FESTIVAL DU CINÉMA AMERICAIN DE DEAUVILLE 2003
BABYLON WAS BUILT ON FIRE
L'Amérique est en plein doute. Si les attaques terroristes du 11 septembre 2001 ne figuraient pas explicitement
sur les écrans du 29e Festival du Cinéma Américain de Deauville, les séquelles d'un tel traumatisme n'ont pas fini
d'être interrogées, exposées, scrutées sciemment ou non par les artistes. La multiplication des films sur la
manipulation n'est nullement fortuite. L'image de la super-puissance intouchable est sérieusement écornée et les
discours officiels ne dupent plus les masses. Les blessures du passé s'entrouvrent de nouveau: l'assassinat de
John Fitzgerald Kennedy (Interview with the Assassin), la guerre du Vietnam (The Fog of War,
extraordinaire documentaire d'Errol Morris sur Robert McNamara), les années Nixon (The Weather Underground).
Jeunes ados en fuite (What
Alice Found, The United States of Leland, Thirteen), enfants se révoltant contre leur mère (Capturing the Friedman),
homme mûr désirant changer de sexe (Normal): gangrenée par le doute et lieu sacro-saint de l'Amérique
puritaine, la cellule familiale est au bord de l'implosion. Ghosts of the Abyss de James
Cameron et Pur Sang, la
légende de Seabiscuit tenaient un discours différent, flattant la résistance du peuple américain contre
l'adversité, James Ivory soufflait sur les braises brûlantes du Divorce entre Américains et Français, avec
le plus mauvais film de sa carrière, mais le cœur n'y est visiblement pas. Que l'on soit écrivain de bande dessinée
(American Splendor), flic texan (Evenhand, l'un des trésors du festival) ou porte-poisse d'un casino
de Las Vegas (The Cooler), l'heure est à la déprime.
ARNAQUE, CRIME ET BOTANIQUE
Avec le succès d'Ocean's Eleven de Steven Soderbergh, le film d'arnaque est revenu à la mode à Hollywood.
James Foley (Confidence) et F. Gary Gray (Braquage à l'italienne) signent deux films de divertissement
anodins mais plaisants. Entre deux blockbusters, Sir Ridley Scott s'amuse
avec Les Associés, sans réellement convaincre. Une mode qui envahit également le cinéma indépendant. The
Cooler, Attraction fatale et Poolhall Junkies participent à ce revival avec plus ou moins de
réussite. Sans atteindre les sommets d'une glorieuse édition 2002, la compétition a par ailleurs tenu ses promesses.
Dans des registres très différents, American Splendor, Northfork et 11:14 ont confirmé la
vitalité et la diversité du cinéma américain, Thirteen et The United States of Leland ont touché le
cœur des spectateurs. Festival de plus en plus centré sur le cinéma d'auteur, auquel il aura juste manqué quelques
têtes d'affiche (Elephant de Gus Van Sant, absent malgré un hommage à la chaîne HBO, productrice du film,
Lost in Translation de Sofia Coppola, chipé par la Mostra de Venise), Deauville s'impose année après année
comme un état des lieux pertinent sur la création cinématographique d'outre-Atlantique. L'ajout d'une section
destinée aux documentaires confirme cette orientation. Moins de stars, moins de glamour, plus de cinéphilie et de
bons films, qui pourrait s'en plaindre? On gardera longtemps en mémoire la longue et méritée standing ovation pour
Andrew Stanton et Lee Unkrich, les auteurs du magique Monde de Nemo, dernier chef-d'œuvre des studios Pixar
et plus beau film du festival.
PALMARES DU 29e FESTIVAL DU CINEMA AMERICAIN DE DEAUVILLE:
- Grand Prix du cinéma indépendant américain: What Alice found de A. Dean Bell
- Prix du Jury du cinéma indépendant américain: Thirteen de Catherine Hardwicke
- Prix Journal du Dimanche du public: Attraction fatale de Matthew Parkhill
- Prix de la critique internationale: American splendor de Shari Springer Berman et Robert Pulcini
- Prix des lecteurs Première: Milwaukee, Minnesota d'Allan Mindel
- Grand Prix du court-métrage: What are you having ? de Benjamin Meyer
- Prix Zippo de "la personnalité ayant enflammé le festival": Peyton Reed, réalisateur de Bye bye Love
- Prix Michel d'Ornano: Depuis Qu'Otar est Parti de Julie Bertuccelli
DEAUVILLE, C'EST AUSSI:
LE PROGRAMME COMPLET La liste des films présentés en sélection officielle, et la présentation du jury.
LES PORTRAITS Portraits des principaux festivaliers présents à Deauville. Sagnier, Polanski, Scott, Cage...
LA FILMO RIDLEY SCOTT Ancien fils de pub, Ridley Scott est le réalisateur de Alien, Blade runner...
LES NEWS Jour après jour, le point sur l'actualité, les derniers potins, les projets, les rumeurs, etc.
LES FILMS PRÉSENTÉS Critique des films présentés en sélection, compétition, hommages, hors-compétition...
ÉDITION 2002 Tous les films, les portraits des personnalités présentes, le palmarès, etc. de l'année dernière.
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