| |
|
|
L'UNIVERS DE HAYAO MIYAZAKI (suite et fin)
LE PARADIS TERRESTRE
 |
Le règne du chaos rend d'autant plus appréciable le calme d'une retraite tenue secrète. Individualistes dans l'âme, les héros s'isolent volontiers dans un lieu dérobé que Miyazaki transforme vite en avant-goût du paradis. La cartographie de son univers regorge de passages secrets et de territoires difficiles d'accès. Le repère de Marco et le jardin privé de Gina aux abords de la mer adriatique donnent une certaine idée du bonheur terrestre. L'antre de Totoro, dont seuls les enfants connaissent l'emplacement, est une invitation à la farniente. Le château du magicien Hauru voyage dans le temps et l'espace, entre la dolce vita d'une ville portuaire et les pâturages fluorescents à perte de vue. Protégé des émanations toxiques, le pays de Nausicaä fait lui aussi figure de paradis terrestre. La cité céleste de Laputa est quant à elle un paradis retrouvé. Ce n'est qu'au terme d'aventures tumultueuses que Pazu et Sheeta parviennent enfin à y accéder. Fragment d'un passé légendaire, Laputa a conservé le charme féerique d'une cité à la dérive, flottant entre deux mondes. De par la racine de son nom, l'île d'Edenia de Conan laisse présager d'une vie voluptueuse. Un paradis pourtant éphémère, puisque sous-tendu d'une menace: l'île de Laputa et la vallée du vent sont chacune à leur tour envahies par des légions belliqueuses. Dans une moindre mesure, la sérénité du repère de Marco sera rompue par l'irruption tonitruante des pirates.
L'ANIMISME
 |
Peuplé de créatures surgies de nulle part, l'univers de Miyazaki est un véritable bestiaire accueillant les croisements les plus improbables: ours-chat, yak-bouquetin, renard-écureuil… Témoins de l'imagination fertile du réalisateur, Totoro, le dieu-cerf ou les ômu entraînent les héros dans un ailleurs fascinant, où chaque créature est dotée d'une âme. Célébrant les préceptes du shintô, Miyazaki insuffle même une vie aux kodama, minuscules sylvains occupant la forêt de Princesse Mononoké. Chaque film de Miyazaki compte au moins une créature différente de l'homme. En s'aventurant hors des sentiers connus, Miyazaki refuse de croire en la supériorité de l'homo sapiens. Le Voyage de Chihiro se déroule ainsi entièrement dans un monde parallèle, où l'humain n'a pas droit de cité. Sophie, Hauru, Calcifer, Navet et la sorcière des Landes sont tous les victimes d'un maléfice (Le Château ambulant) et revendiquent leur nature trouble. Chez Miyazaki, quelques élus comprennent le langage des animaux, car tous ne sont pas dotés de la parole: Nausicaä et les ômu, Mei et Totoro… Les rapports entre l'homme et l'animal sont tantôt complémentaires (Kiki et Jiji, Ashitaka et Yakuru, Nausicaä et Teto), tantôt conflictuels (les ômu contre les hommes dans Nausicaä, les animaux contre les forgerons dans Princesse Mononoké).
 |
Dans les deux cas, l'approche, faussement enfantine, se distingue de celle de Disney, où les animaux calquent leur mode de vie sur celui des humains. Miyazaki confère aux animaux et aux créatures fictives une vie propre. Et si ces derniers font intrusion dans le monde humain, ils gardent néanmoins leur instinct sauvage. Dans Princesse Mononoké, la dualité entre les deux espèces engendre une guerre inéluctable. Le monde y est scindé en deux: la terre des hommes et la forêt des animaux. Mais les conflits ne se limitent pas à cette seule rivalité. Hommes et animaux s'entre-déchirent au sein de leur propre société. Le personnage de Marco, humain à tête de cochon est symptomatique de cette tension. Revenu malgré lui parmi les hommes, il vit isolé du monde et observe avec lassitude les manœuvres des militaires. Ni tout à fait animal (un visage humain), ni tout à fait homme (un corps de cerf), le shishigami est lui-même partagé entre deux corps, deux apparences différentes suivant l'heure du jour. Divinité hybride donnant la vie ou la mort, il vit au-dessus des hommes et des animaux. Kaonashi, le démon maladroit au masque inexpressif, fait partie de ces esprits étranges qu'apprivoise Chihiro. Capable d'engloutir la clientèle des Bains, imprévisible et sans attache.
JOE HISAISHI
 |
Qui ne s'est jamais réveillé au son du générique de Mon Voisin Totoro ne connaît pas encore le secret de l'euphorie matinale. Recette appliquée quotidiennement au Japon, puisque le thème d'ouverture du film est devenu l'hymne des maternelles. On ne remerciera donc jamais assez Joe Hisaishi, compositeur attitré de Takeshi Kitano et de Hayao Miyazaki de nous avoir fait partager, le temps d'une chanson, la bonne humeur de ces heureux bambins. Depuis Nausicaä, Joe Hisaishi compose la bande-originale de tous les films du maître. Et force est de constater que les deux hommes se sont bien trouvés. Du synthétiseur balbutiant de Nausicaä aux poussées symphoniques du Le Voyage de Chihiro, la musique de Hisaichi participe toute entière à la force et à la beauté des films de Miyazaki. Leur méthode de travail reste inchangée depuis dix ans. Miyazaki décrit les grandes lignes du scénario, Hisaishi propose un premier jet, où l'on retrouve déjà le thème principal. Le réalisateur s'en inspire pour concevoir ses storyboards, tandis que le compositeur continue d'affiner sa partition. Réunies dans un "image album", ces musiques sont commercialisées avant la sortie de la bande-son définitive. Une fois le film achevé, Hisaishi propose de nouvelles mélodies, en fonction des besoins de Miyazaki, pour coller parfaitement aux images. Le Voyage de Chihiro et Le Château ambulant ont tous les deux fait appel à chanteuse Yumi Kimura le temps d'un refrain nostalgique.
[Retourner vers la page d'accueil du dossier]
|
|
|