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CARNETS DE VOYAGE (suite)


FilmDeCulte - Vous avez fait un vrai travail de reconstitution. Est-ce que vous avez été influencé par certains courants de cette époque comme le mouvement hippy?

Walter Salles - Ce ne sont pas vraiment des influences non. Ici, il s'agit plus de découvrir quelle est l'identité latino-américaine. Ils sont partis d'une métropole qui vivait au rythme européen. C'est un contre-champ de cela que l'on montre. Deux carnets de voyage très importants qui proposent aux latino-américains de regarder leur propre miroir. Ce sont des livres qui nous proposent de regarder en nous ainsi que ce qui nous entoure. On a essayé de garder l'esprit de ces livres. Le scénario était superbe et comprenait tellement bien les personnages qu’au fur et à mesure il nous a permis de faire des improvisations à partir de ce matériau de base. Nous avons eu un désir de connaître mais aussi d'expérimenter.


FilmDeCulte - Que signifie ce film pour vous Alberto?

Alberto Granado - J'ai connu Ernesto quand j'avais quatorze ans et toute cette histoire fait partie de moi. Tout ce que je vis actuellement me ramène à ce voyage. Ce voyage ne s'est jamais arrêté. Ernesto disait que j'étais un gitan sédentaire, tout ça je l'ai senti dans le film. Il m'a beaucoup ému. A chaque fois que je le revois, je le comprends de mieux en mieux. Et chaque fois que je vois Gael, j'ai de plus en plus l'impression de revoir Ernesto.


FilmDeCulte - Quelle a été la réaction de la population locale?

Walter Salles - On a été frappé par le nombre de personnes qui connaissaient le livre. Puis nous avons croisé des gens qui avaient rencontré Ernesto et Alberto. Alberto a reconnu un homme qui était dans la colonie de 1952. L'écho de ce voyage est toujours très présent en Amérique Latine. Beaucoup se sont proposés pour participer au film.

Gael García Bernal - J'ajouterai que lors des improvisations au Pérou, il y avait une scène avec un cadre magnifique, un paysan devait nous parler, on avait fixé des limites et un sujet précis. Puis peu à peu, on a vu que le paysan parlait de sa réalité actuelle et que ce qu'il disait était aussi pertinent aujourd'hui qu'à l'époque. Nous avons donné la voix à des gens qui avaient besoin de s'exprimer. Il y avait comme une urgence, une nécessité.


FilmDeCulte - Le tournage a-t-il été une manière de se poser des questions sur l'avenir de l'Amérique Latine?

Walter Salles - Nous venions tous d'endroits différents et nous avions tous cette envie de définir l'Amérique Latine. Est-ce qu'il existe vraiment une Amérique Latine? C'est comme dans Si loin, si proche [ndlr: de Wim Wenders], nous cherchions notre identité, nos racines. Au fur et à mesure, nous avons-nous nous sommes rendus compte que les frontières étaient plus floues que nous le pensions. Ma vision de la réalité a bien sûr changé au cours du tournage. Maintenant, en plus d'être brésilien, je me sens latino-américain.


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