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LA NOUVELLE TRILOGIE
Voilà, c’est fini. Alors on pourra dire tout ce que l’on veut, que l’on soit dans le camp des défenseurs ou dans celui des détracteurs, le résultat est là et on n’y changera plus rien. Enfin, Lucas serait bien capable de changer encore quelques détails d’ici le DVD. Après tout, il a bel et bien modifié un plan ridicule de La Revanche des Sith, présent dans la première bande-annonce du film, pour le métrage final sorti en salles. Artiste perfectionniste qui ne recule devant rien ou auteur maladroit maîtrisant mal son univers? La vérité se situe probablement quelque part entre les deux. S’il va à présent sans dire que Lucas a su construire en parallèle le parcours d’Anakin Skywalker et le complot politique de Palpatine pendant deux films pour en arriver au troisième, tant attendu, tant redouté, dont on connaissait depuis des lustres les principaux aboutissants, la nouvelle trilogie est évidemment loin d’être parfaite. Objectivement, il en est de même pour la trilogie originale mais celle-ci ne comportait pas un lot de fautes de goût identique à celui qui handicape ces Episodes I, II et III.
ESPOIR ET MENACE
On ne trouvera que peu (ou pas) de points de comparaison avec la déception ressentie par une grande majorité de fans de Star Wars à la vision de La Menace fantôme, premier épisode à rebours d’une saga entamée vingt-deux ans plus tôt, annoncé depuis plus de dix ans, attendu de pied ferme avec une confiance quasi-aveugle. Certes les Wachowski ont su chambouler à nouveau la foi des geeks avec leurs deux suites au phénoménal Matrix, le Star Wars du XXIe siècle, sorti par coïncidence la même année que l’Episode I, mais tous les dialogues pseudo-philosophiques lourdingues à grand renfort de métaphores informatiques ne sont rien à côté des incroyables erreurs commises par George Lucas sur le premier chapitre de sa nouvelle trilogie. On se rappellera cette période qui séparait le 19 mai du 13 octobre 1999, période durant laquelle on entendit les pires rumeurs concernant le film. Pendant que celui-ci engrangeait 430 millions de dollars au box-office, des sites anti-Jar-Jar étaient créés de par le net. Jar-Jar. Mais comment peut-on être aussi naïf? Comme certains le firent remarquer, la candeur de la trilogie originale versait ici dans la bêtise la plus simple. Ainsi, en tant que simili-Chewbacca, on nous offre un sidekick à la voix et diction insupportables, qui multiplie les gags pauvres (marche dans une crotte, se fait péter dessus, etc.) et ne sert pour ainsi dire à rien dans l’avancement de l’histoire. Tout au plus sert-il à introduire le peuple des Gungans qui aidera nos héros à vaincre l’armée des droïdes de la Fédération du Commerce. Mais oublions un moment Jar-Jar Binks, défaut trop évident, pour s’attarder sur les autres égarements de l’Episode I. Comme celui de situer l’histoire dix ans avant les événements de l’épisode suivant, marquant le plus grand fossé entre deux chapitres dans toute la saga. Pourquoi un tel écart? Parce qu’Anakin est découvert à l’âge de 9 ans. Et Lucas d’engager un gamin incompétent au jeu trop contemporain ("Yippee!") dont les actions manquent de crédibilité (pilote hors pair durant une course de pods et, surtout, durant la bataille spatiale finale, qu’il remporte par accident). On pourrait résumer à une raison majeure la cause de tous ces défauts: afin d’enrôler un public plus jeune, Lucas a réalisé un film pour enfants. D’où Jar-Jar, ersatz orange de Dingo, et un héros infantile que la logique de l’intrigue même voudrait plus adolescent, à l’instar de Luke Skywalker dans l’Episode IV, renforçant plus avant la notion de miroir parcourant la nouvelle trilogie.
