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ZOMBIE - ETAT DES LIEUX
Un cimetière, une tombe, une main décharnée qui sort de la terre… Une image, célèbre parmi tant d'autres, dans
le petit monde du cinéma fantastique: la naissance du zombie, du mort vivant. D'origine variable (effets d'une
météorite, d'un virus, d'une malédiction, d'une incantation…), le zombie s'attaque généralement aux vivants afin
de les transformer contre leur gré en dîner. Parce que le zombie, tel le cracoucasse, a toujours faim, même lorsque
son estomac lui est retiré par un savant fou en mal d'expériences scientifiques (Le Jour des morts vivants).
Zombie rigolo ou zombie crado, ils sont tous dans ce dossier réalisé pour la sortie de L'Armée des morts,
dernier représentant en date du genre.
APOCALYPSE SELON SAINT-GEORGE
Tout commence finalement avec George Andrew Romero et sa somptueuse Nuit des morts-vivants (Night of
the living dead, 1968), même si quelques essais infructueux s'étaient faits connaître auparavant (Dracula
n'est-il pas lui-même, en un sens, un mort-vivant ?). Noir et blanc minimaliste et granuleux, techniques
documentaires plus ou moins héritées de la Nouvelle Vague (improvisations, caméra à l'épaule, éclairages naturels…),
sous-texte politique et social, atrocités inédites et pour la plupart absolument immorales, le cinéaste de Pittsburgh
dépasse probablement tout ce qui a été vu sur un écran de cinéma avant lui, et filme le tout avec un talent
inaccessible pour, au hasard, un Gordon Lewis. Le public s'y retrouve et ovationne ce petit film indépendant
budgété à 114 000 dollars dans lequel les personnages principaux se retrouvent coincés au milieu de nulle part,
dans une maison aux fenêtres trop nombreuses. Très vite, la tension qui sévit à l'extérieur trouve un écho à
l'intérieur.
Premier film et déjà la thématique la plus évidente de Romero se met en place: face à l'adversité,
les humains s'entretuent au lieu de s'entraider. L'enfer, c'est les autres, et le zombie serait peut-être l'évolution
logique d'un Être Humain condamné à disparaître. Cette évolution, le cinéaste mettra presque vingt ans à la
matérialiser sous la forme du plus beau personnage de la trilogie, celui de Bub, mort-vivant éduqué par un savant
à moitié cinglé dans le très sous-estimé Jour des morts-vivants (Day of the dead, 1986). Bub, c'est
notre espèce en devenir, le miroir de l'Homme, la révélation finale: nous ne sommes plus que des zombies, répétant
les même mouvements quotidiens, inlassablement, sans même s'en rendre réellement compte. D'ailleurs, à l'origine,
les zombies apprivoisés devaient se compter par dizaines, mais Romero a du revoir ses ambitions à la baisse faute
de budget, les producteurs ne lui allouant la somme nécessaire de sept millions de dollars qu'à la condition qu'il
fasse un film " rated R " (interdit aux moins de 18 ans). Le refus de Romero et le classement X du film l'imposent
comme le plus grand opéra gore jamais réalisé.
Après la nuit, et avant le jour, il y a l'aube des morts-vivants. Ou plus exactement dans la version française, le
mythique Zombie (Dawn of the dead, 1978), probablement le meilleur épisode de la trilogie. Si Romero
s'occupe du montage de la version américaine du film, il en laisse le soin pour la version européenne à son
producteur, le déclinant Dario Argento, qui s'adjoint la collaboration du groupe responsable des fabuleuses
partitions de Suspiria: les Goblins. Romero/Argento/Goblin, l'équation magique à laquelle s'ajoute le
maquilleur Tom Savini - surnommé à l'époque le " roi du splatter ", qui avait dû se désengager du premier segment
pour cause de service militaire - fait fureur, et le film est le plus gros succès de la trilogie avec quarante
millions de dollars de recettes dans le monde. Somme énorme pour un film indépendant, de nouveau classé X, et qui
prouve bien la portée immense du regard de Romero. Au demeurant, il est à noter que la version européenne en modifie
légèrement la teneur. De pensum lent et angoissant, Zombie devient un véritable film d'action au montage
extraordinaire dans lequel le cinéaste renvoie tout le monde dos à dos. Condamnés les survivants qui ne veulent
partager leurs biens. Condamnés les hell's angels venus piller les réserves. Condamnés les militaires, les
journalistes, les politiciens, etc. Romero accuse et la charge est énorme, faisant de Zombie le film d'horreur
le plus politisé des années 70. A ses morts-vivants, Romero fera un petit clin d'œil dans son segment du raté Deux
Yeux diaboliques (Two evil eyes, 1990) dans lequel il adapte Poe. Et il n'est pas exclu qu'il y revienne
prochainement dans un très attendu Dead Reckoning, quatrième tome de la saga, dont la mise en chantier est
sans cesse repoussée.