THE RITAL JOB
Des suites à ses trois chefs d'œuvre, Romero en a connu plusieurs dont il n'est pas vraiment responsable. Et si Dan
O'Bannon cherche sournoisement à profiter de la paternité de La Nuit des morts-vivants avec Le Retour des
morts-vivants, Lucio Fulci détourne le titre de façon bien plus franche et non moins honteuse avec son Zombi
2 (en France, L'Enfer des zombies, 1979), sorti quelques mois après celui de Romero et censuré un peu
partout dans le monde. Abusant de la notoriété récente de Zombie, Zombi 2 n'en reste pas moins un
nanar qui serait resté parfaitement obscur sans le succès de son aîné et sans la roublardise teintée de talent de
son réalisateur. Car Fulci est un cas à part. Celui d'un cinéaste désastreux ayant cependant bâti sa carrière sur
des thèmes récurrents, transformant ses films en pierres fondatrices d'une œuvre bancale mais attachante.
Si la
démarche de Romero apparaît principalement comme politique, celle du cinéaste transalpin s'apparente plutôt à un
déplacement pictural des thèmes du zombie vers une représentation cinématographique d'un véritable enfer sur Terre.
La mort a pris depuis longtemps le pas sur la vie, et ses zombies sont avant tout des créatures maléfiques, lentes
et dégénérées, qui avancent inexorablement vers leurs cibles. Enucléations, membres arrachés, parricide, l'esprit
de Fulci accouche des pires atrocités, qu'il imprime complaisamment sur la toile de ses films suivants:
Frayeurs (Paura nella città dei morti viventi, 1980) et son chef d'œuvre, L'au-delà (E
tu vivrai nel terrore - L'aldilà, 1981). Ce dernier, pourtant dépourvu d'un scénario digne de ce nom, explore
l'entrée des portes de l'enfer par lesquelles s'échappent les armées des ténèbres. Fulci est fou, Fulci ose tout.
Mais Fulci est vieux et, en dépit de tous ses efforts, jamais il ne renouera avec cette réussite (relative).
Zombi 3 (1988), piètre tentative pour retrouver le succès, sera d'ailleurs désavoué par son auteur lui-même,
en raison du remontage imposé par le producteur.
S'il en est un qui, en revanche, n'a jamais cherché à dépasser son statut de faiseur médiocre, c'est bien Lamberto
Bava, dont l'unique titre de gloire est principalement dû à Dario Argento, producteur et co-scénariste des deux
Demons (Demoni, 1985 et 1986). Heureux hasard, ces deux films appartiennent au genre qui nous intéresse
et il s'agit des deux seules réussites de Lamberto, qui a définitivement enterré le nom de son illustre papa (Mario
Le Masque du démon Bava). Bizarrement, alors qu'Argento n'a jamais abordé frontalement le genre, il en donne
ici une alternative intéressante avec ces zombies sortis d'un écran de cinéma (Démons 1), puis d'un écran de
télé (Démons 2) sur lequel est projeté… le premier épisode. Humour grinçant, incohérence narrative totale,
mais utilisation impeccable de l'espace pour le second (qui se déroule entièrement dans un gratte-ciel) et
maquillages réussis font de ces films deux petites perles un rien désuètes, à voir impérativement entre amis lors
d'une soirée potins, sexe and raclette.
En revanche, Sanctuaire (La Chiesa, 1989) et The sect
(La Setta, 1991), respectivement les épisodes 3 et 4 de la série font partie des derniers survivants d'un
genre en perdition en cette fin des années 80: le gore sérieux et angoissant. Michele Soavi, leur réalisateur,
reste par ailleurs l'une des plus grandes révélations du cinéma fantastique de ces vingt dernières années, et son
sublime Dellamorte Dellamore (1994) le prouve un peu plus à chaque vision. Poétique, infiniment romantique,
effrayant, pas forcément avare de pointes d'humour décalé, ce bijou, dans lequel un gardien de cimetière doit tuer
une seconde fois les cadavres qui reviennent systématiquement à la vie, bénéficie en outre de l'excellente
interprétation d'un Rupert Everett habité par son rôle. Au rayon pompage rital de Romero, citons enfin les
oubliables La Morte Sorride a l'assassino (1973, avec Klaus Kinski) et La Nuit fantastique des
morts-vivants (La Notte erotiche dei morti vivendi, 1979) tous deux de l'érétomane Joe D'Amato, La
Terreur des zombies (Zombie holocaust, Franco Martinelli, 1979), l'incroyablement nul Virus
Cannibal (Virus, inferno dei morti vivanti, 1979) de l'infatigable Bruno Mattei, L'Avion de
l'Apocalypse (Incubo sulla Citta contaminata, 1979) de l'indécent Umberto Lenzi…