé. Mais imaginez, si les films avaient été réalisés par huit personnes différentes, cela aurait été encore pire! Alors que je pense - du moins j'espère - que dans le cas des Contes des animaux, il y a une certaine cohérence. Mais, comme on dit en anglais, "it goes with the territory"... Ce qui signifie que c'est un problème inhérent aux courts métrages, quelque chose d'inévitable.

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