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STUDIO GHIBLI: L'HISTORIQUE (suite et fin)
UNE DECENNIE DE SUCCES
 | 1989 marque un tournant dans l'histoire du studio. Kiki, la petite sorcière est le premier film à être entièrement rentabilisé. Heureux dénouement pour un tournage mouvementé: changement de réalisateur (à l'origine, le film ne devait pas être réalisé par Miyazaki) et changement de producteur (l'arrivée de Toshio Suzuki, principal instigateur du succès de Ghibli, ancien rédacteur en chef de la revue Animage, et aujourd'hui président du studio). Avec plus de deux millions d'entrées au Japon, Kiki s'envole au box-office. Omohide poroporo ("Souvenirs goutte à goutte") de Takahata en 1991 obtient à son tour d'excellents scores. L'heure est venue pour le studio de repenser son organisation et de créer de nouvelles infrastructures. Miyazaki propose d'engager un personnel salarié à temps complet et d'introduire une formation continue. En doublant les salaires, le studio entraîne une augmentation des coûts de production. Un seul recours: la promotion publicitaire. Japan Airlines leur passe commande d'un moyen métrage destiné à divertir sa clientèle. L'envergure du projet grandit de jour en jour, jusqu'à devenir un film d'1h30. La réalisation de Porco Rosso chevauche alors celle de Omohide Poroporo et le studio craint de ne pouvoir en venir à bout.
 | Pour regonfler le moral des troupes exténuées, Miyazaki toujours, soumet l'idée de faire construire de nouveaux locaux. En 1992, il mène de front deux activités à temps plein: la réalisation de Porco Rosso, inspiré de l'une de ses histoires courtes, Zassô nôto Hikôtei Jidai ("L'époque des hydravions"), et la finalisation des plans du studio. Aussitôt après la sortie du film, la fine équipe emménage dans son nouveau triplex de 1100 m2 à Koganei. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, Porco Rosso devient numéro un au box-office. En 1993, Ghibli fait l'acquisition de deux caméras informatisées et produit un téléfilm réalisé par Tomomitsu Mochizuki, Umi ga Kikoeru ("J'entends la mer"). L'année suivante, Takahata réalise Pompoko, pour lequel le studio utilise pour la première fois des images de synthèse. Le film prend sans peine la tête du box-office. Avec Mimi o Sumaseba ("Les murmures du cœur") de Yoshifumi Kondô (1995) et Princesse Mononoké (1997), Ghibli s'ouvre à l'ère numérique. Producteur sur Mimi o Sumaseba, Miyazaki fait précéder le film d'un clip réalisé par lui-même: le renversant On Your Mark, illustrant une chanson du groupe pop Chage & Asuka.
L'ALLIANCE AVEC DISNEY
 | En 1996, contre toute attente, la Tokuma Shoten qui détient les droits de distribution des films de Ghibli, conclut un accord financier avec Buena Vista International. Longtemps courtisé par la Fox et la Warner Bros., le studio a jusque-là décliné toute offre de partenariat, en raison de la demande expresse des Américains de remonter les œuvres. Miyazaki garde encore en mémoire les coupes abusives faîtes à Nausicaä, amputé d'une demi-heure pour sa sortie en vidéo à l'étranger. L'offre de Disney tombe à point nommé. En achetant la concurrence, le groupe américain retrouve son leadership sur un marché où il est battu régulièrement. Même Le Roi Lion, dont l'esthétique n'est pas sans rappeller le célèbre manga de Tezuka, n'a pu surpasser les entrées de Pompoko au Japon. Pris dans une impasse financière en plein tournage de Princesse Mononoké, le studio Ghibli craint de ne pouvoir assumer de nouveaux dépassements budgétaires. Par ailleurs, le contrat ne remet nullement en cause l'intégrité artistique du studio, puisque Disney n'a aucun droit de regard sur la création.
 | Sans l'aval du réalisateur, aucune coupe ne peut être effectuée. Disney pourra seulement distribuer les films de Miyazaki et de Takahata, à l'exception du Tombeau des lucioles, dont les droits appartiennent à la Shinchôsha. Princesse Mononoké s'offre ainsi une carrière internationale. Et 10% du budget de Nos Voisins les Yamada réalisé en 1999 par Takahata proviennent des fonds de Buena Vista. Mais nul accord n'est parfait. Pour la sortie américaine de Kiki, Disney recompose entièrement les chansons des génériques de début et de fin, sautant la clause stipulant qu'à l'exception du doublage, aucun film ne serait retouché. La version doublée et rechantée est néanmoins distribuée en même temps qu'une version originale sous-titrée. Reportant sans cesse la sortie en salles des films pour ne pas concurrencer ses propres productions, Disney s'encombre d'un catalogue qu'il ne sait comment promouvoir. Trop long, trop lent ou trop violent. Pas assez américain. Passant outre les réticences de Disney, John Lasseter, réalisateur de Toy Story, fondateur de Pixar et ami de Miyazaki, a décidé de reprendre en main la distribution du film aux Etats-Unis. On n'est jamais mieux servi que par soi-même.
L'APRES MIYAZAKI
 | Six ans après la signature du contrat, le personnel de Ghibli dresse un bilan très positif, malgré les quelques accrocs retardant les sorties étrangères. Couronné par un Ours d'or à Berlin, Le Voyage de Chihiro a connu un succès retentissant au Japon (16 millions d'entrées). Le studio continue de s'agrandir et s'enorgueillit même d'un musée situé dans le parc Inokashira, dans la proche banlieue de Tokyo. Inauguré en 2001, le Ghibli Museum retrace les différentes étapes de la conception d'un film et diffuse trois courts métrages inédits storyboardés par Miyazaki. Sollicité de toutes parts, ce dernier envisage pourtant de mettre un terme à sa carrière pour laisser place à la jeune génération. Il travaille ainsi à l'écart du studio Ghibli dans une retraite sobrement baptisée Butaya ("la maison du cochon"). Mais le décès prématuré de Yoshifumi Kondô, héritier le plus en vue, et celui de Yasuyoshi Tokuma, co-fondateur de Ghibli, pourrait une fois de plus différer son départ. Miyazaki a produit une oeuvre de jeunesse, Le Royaume des chats de Hiroyuki Morita, animateur sur Kiki et Nos Voisins les Yamada. Adapté d'un roman d'Aoi Hiiragi, le film suit les mésaventures d'une collégienne et des deux chats de Mimi o Sumaseba. Perfectionniste dans l'âme, Miyazaki assure encore la pérennité du studio Ghibli. Le Château ambulant, d'après le roman de Diana Wynne Jones (Le Château de Hurle), devait être réalisé par Mamoru Hosoda (Digimon). Un désistement de dernière minute qui remet en scelle le maître bougon. Mais qui s'en plaindrait? En 2008, il sera encore là, frais comme un pinson. Son nouveau long métrage s’intitulera Ponyo on a Cliff et contera les aventures d’un garçon de 5 ans, Sosuke, et d’une princesse poisson rouge, Ponyo, qui rêve de devenir humaine. Toshio Suzuki résume le film en trois mots clés: "père", "mère" et "falaise". Sosuke aurait été inspiré par le petit-fils de Miyazaki (le fils de Goro donc). Le défi à relever sera l'animation de l'eau et des vagues, sans faire appel à la 3D.
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