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UN GRAND CRU
Après deux ans de domination hispanique, le palmarès du Festival International du Film Policier de Cognac a cédé aux coups de boutoir du cinéma asiatique. En effet, malgré la qualité des oeuvres présentées chaque année, l'Extrême-Orient n'avait remporté qu'un prix en
21 éditions du festival: celui de la critique, en 1995, pour Sonatine de Takeshi Kitano. Il aura fallu attendre la 22ème édition pour que soit réparée cette erreur. Le 11 avril dernier, l'excellent
Memories of Murder, du sud-coréen Bong Joon-Ho, est reparti avec pas moins de quatre récompenses: le Grand Prix, le Prix Spécial Police (remis par de vrais policiers), le Prix des Médiathèques de France et le Prix Première. Situé en 1986, le film suit la création d'une unité spéciale de la police conçue pour contrer les méfaits du premier serial killer du pays. Il avait tout pour rafler la mise: humour, tension, humanité des
personnages, suspense, mise en scène, interprétation. Mais la concurrence était rude.
L'arrivée d'un homme aux desseins mystérieux dans une entreprise de convoyage au bord de la faillite (Le Convoyeur de Nicolas Boukhrief), le jeu du chat et de la souris entre un tueur atteint d'Alzheimer et des policiers belges intègres, collaborant pour mettre à jour un réseau pédophile bien protégé (La Mémoire du tueur d'Erik Van Looy, Prix de la Critique), la nuit mouvementée d'une unité spéciale de la police de Hong-Kong aux prises avec une triade (PTU de Johnnie To, Prix du Jury ex-æquo), les déboires d'un homme qui perd son don de transmission de la poisse, pour lequel un casino l'emploie, dès lors qu'il tombe amoureux (The Cooler de Wayne Kramer, Prix du Jury ex-æquo), les destins croisés de deux taupes, l'une dans la police de Hong-Kong, l'autre dans une triade (Infernal Affairs d'Andrew Lau et Alan Mak), autant de bons (voire très bons) films qui auraient pu prétendre à la victoire. Seul le faiblard Shade de Diaman Nieman, présentant mollement une histoire d'arnaque dans le milieu des joueurs de cartes de Los Angeles, dénotait dans une sélection de haute tenue.
En marge de la sélection officielle, la section "Sang neuf", supposée récompenser des premières ou deuxièmes œuvres innovantes, a justement primé l'iconoclaste Rick de Curtiss Clayton. Evenhand de Joseph Pierson, narrant le quotidien de deux policiers nouvellement réunis et diamétralement opposés, n'aurait pas démérité. La belle et troublante histoire d'amour inassouvie entre un chef de gang et l'une des jeunes filles qu'il prostitue, dans Bad Guy de Kim Ki-Duk (pas vraiment un débutant!) non plus. Dans Young Adam de David Mackenzie, la chronique sociale (années 50 en Angleterre: un couple, travaillant et vivant sur une péniche, voit sa vie perturbée par l'arrivée d'un nouvel employé) l'emporte sur une petite touche policière (le procès de l'assassin présumé d'une victime connue de l'employé, affaire bouleversant le pays tout entier). Tilsa Swinton, Ewan McGregor et Peter Mullan sont épatants, le film intéressant, mais pas vraiment à sa place dans le festival. Tiempo Real enfin, du mexicain Fabrizio Prada, avance avec fierté son exploit technique (un seul plan-séquence de 86 minutes à la DV) pour essayer de faire oublier son exécrable écriture, sa mise en scène peu inspirée et son interprétation approximative.
Côté séances spéciales, qualité variable aussi. Ouverture avec le bien mauvais Taking Lives, clôture avec Infernal Affairs 2, préquelle du film présenté en compétition qui, s'il comporte beaucoup de similitudes et d'hommages répétés au Parrain de Coppola, est loin d'en avoir le souffle. Entre les deux, Emmett's Mark de Keith Snyder (originellement en compétition l'an passé avant d'être retiré pour cause d'égarement des copies!), film extrêmement sympathique et formidablement porté par Scott Wolf, Tim Roth et Gabriel Byrne. Notons pour finir que deux noms du cinéma français se partagent le Grand Prix du Téléfilm Policier (Bernard Stora pour Malone: la septième victime, et Didier Le Pêcheur pour Suzie Berton), et que
Jean-Jacques Lelté empoche le prix du court métrage (pour La Quille avec Philippe Nahon), prix qu'Eric "Maléfique" Valette avait empoché il y a quelques années, lui ouvrant bien des portes.
LES TEMPS FORTS:
 NICOLAS BOUKHRIEF
 KIM KI-DUK
 LE CONVOYEUR
 MEMORIES OF A MURDER
 EMMETT'S MARK
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