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FESTIVAL DE BERLIN 2004
La 54e édition du festival international du film de Berlin s'est terminée sur la victoire du film allemand La Tête contre le mur (Gegen die Wand), concluant ainsi dix jours d'une compétition de qualité moyenne comparée aux années précédentes. Arrêt sur un festival à part, les films en compétition et le palmarès.
ICH BIN EIN BERLINER
Berlin. Berlin est une ville unique en son genre, qui possède cette atmosphère que vous ne trouverez nulle part ailleurs. Un souffle de liberté flotte sur la ville donnant l'impression, à qui veut bien l'entendre, que s'il est un endroit où tout est possible, vous venez de le trouver et qu'il suffit de se laisser entraîner dans son sillage pour le vérifier. Février n'est certes pas le mois idéal pour un séjour à Berlin et c'est pourtant une impressionnante foule cosmopolite qui brave le froid sur les abords de la Postdamer Platz, cœur vibrant du cinéma pendant dix jours. C'est en effet sur cette place, véritable temple du Septième Art avec ses nombreux cinémas, que les 26 films de la sélection officielle, dont trois hors compétition, et les nombreux autres des sections parallèles, vont se partager la vedette jour après jour sous les yeux curieux et impatients des journalistes, cinéastes ou simples spectateurs. Ils sont tous là et chacun de souligner à quel point ce festival partage le caractère particulier de la ville qui lui prête ses murs. Ici aussi bien sûr, le marché du film a une place importante, mais c'est avant tout un festival humain où les gens de l'industrie peuvent se rencontrer, partager leurs expériences et vues sur le cinéma à travers, entre autres, différents forums, mais c'est aussi et surtout le festival qui peut se glorifier de la plus grosse fréquentation au monde, et qui pour remercier ce public fidèle propose le dernier jour, Kinotag: toutes les séances à prix réduit.
GUERRE ET PAIX
Aux dires des journalistes présents, la sélection officielle cru 2004 ne compte pas parmi les meilleures. Une sélection avec des films à forte résonance politique (Triple Agent) qui se veulent aussi le reflet des combats que l'être humain doit affronter, et ce à travers un cinéma qui se fait de plus en plus l'écho de la vie. Car elle n'a jamais été aussi réaliste, la caméra qui nous plonge dans l'horreur de la guerre (Témoins), celle de l'apartheid (Country of My Skull), celle qui se fait témoin de la vie qui bascule (Daybreak), ou encore de chocs culturels (Ae Fond Kiss) alors que l'amour triomphe (Feux rouges) ou pas (La Tête contre le mur). Des points de vue engagés et dramatiques qui nous rappellent que le cinéma peut aussi être un regard critique sur ce qui se passe et que la réalité et la fiction ne sont pas si éloignées que le spectateur pourrait le penser alors qu'il va se distraire dans les salles obscures. Heureusement, le cinéma américain avec son lot de (science-) fiction (The Final Cut) et voyages épiques (Les Disparues) vient alléger l'atmosphère alors que le festival se termine sur une émouvante et légère note d'humour (25 degrés en hiver), concluant que malgré tout la vie est belle et vaut la peine d'être vécue "und zwar sofort" ("et ce sans plus attendre") comme dirait Dieter Kosslick, heureux directeur de la Berlinale.
LA PASSION SELON FATIH AKIN
Autant il a du être difficile pour les membres du jury, présidé par Frances McDormand, de choisir l'actrice qui allait recevoir la récompense, ce qui explique le double prix attribué à Charlize Theron (Monster), et Catalina Sandino Moreno, (Maria pleine de grâce), autant il était clair que La Tête contre le mur de Fatih Akin méritait, et ce loin devant les autres films, l'Ours d'Or. Une telle puissance visuelle et émotionnelle ne pouvant laisser indifférent alors que Fatih Akin revient au cinéma plus fort de ses débuts, qu'il avait abandonné dans ses deux dernières réalisations. L'Ours d'Argent du grand prix du jury est, lui, attribué à El Abrazo Partido (Lost Embrace) de Daniel Burman, récompensant un cinéma authentique, reflet de la culture sud-américaine, et le travail de son acteur principal Daniel Hendler, prix d'interprétation. Le meilleur réalisateur, Kim Ki Duk, vient pour sa part de Corée et livre dans ce film sans compromis, aux images à la fois dramatiques et sublimes, une leçon de culture coréenne qui donne à réfléchir. Un autre film qui donne matière à penser aux spectateurs est Om Jag Vänder Mig Om (Daybreak) de Björn Rung, qui reçoit le double prix du meilleur film européen (récompensé par un chèque de 25 000 euros) et celui de la meilleure contribution artistique, pour ce drame à cœur ouvert qui va bouleverser trois destins en l'espace d'une nuit. Le seul prix sifflé étant celui attribué au groupe Banda Osiris pour la musique de Primo Amore (First Love) de Matteo Garrone, film exigeant aux images à fleur de peau, qui n'a pas été très bien accueilli par la presse.
REGRETS
Dommage que les membres du jury aient décidé de ne pas récompenser le regard de Ken Loach sur la difficulté de s'aimer quand on appartient à des religions différentes, dépeinte dans Ae fond kiss, pourtant fort réussi et porté par deux acteurs très attachants. Dommage également que l'équipe chargée de sélectionner les films n'ait pas plus tenu compte du caractère hors normes du sublime Trilogy: Eleni de Théo Angelopoulos, film qui aurait été plus à sa place hors compétition. Dommage enfin que le festival international du film de Berlin ne dure que dix jours de seulement 24 heures, tant les sections parallèles - telles Panorama, qui proposait également une sélection de 34 films (dont Demain on déménage), 16 documentaires et 26 courts métrages, Perspective Cinéma Allemand ou encore la compétition officielle des courts métrages - étaient intéressantes et auraient mérité d'être suivies et commentées. L'année prochaine peut-être, le rendez-vous est pris pour février 2005 et la 55ème édition de la Berlinale.
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