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JACQUES AUDIARD
Fils du célèbre Michel Audiard, Jacques Audiard commence d'abord à écrire les scénarios
de films à succès (Réveillon chez Bob, Mortelle randonnée), avant de se lancer dans la mise en scène avec les excellents
Regarde les hommes tomber et Un Héros très discret. Avec Sur mes lèvres, il remporte plusieurs césars
ainsi que son premier vrai succès public.
FilmDeCulte - D'où vous est venue l'idée de Sur mes lèvres?
Jacques Audiard - La préhistoire du film remonte à quelque chose de très loin dans mon inconscient et mes souvenirs,
déclenchée au départ par la vision du film Les tueurs de la lune de miel (The honeymoon killers
en VO), où figurait déjà un couple de personnages très différents. Là-dessus se sont greffés par la suite
lentement d'autres éléments, comme la surdité du personnage d'Emmanuelle Devos, dont l'idée m'est venue après
avoir mis en scène des malentendants dans le clip de Noir Désir Comme elle vient.
FilmDeCulte - Comment s'est passé la collaboration avec Tonino Benacquista?
Jacques Audiard – J'ai tout d'abord écrit un premier traitement de l'histoire d'une cinquantaine, soixantaine de pages.
Comme je n'en étais pas satisfait, j'ai cherché à faire appel à une personne à l'univers extérieur au
mien. De Tonino, je connaissais son travail d'écrivain, la série noire que j'avais moyennement appréciée,
la série b(ndlr: La Débandade, Le Coeur à l'Ouvrage, Les Morsures de l'Aube) et
je ne me suis pas gêné pour le lui faire remarquer d'ailleurs.
Dans le travail, on avait chacun un rôle bien défini : j'essayais d'apporter les idées et Tonino
tranchait de manière sévère. Il m'a apporté cette forme de rigueur, ce recul qui me manquaient.
FilmDeCulte - Pourquoi y-a-t-il dans le film autant d'éléments comiques?
Jacques Audiard – C'est vrai qu'au départ je voulais donner une tonalité plus noire à l'histoire. Mais au fur et à mesure de
l'écriture, avec l'apport de Tonino notamment, puis au début du tournage, avec le personnage de Vincent
Cassel, ce côté italien, comique dans sa façon de jouer, l'humour est apparu de lui-même. On s'est par la
suite engouffrés là-dedans.
FilmDeCulte - Quelle est la signification du personnage assez
fascinant du contrôleur judiciaire?
Jacques Audiard – Au départ, lors de l'écriture, le film contenait davantage d'histoires, il était nettement plus polyphonique.
On s'est recadrés par la suite autour de l'histoire de Paul et Carla, en éliminant tout ce qui était annexe.
La destinée du contrôleur judiciaire a été autre. J'ai voulu garder ce personnage en le faisant intervenir dans
le film de manière muette et récurrente, à l'image du choeur dans le théâtre grec. La question n'était donc pas
de savoir comment éliminer le personnage de Masson mais comment le conserver. En plus il est incarné par Olivier
Perrier qui est un type que j'adore.