LE CINEMA, LE VRAI
Clap de fin. Le Festival de Cannes 2005 s'est
clos sur le triomphe des frères Jean-Pierre et
Luc Dardenne qui, avec une deuxième Palme d'or
pour L'Enfant, coiffent au poteau Jim
Jarmusch (Broken Flowers), Grand Prix du
jury, et Michael Haneke, prix de la mise en
scène. Pour son premier film, Trois
Enterrements, Tommy Lee Jones a été distingué
deux
fois (interprétation masculine et scénario pour
Guillermo Ariaga). Shanghai Dreams de Wang
Xiaoshuai a obtenu le Prix du jury, Hanna Laslo
le prix d'interprétation féminine pour Free
Zone d'Amos Gitaï.
UN NIVEAU
HOMOGENE
Bon ou mauvais cru? Laissons le temps à
l'Histoire du cinéma pour juger de la qualité de
ce 58e Festival de Cannes, riche en grands noms
mais pauvre en intensité médiatique. Pas de
scandale ou presque, pas ou peu de révélations.
On a davantage glosé sur le sein dénudé de Sophie
Marceau que sur certains films de la compétition.
La projection le premier dimanche de la quinzaine
de
la
Revanche des Sith de George Lucas a
notamment étouffé dans l'œuf ce qui devait être
le choc de la Croisette: le second long métrage
de Carlos Reygadas, Battle in Heaven.
Lemming de Dominik Moll avait en quelque
sorte lancé idéalement les hostilités, la rigueur
à
défaut du glamour. Certains grands
auteurs n'ont pas signé leurs meilleurs
films, d'autres seront malheureusement ignorés à
l'heure du
palmarès. Cette édition rappelle curieusement
celle de 1999: des metteurs en scène de renom
avec des films plus accessibles, un niveau très
homogène... et une Palme d'or pour les frères
Dardenne (Rosetta en 1999, L'Enfant
en 2005).
TOUT LE MONDE
IL EST BEAU
Si David Cronenberg avait provoqué
un joli tollé, surtout en raison des prix
d'interprétation, les choix d'Emir Kusturica et
de son équipe ont été très bien accueillis, la
presse
validant les options prises par le jury.
Pourtant, deux sommets du festival manquent
indiscutablement au palmarès, l'irrespirable A
History of Violence de David Cronenberg et le
sublime Three Times de Hou Hsiao-Hsien,
qui méritait au minimum un prix de la mise en
scène. On peut également s'interroger sur le
double prix octroyé au premier essai de Tommy
Lee Jones derrière la caméra, Trois
Enterrements, gentil western légèrement
anodin, même si le prix d'interprétation donné à
l'acteur-réalisateur américain s'explique en
partie par une nouvelle réglementation
interdisant de doubler la Palme d'or, le Grand
Prix du
jury ou le prix de la mise en scène, d'un prix
d'interprétation. Exit Jérémie
Rénier (L'Enfant), Bill Murray (Broken
Flowers) et Daniel Auteuil (Caché et
Peindre ou faire l'amour),
trois des favoris...
UN MOMENT
D'EMOTION
Avec cette deuxième Palme d'or, les frères
Dardenne entrent dans le club
très fermé des réalisateurs ayant obtenu deux
fois la consécration suprême, après Francis Ford
Coppola, Emir Kusturica, Billie August et Soshei
Imamura. L'Enfant n'est pourtant pas leur
meilleur film, mais il synthétise à merveille
l'art des enfants terribles et essentiels du
cinéma belge, ancré dans le réel et le social
mais porté par un véritable amour pour le cinéma
de genre. Sur scène, à l'heure de recevoir la
Palme, les frères Dardenne ont évoqué pudiquement
la disparition de Florence Aubenas et de
son guide irakien Hussein Hanoun. Un émouvant
retour d'ascenseur. La journaliste de
Libération leur avait consacré un portrait
bien avant qu'ils connaissent le succès. Le 58e
Festival de Cannes s'est donc achevé sur cette
délicate attention. Place maintenant à l'édition
2006 et déjà des noms circulent. On devrait
retrouver sur la Croisette Pedro Almodovar, Wong
Kar-Wai, Bruno Dumont, David Lynch, Nanni
Moretti, Aki Kaurismaki et beaucoup d'autres. On
a déjà hâte d'y être...
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