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CLOVIS CORNILLAC (suite)


FilmDeCulte - Jean-Pierre Jeunet a dit qu’il avait ressenti un frisson en mettant un casque sur son décor de tranchées, malgré les décors et les caméras. Avez-vous eu les mêmes sentiments ou au contraire aviez-vous assez de recul et de distance?

Clovis Cornillac - On l’a tous eu. Sûrement aussi parce que cela constituait notre histoire commune. Car tout d’un coup, on se retrouve au milieu d’une tranchée de 200 mètres, sous la flotte, avec un vrai champ de bataille, avec des explosions, avec des mannequins de cadavres très très bien faits par l’équipe des effets spéciaux, et tu passes la journée dans la boue, avec pleins de figurants avec des baïonnettes, et des gens en train de fumer dans des coins. Cela donnait une énorme porte sur l’imagination de ce que ces gens ont pu vivre. Parce que t’as froid, parce que t’es tout le temps mouillé, parce que ça n’en finit pas et parce que c’est des énormes journées et qu’on était sûrement dans les conditions les plus proches pour l’imaginer.


FilmDeCulte - Comment avez-vous appréhendé la transition entre des films intimistes comme Vert paradis ou La Femme de Gilles vers des plus gros films comme celui-ci ou Les Chevaliers du ciel?

Clovis Cornillac - Tout à fait normalement. Pour moi, cela reste le même métier. C’est toujours ce dont j’ai rêvé. C’est-à-dire de ne pas être catalogué quelque part et pouvoir avoir accès à tout. En ce moment, on est en train de m’offrir ça et j’en suis ravi. Et je n’ai vraiment pas l’impression de voler des rôles ni aux uns ni aux autres. Je me dis que c’est ça mon taf et c’est ça que j’ai aimé gamin. Je suis d’abord allé au cinéma pour des films dits populaires et commerciaux, mais je ne serais jamais allé voir un Godard ou un Truffaut si je n’avais pas vu par exemple Les Sept Mercenaires. Je ne renie rien par rapport à ça. Et ce n’est pas parce que je veux "bouffer à tous les râteliers". Non, c’est parce que j’aime ça. J’aime vraiment jouer des choses comme des comédies ou des choses très légères, mais qui demandent tout de même beaucoup de boulot, les gens qui ont fait de la comédie vous le diront, et en même temps pouvoir aller creuser dans les tréfonds de nos soucis et des problèmes comportementaux qu’on pourrait avoir dans notre existence. Donc je suis ravi que ça m’arrive et je ne trouve pas ça comme étant une gymnastique énorme. Quand on aime ça, c’est tout à fait naturel. Comme je pouvais faire du théâtre à l’époque, du théâtre subventionné, donc un théâtre qui n’est pas dit "de masses", et tourner ensuite dans Cordier, juge et flic. Ça peut paraître complètement anachronique mais c’était un vrai bonheur pour moi. Donc j’ai toujours eu le grand écart facile.


FilmDeCulte - On pourrait faire le même rapprochement entre votre carrière théâtrale et cinématographique.

Clovis Cornillac - TOui tout à fait. Je crois que je fais partie des gens qu’on aime ou qu’on n’aime pas. De toutes façons, on ne peut pas plaire à tout le monde, c’est impossible. Mais personne ne peut dire de moi aujourd’hui que je suis un fumiste ou un voleur qui vient là pour cachetonner ou pour être une vedette. Et tant mieux parce que le choix est plus grand et que tout est plus facile. Mon moteur c’est "jouer" et ça l’a toujours été. Si je suis tout le temps à travailler c’est parce que j’adore ça.


FilmDeCulte - Qu’est-ce que cela vous fait d’avoir été propulsé sur le devant de la scène ces dernières années, notamment avec les films de genre comme Maléfique, ou A la petite semaine?

Clovis Cornillac - Ce sont des cadeaux en plus. C’est tout ce qu’il y a à prendre en tant qu’acteur. Alors je ne suis pas comme une midinette par rapport à ça parce que je suis vraiment heureux et très sincèrement il y a encore un an, je ne pensais pas que ça arriverait. Et en ce moment je ne peux pas dire que ça n’arrive pas. Pendant longtemps, j’ai trop jonglé entre les oui et les non. Mais maintenant, ce serait mentir de dire que l’on ne me met pas en avant. Ça devient flagrant. Le désir est croissant de la part des producteurs et des réalisateurs, donc j’en suis ravi. Mais je sais que ça peut descendre aussi vite que c’est monté. Et en même temps, je sais qu’ils savent qu’ils ont affaire à un acteur et pas à un phénomène de mode. Parce que tout le monde sait que ça fait maintenant 20 ans que je vis de ça et que, quoiqu’il arrive, si demain ça marche moins bien pour moi, je vous garantis que je continuerai de jouer.


FilmDeCulte - Avec votre passion pour le jeu et votre emploi du temps qui est surchargé désormais, aurez-vous le temps et l’envie de retourner vers le théâtre ou de continuer à faire des courts-métrages comme Close-up de Claude Farge?

Clovis Cornillac - Pour être très franc, c’est très compliqué. C’est-à-dire que j’ai toujours été surchargé, même quand je faisais du théâtre, j’ai toujours enchaîné. Je n’ai jamais connu le chômage des acteurs. Donc c’est une grande chance. Mais le cinéma demande plus que le théâtre dans le sens où il y a la préparation, les rendez-vous, les scénarii, le tournage en lui-même et la promotion. Et comme j’enchaîne les films, et que je suis sur d’autres films à préparer et que je défends ceux qui sortent, je pense que les courts métrages deviennent pratiquement impossibles. En plus, j’ai une famille et d’avoir trois jours d’affilée avec elle c’est de plus en plus dur. Close-up, c’est plus un coup de bol. Parce qu’ils m’ont attendu. J’avais été très clair en leur disant que je n’avais pas le temps de le faire malgré le fait que j’avais vraiment envie et que je trouvais que le réalisateur avait un vrai talent. Et ce n’était pas de la mauvaise volonté mais ça devenait impossible. Finalement, on a réussi à concorder nos emplois du temps pour que je puisse le faire et j’en suis très fier. Mais honnêtement, cela devient de plus en plus dur. Quant au théâtre, j’en ai fait pendant 17 ans non-stop, mais j’ai eu un vrai "coup de fatigue", il y a 3 ans. Alors je ne veux pas dire que je n’en referai pas, car ce serait faux. J’en referai, c’est évident. Mais aujourd’hui, il y a quelque chose qui se déclenche dans le cinéma, il y a une vraie demande et ce n’est pas à ce moment-là qu’il faut que j’arrête pour revenir au théâtre. Mais je sais qu’il y aura un moment où je vais avoir deux ou trois films qui vont sortir, et il faudra que je me fasse un petit peu oublier pour ne pas saturer les gens et ce sera un bon moment pour repartir jouer un beau texte sur les planches.


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