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L'UNIVERS DE HAYAO MIYAZAKI (suite)


LE REVE ICARIEN

L'amour de l'aviation remonte à l'enfance. A l'âge de onze ans, Miyazaki rêve déjà de posséder son propre hydravion. Le métier de son père lui permet d'observer à loisir les hélices et les moteurs des avions. Avant d'apprendre à dessiner des humains, Miyazaki s'intéresse aux machines et à la mécanique. Jules Verne et Saint-Exupéry comptent parmi ses auteurs préférés. Les machines volantes sont ainsi des éléments récurrents de son univers: l'hydravion de Marco, le planeur de Nausicaä, le dirigeable du Château dans le ciel et de Kiki…. Le nom de Ghibli porte lui-même une connotation aérienne. Et le générique du Château dans le ciel s'ouvre sur des croquis de maquette d'avions. En défiant les lois de la gravité, Miyazaki repousse les limites mêmes de l'imagination. Tiraillés entre le ciel et la terre, les héros de Miyazaki sont souvent des nomades ou des déracinés. Chaque histoire coïncide avec un nouveau départ. Les films débutent souvent par un exil ou un déménagement (Mon Voisin Totoro, Le Voyage de Chihiro, Le Château ambulant). Dans Princesse Mononoké, Ashitaka quitte son village natal pour partir à la recherche du dieu-cerf. Pour accomplir ses devoirs de sorcière, Kiki doit vivre un an séparé de sa famille. Exilée de force, Nausicaä parcourt le monde pour prévenir une guerre imminente. Pour Miyazaki comme pour ses personnages, l'envol constitue un passage obligé et un moment clé de la narration.


Miyazaki exploite à merveille les ressources de l'animation et part à la conquête de l'air, en restituant à l'écran une véritable plénitude du mouvement. Passée l'appréhension du décollage, chaque acrobatie aérienne inspire une joie d'enfant. Tombo et sa bicyclette à hélice, Kiki et son balai de sorcière, Mei et Satsuki agrippées au ventre de Totoro, Chihiro dormant sur les écailles d'un dragon volant… En observant l'hydravion de Marco tournoyer dans le ciel, Gina se rappelle un épisode heureux de son adolescence. Montée à l'arrière de l'hydravion à la place de Fio, Gina effectue alors son baptême de l'air en compagnie de Marco. A travers tous ses films, Miyazaki tente de cristalliser deux instants: l'émerveillement de la première fois et l'émotion du souvenir. Tout l'enjeu du Voyage de Chihiro, où les héros se font dérober leur identité, repose sur la perte de ce souvenir. Qu'ils soient proches ou lointains, le souvenir d'une apparition, la mémoire du passé resurgissent comme des leitmotiv dans le présent et servent de révélateurs: la silhouette du dieu-cerf, la venue de Totoro, l'enfance de Nausicaä, l'histoire de Marco, la maison chère à Hauru… La beauté des films de Miyazaki vient de cette confusion entre le vécu et le présent. Comme si l'adulte ne se séparait jamais de l'enfant qu'il a été. Avec ses héros impalpables et ses intrigues éclatées, Le Château ambulant est la suite logique de ces dédoublements incessants.


L'ANGOISSE DE L'APOCALYPSE

Le traumatisme de Hiroshima et Nagasaki a laissé une emprunte indéfectible. Plus qu'ailleurs, l'avancée industrielle et technologique, poussée à son paroxysme, préoccupe les artistes au Japon. A l'instar de Katsuhiro Otomo et son chef-d'œuvre Akira, Miyazaki répond à cette angoisse. L'arrière-plan social et politique n'encourage pas à l'optimisme. La tranquillité de l'hôtel Adriano dans Porco Rosso ferait presque oublier l'avènement du fascisme. Princesse Mononoké se déroule à l'ère Muromachi, dans un contexte de guerres intestines: chute du pouvoir impérial, partage confus des hiérarchies. Le chaos et l'anarchie profitent à des marginaux comme Marco, ancien pilote de l'armée de l'air, reconverti en chasseur de primes, et Dame Eboshi qui recueille tous les rebuts de la société dans sa communauté de forgerons. Les personnages de Conan, le fils du futur et de Nausicaä de la vallée du vent évoluent dans une société post-apocalyptique. Dans Conan, le cataclysme qui a ravagé la Terre a provoqué une montée mortelle du niveau de l'eau; dans Nausicaä, les "sept jours de feu" ont anéanti la civilisation industrielle et donné naissance à des forêts toxiques. Laputa, la cité volante, abrite en son sein une arme dont la puissance aurait réduit en cendres Sodome et Gomorrhe. La mutation du dieu-cerf dans Princesse Mononoké entraîne la destruction de la forêt et menace d'ébranler l'équilibre du monde. L'influente Suliman (Le Château ambulant) supervise un conflit qui n'a pas de raison d'être. Nouvelle illustration d'une peur inhérente à la société nippone.





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