ATTAQUE ET CONTRE-ATTAQUE
En effet, les Episodes I, II et III comportent de nombreux renvois à la trilogie originale. Qu’il s’agisse des derniers plans de La Menace fantôme et de L’Attaque des clones, renvoyant directement au dernier plan d’Un nouvel espoir et à l’avant-dernier de L’Empire contre-attaque, ou bien de scènes-clés jumelées à des scènes de la trilogie originale, comme ce combat entre Anakin et Dooku devant le Chancelier Palpatine dans La Revanche des Sith, identique à celui de Luke contre Dark Vador devant l’Empereur Palpatine dans Le Retour du Jedi. Par ailleurs, le titre même de l’Episode III est une référence à l'un des faux titres de l’Episode VI, Revenge of the Jedi, paru sur certaines affiches à l’époque afin de confondre les pirates. L’Histoire se répète, comme guidée par un destin amené à lier constamment les mêmes personnages ou leurs descendants. Ainsi retrouve-t-on Jango Fett, chasseur de primes comme le sera dans la trilogie suivante son fils Boba, dans L’Attaque des clones. Clin d’œil superflu aux fans qui n’a pas sa place dans le film? Si l’intention initiale est probablement de faire plaisir au public, le choix demeure justifié par le scénario de Lucas, approfondissant la thématique de la figure paternelle au cœur de la série. Boba Fett aura beau être un personnage on ne peut plus secondaire de la trilogie originale, Lucas lui a donné un beau background. La présence de son père dans la nouvelle trilogie n’est qu’un choix contesté parmi d’autres, comme celui de faire combattre Yoda, allant volontairement à l’encontre de l’image établie dans les Episodes V, VI et I. Lucas vendu aux fans? Quand il éclipse presque honteusement Jar-Jar de la nouvelle trilogie dans l’Episode II, oui, c’est certain. Il a beau ne pas maîtriser son univers à 100%, il sait reconnaître ses erreurs. Peut-être un peu tard (voir les quelques petites retouches des Episodes I et II en DVD) mais il les reconnaît.
RETOUR ET REVANCHE
Au final, que reste-t-il alors? S’il est plus facile d’énumérer les nombreux défauts de La Menace fantôme et les quelques-uns de L’Attaque des clones, on passe trop facilement sous silence leurs grandes qualités. Outre le parcours d’Anakin Skywalker, principal argument de vente de cette nouvelle trilogie, qui demeure passionnant (le jeune esclave sans père qui voit sa première figure paternelle en la personne de Qui-Gon Jinn mourir avant d’être partagé entre ses deux pères spirituels que sont Obi-Wan Kenobi et Palpatine), Lucas a tissé une intrigue politique dont la structure peut-être un peu trop alambiquée (une bonne partie du public se demande encore comment s’articule exactement le plan du Sénateur) marque un puissant contraste avec la linéarité de la trilogie originale. De plus, elle apporte une toute autre dimension à une saga réputée politiquement correcte. Ainsi retrouve-t-on des personnages secondaires parmi les méchants, nommés d’après des hommes politiques américains de droite dans La Menace fantôme - les desseins de Palpatine faisant écho à ceux d’un autre Chancelier tristement célèbre dans L’Attaque des clones – au point qu'un personnage cite directement une phrase de George W. Bush dans La Revanche des Sith. On dira ce que l’on voudra, mais lorsque démarre le générique de fin de l’Episode III, la boucle est on ne peut mieux bouclée. Tous les événements que l’on connaissait à l’avance sont amenés de manière satisfaisante et paradoxalement surprenante, et Lucas réussit même la prouesse de rendre sa saga homogène. Non seulement la nouvelle trilogie forme un tout cohérent mais surtout, le lien que l’on craignait difficile avec la trilogie originale, tant au niveau thématique qu’esthétique, est fait avec habileté et passe comme par magie. Est-ce qu’il avait tout prévu à l’avance? Sa première trilogie, les préquelles, tout ce que ça impliquait? Au fond, peu importe. S’il sera à jamais dommage que cette nouvelle trilogie soit entachée par des erreurs de débutant (après tout Lucas n’avait fait que trois films auparavant) et d’artiste frustré (cf. l’Episode I boursouflé avec ses "Il y a toujours un plus gros poisson"), elle demeure un apport riche et bourré de qualités à un mythe entamé il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine, et aujourd’hui devenu intemporel.