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LE VENT SE LEVE,
PALME D'OR



Dossier coordonné par Yannick Vély et Danielle Chou.


59ème Festival de Cannes, clap de fin. Wong Kar-Wai et son jury ont délivré leur palmarès dimanche soir lors d’une cérémonie plutôt émouvante, même si la déception évidente de Pedro Almodovar, qui n’a pas reçu la récompense attendue, a légèrement assombri la fête. Pour nos envoyés spéciaux et fins limiers, les meilleurs cinéastes de la compétition ont obtenu des prix, à l’exception des trois jeunots de la compétition, Sofia Coppola (Marie-Antoinettte), Guillermo Del Toro (Le Labyrinthe de Pan) et Richard Kelly (Southland Tales). Ces derniers reviendront un jour, c’est certain.


POLITIQUE FICTIONS

Certaines plumes de la critique française s’insurgent contre la dimension politique du palmarès. Se retrouvent en effet primés trois longs métrages sur et autour de la guerre. La Palme d’or décernée au très beau Le Vent se lève de l’Anglais Ken Loach, récompense un cinéma militant, au plus près de l’actualité. Ce n’est pas un hasard si ces trois dernières années, la politique a occupé les premiers rangs de la Croisette. La sélection de Thierry Frémaux étant très orientée, les jurés qui ont l’occasion, unique, d’exprimer un sentiment contre une situation politique donnée, ne se privent pas d’une telle tribune. De plus, offrir la récompense suprême à un réalisateur estimé pour son combat, Ken Loach, vieux routier du Festival, s’inscrit dans une certaine logique. Bien sûr le cinéma de l’esthète Wong Kar-Wai n’a pas, a priori, beaucoup d’atomes crochus avec celui de l’enragé britannique. Sauf que ce dernier n’est pas un manchot non plus et que ses films, si engagés soient-ils, sont toujours extrêmement soignés. En revanche, le Grand Prix du Jury à Bruno Dumont, le second après celui remporté pour L’Humanité, fait preuve d’une belle audace de la part du jury. Flandres, le récit d’un jeune appelé du contingent qui découvre l’horreur de la guerre, est un film pas aimable, sec et radical. Le prix d’interprétation à l’ensemble du casting masculin d’Indigènes de Rachid Bouchareb tient davantage du politiquement correct, même s’il a réservé un joli moment d’émotion lors du palmarès.


PEDRO LE MAUDIT

Grand favori pour la Palme d’or et chouchou de la critique française, Volver de Pedro Almodovar a dû se contenter du prix du scénario et du prix d’interprétation féminine, décernée là encore collectivement. Il faut reconnaître que le nouveau film du cinéaste madrilène n’est pas le sommet de sa carrière, loin des évidences formelles de Parle avec elle et Tout sur ma mère. Faire monter sur scène un tel réalisateur pour lui donner un accessit est presque humiliant et la véritable fausse note du palmarès. Pour le reste, la compétition du 59ème Festival de Cannes reste un petit cru de l’avis des habitués. Pas de choc esthétique, peu de révélation et de polémique. Le mauvais accueil réservé à Marie-Antoinette, le très beau film de Sofia Coppola, reste encore en travers de la gorge, signe du fossé existant entre les cinéphiles et les people de la faune cannoise. Après une 58ème édition de haute volée, le Festival avait besoin de souffler avant son 60e anniversaire mais Thierry Frémaux et son équipe ont peut-être une part de responsabilité dans l’aspect déceptif de la sélection. A l’évidence, depuis quelques années, Cannes a pris un virage politique et social. Des films comme La Raison du plus faible de Lucas Belvaux ou Fast Food Nation de Richard Linklater étaient en compétition plus pour leurs sujets respectifs que pour leurs qualités. On regrettera d’ailleurs que le très attendu The Fountain de Darren Arronofsky n’ait finalement pas été retenu. Le cinéaste de Requiem for a Dream désirait figurer en compétition mais les places réservées aux films américains étaient déjà prises. Pas de souci néanmoins, nous serons bien présents pour souffler les bougies en mai prochain. Wong Kar-Wai reviendra lui aussi, mais avec un film, My Blueberry Nights.



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