| |
|
|
FilmDeCulte - Pouvez-vous nous parler de ce fameux passage nocturne, dans le noir le plus complet?
Jean-Marie Larrieu - Ça rentrait dans la logique du personnage d'Adam. A partir du moment où on se trouvait dans une forêt, la nuit, avec un aveugle, on s'est dit qu'au lieu d'éclairer artificiellement la séquence, on la styliserait dans l'autre sens, dans le noir complet. C'était quelque chose de complètement naturel. Ce qui était très beau, c'était de refaire quasiment le même voyage avec l'aveugle, il traverse le pré, et tout d'un coup on adopte son point de vue. La fois où il a rencontré Madeleine, c'était cette nuit-là. Lui c'est tout le temps comme ça. Je pense que ça rejoint encore l'idée du rêve et de la réalité, d'un monde parallèle au nôtre.
FilmDeCulte - William (Daniel Auteuil) effectue seul cette traversée. Ce qui est étonnant, c'est qu'on pense qu'il va s'échapper dans la montagne. Mais non, il revient. L'atmosphère, la contemplation font penser au cinéma asiatique. Avez-vous vu Shara de Naomi Kawase ?
Jean-Marie Larrieu - Celui-là on ne l'a pas vu. Ces passages ont été inspirés de lieux qu'on connaît dans les Pyrénées, de gens de notre entourage. Je ne sais pas d'où vient véritablement cette inspiration japonaise. On ne connaît pas le pays plus que ça, on y a été deux fois, on en revient justement.
FilmDeCulte - Ce sont des films où les gens sont souvent isolés du monde, en retraite, soit dans une maison, soit dans une forêt. Le film a une tonalité mystique, surtout à travers le personnage de William et cette marche nocturne à la fin.
Jean-Marie Larrieu - Il y a un rapport au paysage qui est difficile à exprimer, ça rejoint l'idée d'un art primitif; l'homme et le paysage comme bases du cinéma. Les interprétations sont plus floues pour nous. On a le désir de tourner en extérieur. Et puis un autre désir nous mène vers des acteurs plus connus qu'on souhaite filmer devant des paysages. Est-ce que c'est mystique ou oriental, qu'est-ce que ça signifie? Le Japon commence à nous troubler (rires).
FilmDeCulte - Par rapport au cinéma français, on pense à Alain Guiraudie (Pas de repos pour les braves) et à Yves Caumon (Cache-cache), il y a une immersion dans la nature qu'on ne voit pas dans le cinéma d'auteur traditionnel, plus urbain.
Arnaud Larrieu - Ça c'est l'enfance et l'adolescence passées en province...
Jean-Marie Larrieu - ...dans des villages et des petites villes. Parce que c'est assez étrange, on a des questions dans les grandes villes où on nous demande: "Mais pourquoi cette stylisation des personnages au milieu des paysages?'' Comme si la réalité c'était la grande ville et qu'aller dans la nature c'était un truc très singulier.
Arnaud Larrieu - C'est les vacances, on va à la mer, à la montagne, puis on revient à la réalité qui est à la ville (sourire).
Jean-Marie Larrieu - Mais il y a des gens qui vivent là-bas, qui ont des maisons, qui font des circuits dans la forêt pour rentrer chez eux (rires). La nouveauté avec ce film, c'est qu'on est vraiment rentré dans une maison.
FilmDeCulte - Dans Un Homme un vrai, la maison sert de pivot à l'intrigue.
Jean-Marie Larrieu - Voilà, le film était en trois temps, mais il y avait bien une maison. C'est une hantise...
FilmDeCulte - D'où vous est venu ce titre, Peindre ou faire l'amour?
Jean-Marie Larrieu - Il est venu très vite, dès le premier synopsis. On avait plusieurs chapitres, dont celui intitulé "Peindre ou faire l'amour". William et Madeleine venaient d'acheter la maison. On avait hésité entre Peindre et faire l'amour et Peindre ou faire l'amour qui sonnait mieux.
FilmDeCulte - A l'écriture, comment vous répartissez-vous la tâche? Dans les fratries au cinéma, les rôles sont souvent bien définis, l'un produit, l'autre réalise.
Arnaud Larrieu - On se partage les deux.
Jean-Marie Larrieu - Après il y a les tempéraments (rires). L'inspiration peut parfois être différente, l'un commence avec le synopsis... Celui-là, il a vraiment été écrit à deux.
Arnaud Larrieu - Les réalisateurs qui travaillent seuls, c'est finalement extrêmement rare. C'est pas du roman, seulement de l'écriture. Il y a toujours besoin de dialogue, d'échanges. Ce n'est pas la qualité de l'écriture qu compte. Sur le plateau, Jean-Marie est plus avec les comédiens, moi je suis derrière la caméra. Mais je suis aussi près des comédiens puisque je les filme.
FilmDeCulte - Quelle part laissez-vous à l'improvisation?
Jean-Marie Larrieu - Le scénario est très écrit, on ne touche quasiment pas aux dialogues.
Arnaud Larrieu - L'improvisation au cinéma, c'est très bizarre, je ne comprends pas ce que c'est. Soit on a une idée au dernier moment et c'est une idée et donc ce n'est plus de l'improvisation...
Jean-Marie Larrieu - Quand les gens arrivent sur le plateau, toute la séquence est déjà écrite et longuement pensée. Après ce qui est vrai, c'est qu'on ne fait aucun storyboard. Les découpages on ne les fait quasiment plus...
Arnaud Larrieu - ...à l'avance.
Jean-Marie Larrieu - On arrive trois quarts d'heure à l'avance, on regarde les lieux, le temps, on se dit: "Tiens on pourrait se mettre là et là". On fait venir les comédiens, on commence à répéter. Enfin ils répètent peu, parce que l'essentiel va être donné pendant les prises. On est obligé de filmer un premier plan pour voir où se placer. Du coup c'est la mise en scène qui est improvisée... ou plutôt elle se fait pendant qu'on tourne. Le matin, on ignore ce qu'on va faire, quelle séquence on va tourner, comment on va la tourner.
FilmDeCulte - Vous avez respecté une chronologie?
Jean-Marie Larrieu - C'est un mélange.
Arnaud Larrieu - Le début est un peu chronologique, le temps de découvrir les acteurs, les personnages, que tout le monde prenne ses marques.
Jean-Marie Larrieu - Le tournage a duré six semaines. Au bout du sixième jour, on est entré dans le vif du sujet. La première semaine était un peu flottante...Mais on a été obligé d'aller très vite.
- 2/4 -
|
|
|