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ARNAUD ET JEAN-MARIE LARRIEU


Rencontrés dans un hôtel parisien pour la promotion de Peindre ou faire l'amour, les deux frères-cinéastes, fidèles à l'image de leurs films, chaleureux et décalés, maîtrisant à la perfection l'art du contre-pied, se sont longuement expliqués sur la lente maturation de leur nouveau long métrage.


FilmDeCulte - Avec Peindre ou faire l'amour vous semblez franchir un cap, le film est plus ambitieux, le casting plus imposant. Etait-ce un choix conscient dès l'écriture?

Jean-Marie Larrieu - Si on prend les choses dans l'ordre, le scénario a été écrit sans aucune idée de casting. Au moment de la production, le budget était quasiment le même que celui d'Un Homme, un vrai, malgré les acteurs. Peut-être un peu plus, mais pas beaucoup. L'ambition commerciale elle est toujours là, on a envie que les gens voient les films. Mais on était prêt cette fois-ci à prendre des acteurs assez connus. Financièrement, on nous considère comme des représentants du cinéma d'auteur, un cinéma qui n'est pas destiné au prime-time. Les chaînes hertziennes sont venues au dernier moment. Daniel et Sabine ont été les deux premiers à dire oui.


FilmDeCulte - Sergi Lopez et Amira Casar forment un très beau couple, secret et atypique. Se sont-ils imposés tout de suite?

Jean-Marie Larrieu - L'histoire, c'est un couple impressionné par un autre couple. Quand on a eu Azéma et Auteuil, on s'est demandé qui pourrait bien les impressionner. On s'est dirigé vers un casting international, mais le film devenait trop lourd avec des acteurs américains... On a pensé à John Malkovich, à Jeremy Irons... Mais vis-à-vis du personnage d'Adam, ça faisait un peu chic sur chic, quelqu'un d'à la fois cultivé, élégant et anglais... Finalement Sergi c'était une assez bonne idée. On a d'abord hésité parce qu'il avait déjà fait Harry, un ami qui vous veut du bien et on craignait d'exploiter le même registre. Et puis on s'est dit: "On verra bien." Dès qu'on a tourné le premier plan dans le pré, Sergi est devenu une évidence.


FilmDeCulte - Un Homme, un vrai soulignait de nombreuses ruptures de ton. Dans Peindre ou faire l'amour, tout semble limpide, harmonieux.

Jean-Marie Larrieu - Dans Un Homme, un vrai, le fil conducteur c'était le romanesque, Mathieu Almaric se cherchait à travers différents rôles. Le film était vraiment concentré sur son personnage. Dans Peindre ou faire l'amour, c'est presque l'inverse, un huis clos sur le désir. On voulait quelque chose de plus linéaire, de plus précis, une ligne qui serait tracée par les comédiens, ils amèneraient avec eux la diversité. La mise en scène les a suivis, s'est pliée à leurs jeux. On fait toujours un film en réaction au précédent.


FilmDeCulte - L'idée d'avoir un personnage aveugle est-elle venue spontanément?

Jean-Marie Larrieu - C'est venu très vite, on savait qu'il y aurait un aveugle parmi les deux couples. Parce que ça donnait une jubilation des situations incroyable. Au cinéma quelqu'un qui ne voit pas, ça ouvre tellement de perspectives... A condition qu'on ne le considère pas comme un handicap. Est-ce que c'est réaliste, est-ce qu'il peut vivre à la campagne, est-ce qu'il peut être maire d'un village? A toutes ces questions, on a répondu: "Oui c'est possible". En Corse, on a rencontré le directeur d'un festival. Il était aveugle et le vivait très bien avec sa femme. Les situations deviennent insensées. Dès que l'aveugle entre en scène, tout le monde se met à penser: "Il ne voit pas, mais il entend. Fait-il exprès de se tromper de main au moment où il accompagne Madeleine en haut de l'escalier?" En terme de scénario et de mise en scène c'est très excitant.


FilmDeCulte - C'est le personnage d'Adam qui leur apprend à voir. Y a t-il là un message épicurien? Celui qui ne voit pas prend la vie comme elle vient, sans crainte du poids social ni du regard des autres?

Jean-Marie Larrieu - L'intérêt du personnage d'Adam, ce n'était pas tant l'aveugle qui détient tous les droits, mais la manière dont il rend encore plus visibles les désirs de Madeleine qu'il ne voit pas. Chez William et sa femme, on baigne dans un milieu petit-bourgeois régi par des codes. Avec Adam, il n'existent plus. Face à un aveugle, il ne reste que l'essentiel. Et c'est vrai, on l'a expérimenté avec des aveugles, on n'a plus cette barrière des codes, des gestes qui font dire qu'une situation est normale, que tout va bien... Pour celui qui parle à un aveugle, tout est à double sens. Ça renvoie à soi - ce qui était assez joli, face à un couple de 55 ans, d'une certaine nature, d'un certain statut. Face à un aveugle, l'apparence physique disparaît. William et Madeleine peuvent soudain réinventer leur vie.


FilmDeCulte - Il y a un regard à la fois drôle et angoissé sur la retraite. Les amis de William lui prêtent un club de golf, lui proposent une cueillette des champignons, des activités très loin de ses désirs, lui le météorologue qui ne peut plus rien prévoir. Daniel Auteuil incarne à merveille un esprit enfantin, a t-il influé sur l'écriture du personnage?

Jean-Marie Larrieu - C'était déjà écrit, mais oui le personnage est inquiet. Après les amis, c'est ce que font les amis quand ils ont un proche qui part à la retraite. Ils vont essayer de l'occuper (rires).


FilmDeCulte - Le film esquisse une voie fantastique. Avez-vous été intéressé à un moment donné de creuser ce sillon-là, notamment avec la scène de l'incendie?

Jean-Marie Larrieu - Tout à fait. Nos premiers films en Super 8 ont été nourris par ça, et on savait très bien que certaines pistes auraient pu nous emmener vers un scénario très inquiétant. Là on est resté sur une friche où on se dit: "Bon c'est un simple fantasme des personnages, ils peuvent en avoir peur." On a évité d'entrer dans le film de genre. Les précédentes versions du scénario montraient plusieurs rêves, on leur faisait faire des choses assez incongrues (rires). Mais après tout, ça ressemble à nos vies, la réalité le jour, les rêves la nuit.


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