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WEST SIDE STORY


Etats-Unis, 1961
De Robert Wise et Jerome Robbins
Scénario : Ernest Lehman
Avec Natalie Wood, Richard Beymer, George Chakiris, Rita Moreno, Russ Tamblyn
Photo : Daniel L. Fapp
Musique : Leonard Bernstein
Durée : 2h26




Au début des années 60, le West Side, un quartier de Manhattan, est en proie perpétuelle à la lutte entre les Sharks, un clan de jeunes immigrés portoricains, et les Jets, d’authentiques teenagers. Les deux tribus veulent régner sur le même territoire. Au milieu de cette frénésie haineuse, Tony, un lieutenant des Jets, tombe amoureux de Maria, sœur du chef des Sharks. Et ce qui devait arriver arriva.


LE BRUIT ET LA FUREUR

Broadway a toujours été une source d’inspiration inépuisable pour les studios hollywoodiens. Si West Side Story ne fait pas exception à la règle – le spectacle voit le jour en 1956 - il faut remonter à la plume de Shakespeare et à Roméo et Juliette, l’éternel mythe amoureux, pour trouver la genèse de cette histoire. Le génie de Jerome Robbins est d’avoir pertinemment retranscrit une scénographie propre au musical en espace cinématographique et à lui instiller un souffle et une démesure dignes de l’histoire d’amour flamboyante entre Tony et Maria, et de la guerre urbaine que les Jets et les Sharks se livrent sans merci. Car la qualité visuelle du film est impressionnante: profondeurs de champ abyssales, lumières chatoyantes, décors grandioses, caméra qui suit chaque mouvement des interprètes avec une fluidité désarmante de naturel, tout concourt à faire de West Side Story un objet de grande classe qu’on pourrait juste contempler comme un tableau de maître. Le prologue seul concentre la maestria dont Robert Wise, co-réalisateur avec Robbins, sait faire preuve en matière d’intelligence narrative: du survol parcellaire des buildings de Manhattan qui s’achève sur les ruelles du West Side avant de cerner les Jets et leur ballet aérien, on saisit d’emblée que la ville n’est qu’un champ de bataille âprement disputé, un personnage essentiel de la trame, l’enjeu absolu dont la maîtrise aura des conséquences désastreuses pour tous. C’est en cela que la mise en scène transcende la pure adaptation théâtrale et atteint la dimension d’un opéra wagnérien.


LE CŒUR EN MUSIQUE

Mais ce qui fait la légende de West Side Story, c’est par-dessus tout sa partition et ses numéros musicaux. Inscrits dans la mémoire collective au même titre que le thème du Parrain ou celui d’Autant en emporte le Vent, I Feel Pretty et Maria sont d’authentiques merveilles qui transportent toute l’âme vibrante de l’œuvre dans chacune de leurs notes. Les compositions de Leonard Bernstein reflètent idéalement tantôt le désir amoureux, la haine bestiale ou le chagrin sans fond qui animent les personnages, et semblent en définitive émaner de leur corps même comme une aura sonore. En sont témoins par exemple America, l’un des numéros les plus enlevés et aboutis de tous, où les Sharks et leurs dulcinées débattent sur le rêve américain avec force poses et attitudes entendues sur un rythme trépidant de cordes et de percussions, et le splendide Somewhere, prélude à la lutte finale qui verra s’affronter les deux clans et qui juxtapose différentes voix et thèmes sans qu’aucun son ne s’entrechoque, pour aboutir, bien au contraire, à un feu d’artifice déchirant. Comment alors ne pas s’incliner devant les figures emblématiques de Maria, Tony et Anita entre autres, qui inspirent tour à tour tant d’émotions différentes par leurs tragédies et le jeu parfait de leurs interprètes. West Side Story est une comédie humaine, un œil rouge ardent jeté sur l’absurdité des orgueilleux désirs matériels, en regard des sentiments et du bonheur nécessaire qu’il peut apporter à chacun. C’est un film sage, clé pour le genre, d’une modernité ahurissante dans le fond et la forme: on connaît peu de quadragénaires qui paraissent si jeunes.


Grégory Bringand-Dédrumel




 
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