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FilmDeCulte - Eprouvez-vous des difficultés à mettre une distance
avec tout ça?
Stéphane Bourgoin – Ça ne me pose aucun problème... Il m'est arrivé d'avoir
des cauchemars, suite à des visites de scènes de crimes assez sordides. Notamment il y a un an, lorsque je suis
allé sur les lieux d'un crime proféré par un tueur nécrophile, pédophile, et cannibale. Lorsque l'on se trouve
devant une telle scène, avec des corps qui grouillent d'asticots... Le tueur, arrêté au même moment, a expliqué en
souriant, devant moi, que le matin même il avait violé le cadavre du gosse, et qu'il avait mis du papier journal dans
l'anus afin que celui ci ne soit pas rempli d'asticots. C'est là que j'ai un peu de mal à comprendre ce côté
romantique du serial killer. J'arrive peut être à distancier aujourd'hui, tout d'abord parce que je commence à avoir
l'habitude. Peut être également grâce au fait que j'écrive des livres dessus ou que je fasse des documentaires. Ce
qui me permet de créer une certaine distance et d'évacuer cela. Mais à la limite, je trouve plus pénible de lire les
lettres de fans que de rencontrer des serial killers. Lorsque je suis face au tueur, je pense principalement à ne pas
me faire manipuler, à mettre en place certaines tactiques, à tenter de trouver son point faible. Ce n'est généralement
qu'après coup, lorsque je relis les entretiens, que l'horreur me frappe.
FilmDeCulte - Ce que l'on peut tout à fait comprendre devant les rushes de
l'entretien avec Otis Toole (ces rushes sont proposées en bonus sur le DVD de Henry, portrait of a serial
killer).
Stéphane Bourgoin – Tout à fait, c'était les rushes d'un documentaire que
j'avais fait pour France 3. Nous avions dû bien entendu retirer ce genre de déclarations. Déjà parce que la chaîne
n'aurait jamais accepté. J'ai toutefois été surpris de voir qu'à l'époque, ils ont quand même passé certaines images
de tueurs assez dures. Et puis il y a également un problème d'autocensure, de toute façon.
FilmDeCulte - Pouvez-vous nous parler de ce contraste qui existe entre
la sauvagerie des crimes et le calme des tueurs lorsque vous les rencontrez.
Stéphane Bourgoin – Généralement, avant de rencontrer un tueur, je visionne
des vidéos prises sur les scènes de crime. Il m'arrive même parfois de me déplacer directement sur ces scènes.
J'ai chez moi des dizaines de milliers de photos de ces scènes de crimes depuis les années 30 jusqu'à aujourd'hui.
Il est vrai que c'est ce décalage entre la violence de ces photos et le discours des tueurs qui m'a toujours frappé.
Avant de rencontrer mon premier serial killer, j'avais aussi des images héritées du cinéma en tête. C'était bien
avant Le Silence des agneaux puisque j'ai rencontré mon premier tueur en 1979 - le vampire de Sacramento,
Richard Chase. Il y avait également toute une littérature qui m'avait influencé.
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| Le Sang du châtiment |
FilmDeCulte - Ce tueur a inspiré Le Sang du châtiment, de William
Friedkin.
Stéphane Bourgoin – Il y a des similitudes. Mais ce n'est pas vraiment le
même puisque le personnage du film est un psychopathe alors que dans la réalité, il est dingue. Il y a des
ressemblances dans les rites avec le sang, notamment, mais cela allait beaucoup plus loin dans la réalité. Il
recueillait le sang dans un peau de yaourt, puis le mélangeait dans un mixeur, avec du coca-cola, etc. Il
s'injectait du sang de lapin dans les veines, dormait avec des oranges autour de la tête pour que les vitamines
C rentrent dans son corps... Par contre, il y a eu un roman célèbre de Dantec pour lequel il m'a demandé
l'autorisation d'utiliser le personnage tel qu'il était montré dans mes entretiens. C'était pour Les Racines
du mal. Sinon, entre parenthèses, vous avez raté à une heure près la visite d'un vrai tueur vampire. Il a tué
une personne en 1995, il déterre les cadavres, les dévore, etc. Il a été condamné en 95 à douze ans de prison pour
le meurtre d'un homosexuel, qu'il a choisi au hasard parce que le matin même, un autre homosexuel lui avait mis la
main aux fesses. Il en a choppé un au hasard par minitel, et est allé l'abattre chez lui. Il a le signe de la bête,
le 666, gravé sur son poignet. Il se coupe les veines afin de boire son sang. Si l'on regarde son site internet, on
peut constater que ce type là est excessivement dangereux. Il fait des peintures, et il est venu me proposer
d'illustrer un de mes prochains bouquins.
