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ALEXANDRE
Avec une carrière parcourue de films historiques et/ou controversés, Oliver Stone s'est forgé une réputation de réalisateur polémique. S'il clame vouloir toujours s'approcher au plus près de sa réalité, ses œuvres témoignent cependant d'une réalité qui est également la sienne. S'appropriant les récits des plus grands personnages ou des plus importants moments de notre Histoire, d'Alexandre le Grand à Richard Nixon en passant par la Guerre du Viêt-Nam, Stone s'impose comme un auteur important et aujourd'hui trop rare. C'est pourquoi l'on se réjouira de voir en salles son nouvel opus ainsi que de recueillir ces quelques propos, même s'ils sont brefs. Accompagné de Colin Farrell et Angelina Jolie, l'Empereur et sa mère, il évoque Alexandre, de la naissance du projet à l'éventuel version qui finira sur le DVD, sans oublier la question de l'homosexualité maintes fois soulevée.
LA VERITE, TOUTE LA VERITE, RIEN QUE LA VERITE
Oliver Stone - J'ai lu l'ouvrage de Robin Lane Fox [qui fut conseiller historique sur le film, NDR] sur Alexandre quand j'étais à l'université et c'est là que l'envie d'adapter sa vie à l'écran m'est venue pour la première fois. Et il se trouve que tout ce qui avait été montré ou écrit sur lui avait beaucoup été enjolivé, ce n'était pas la réalité. On a donc essayé de s'éloigner d'un aspect "tabloïd" pour revenir à l'essentiel. Le principal défi était de faire tenir l'incroyable épopée d'Alexandre en un film cohérent, qui ne dépasserait pas les trois heures de métrage. La personnalité d'Alexandre était très complexe. On a donc mis pas mal de temps à écrire le scénario. Avec une structure purement hollywoodienne, on aurait eu quelque chose du style "le roi des Perses tue le père d'Alexandre et celui-ci part le venger" avec un héros à la Russell Crowe dans Gladiator ou Brad Pitt dans Troie. Mais ce n'est pas la réalité, et moi je voulais un film le plus proche de la réalité possible. D'ailleurs, dans le film, il n'y a pas de vrai méchant, le véritable ennemi d'Alexandre, c'est lui-même. C'est pourquoi son histoire est réellement une tragédie grecque, avec un héros qui se bat contre lui-même.
"ALEXANDER THE GAY"
Oliver Stone - Je ne pense pas avoir présenté Alexandre comme un bisexuel mais plutôt même comme un trisexuel à travers ses relations non seulement avec des hommes et des femmes mais avec Bagoas, un personnage entre homme et femme, androgyne. En réalité, je vois Alexandre comme quelqu'un qui toujours poussé plus loin les limites, et cela s'applique autant à son Empire qu'à sa sexualité. Il était hors normes. C'est la question de l'homosexualité qui a posé problème aux Etats-Unis, c'est autour de ça qu'ont tourné les commentaires sur le film, alors qu'en Europe, on fera des analogies entre l'impérialisme d'Alexandre et celui, actuel, des Etats-Unis. J'ai été déçu de l'accueil aux Etats-Unis. Mais vous savez, Alexandre est un personnage historique, et les Américains sont pathétiques en Histoire. Dans beaucoup d'aspect de la vie américaine, notamment en politique, les gens ont tendance à se focaliser sur des détails insignifiants. Du coup, la critique aux Etats-Unis a porté uniquement sur l'aspect homosexuel du film. Heureusement, en Europe, vous êtes plus intelligents et vous ne vous êtes pas arrêtés à ça. Il y a aussi l'accueil réservé par la Grèce: ils n'ont jamais vraiment aimé Alexandre, car finalement il n'a cessé de s'éloigner du monde grec. Il a voulu créer une seule race, un seul empire. Ce n'est donc pas étonnant.
ALEXANDER: EMPEROR'S CUT
Oliver Stone - La version présentée au cinéma est le director's cut. Par contre, la version qui figurera sur le DVD américain du film sera peut-être plus courte, avec moins de détails, plus fluide, plus facile à comprendre, destinée spécialement au public américain. Ceci dit, une version plus courte est parfois meilleure, j'aurais aimé faire tenir tout ça en deux heures, le montrer plus simplement. Mais c'est impossible car l'histoire d'Alexandre est compliquée. Vous savez, le public américain est impatient, il n'aime pas avoir l'impression de perdre son temps. Il serait difficile de lui servir une version encore plus longue, mais pourquoi pas un jour. En tout cas, il s'agit pour l'instant de la version définitive.
LES ACTEURS DE LA TRAGEDIE
Colin Farrell - Il y eut tout d'abord une préparation physique, je l'ai commencée trois-quatre mois avant le début du tournage. J'allais dans des clubs de gym quatre jours par semaine, j'ai aussi fait beaucoup d'équitation. Je suis même allé au Maroc pour me perfectionner. Il y avait d'autres acteurs, on avait droit à des séances de questions-réponses sur la stratégie militaire macédonienne. Il fallait réellement savoir comment réagir physiquement par rapport aux tactiques des batailles.
Oliver Stone - Effectivement, il a fallu leur réapprendre à penser. Un soldat doit penser collectif alors qu'un acteur a une démarche beaucoup plus personnelle, individualiste.
Agelina Jolie - Personnellement, c'est un rôle qui comptait beaucoup pour moi, et je me suis donc énormément impliquée dans le film. Concernant l'accent que j'ai dans le film par exemple, j'ai voulu trouver une voix qui soit un mélange entre différentes régions pour montrer un peu le mélange des cultures qu'incarne mon personnage.
Colin Farrell - Et pourquoi j'ai les cheveux blonds, maman?
Oliver Stone - En réalité, selon ce que l'on sait de la couleur des cheveux d'Alexandre, ils étaient blonds tirant légèrement vers le roux. Donc une couleur ambre, qui était la couleur des macédoniens. Mais on dit même qu'Alexandre se teignait les cheveux, souhaitant arborer une chevelure plus claire pour se démarquer.
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