FilmDeCulte - Trouvez-vous le cinéma régulièrement complaisant par rapport
aux tueurs en série?
Stéphane Bourgoin – C'est difficile à dire puisque j'ai toujours adoré les
séries B, par exemple, voire même les séries Z réalisées par des metteurs en scène ultra ringards. Cela me fait
beaucoup rire. Mais je trouve que le cinéma est devenu beaucoup moins intéressant et amusant qu'autre fois. Donc
complaisant, oui, bien entendu. Il ne suggère plus. D'un autre côté, l'est-il vraiment quand on voit de grosses
productions hollywoodiennes telles que ce Hannibal à l'ambiance détestable dans lequel le personnage est
montré comme un héros positif. Les films de seconde zone provenant d'Asie, dans lesquels des tueurs ayant le sida
violent des petites filles ont peut-être finalement moins d'impact que la séquence finale du film de Ridley Scott.
C'est assez déplaisant. On applaudit Lecter lorsqu'il descend de l'avion parce qu'on sait qu'il va aller bouffer
cet odieux psychiatre qui a harcelé Jodie Foster. Il y a là une manipulation du spectateur qui ne me plait pas
trop. J'adore Le Silence des agneaux, par ailleurs, je l'ai vu plusieurs fois. Mais il y a un côté un peu
trop manipulateur qui me déplait et me choque plus que des petits films d'horreur un peu trop extrêmes.
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| Psychose |
FilmDeCulte - Quels sont les films de tueurs en série qui vous ont marqué?
Psychose, Massacre à la tronçonneuse, etc.?
Stéphane Bourgoin – Massacre... est un film que je trouve absolument
génial. C'est éblouissant aussi parce qu'il a le même parti pris, quelque part, que Henry, portrait...
tout en étant peut-être un peu moins violent (au niveau du sang, je veux dire). Il me semble que la seule scène
sanglante du film est celle de l'auto-stoppeur qui se coupe au rasoir. Je l'ai vu à la toute première projection
à la quinzaine des réalisateurs à Cannes, à l'époque où personne ne connaissait quoi que ce soit au film. Ca m'a
fait un vrai choc. Je n'ai pas eu depuis un choc similaire au niveau puissance évocatrice au cinéma. Concernant
Psychose, aujourd'hui, ceux qui le regardent savent à quoi s'attendre, donc il y a une distanciation qui
se crée. Mais je trouve malgré tout le film très puissant. Il est très fidèle au roman de Robert Bloch. On a un
peu trop tendance à chanter les louanges d'Hitchcock, mais le roman était déjà génial au départ et toutes les
idées que l'on retrouve dans le film y sont également. J'aime aussi beaucoup un petit film qui vient de sortir
dans la collection Midnight movies de MGM, et qui s'intitule Deranged. C'est peut-être le film le
plus réaliste sur le cas Ed Gein. Par contre, j'ai juste vu les cinq premières minutes du film Ed Gein,
sorti récemment. Je l'avais acheté en zone 1 au moment de sa sortie, mais le début du film m'avait paru un peu
lent et je n'ai pas encore pris le temps de voir la suite. Il traîne parmi les tonnes de DVD du même genre que
je dois avoir.
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| Massacre à la tronçonneuse |
FilmDeCulte - Aviez-vous vu l'épisode 4 de la série des Massacre à
la tronçonneuse, dans lequel le côté féminin du tueur est mis en avant?
Stéphane Bourgoin – Oui, je me rappelle... Devant son miroir, il se met
du rouge à lèvres, etc. C'était tout à fait le rêve de Ed Gein, de se travestir en femme. Il s'était renseigné
pour une opération, mais à l'époque, en 1957, c'était extrêmement cher et il avait dû renoncer. Il vivait depuis
exactement comme Buffalo Bill dans Le Silence des agneaux.
C'EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS vu par Stéphane Bourgoin.
Là aussi, je suis un grand fan. Je faisais d'ailleurs partie d'un jury, avec notamment Jean-Claude Rohmer,
et nous lui avions donné le Prix très spécial de l'année 92. C'était d'ailleurs la première fois que ce prix
était décerné. Le vote était fait, il me semble, à l'unanimité. Là aussi, c'est un peu le même cas que les
films de Powell ou de McNaughton. Le fait de montrer cette équipe de télé qui intervient donne au film une
force que n'a pas, par exemple, Scream, dans lequel il y aussi pourtant cette équipe de télévision.
Cette décision également de filmer le crime et d'en parler ensuite créé une distanciation et un malaise. Ce
n'est pas un simple rouage du scénario, c'est le principe même du film.
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