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CANNES - DIX ANS DE POLEMIQUES
Ah! Cannes et son palmarès. Que celui qui n'a jamais pesté contre les films primés ou maudit les choix de son
cinéaste préféré devenu président du jury me jette la première pierre. Qu'on le veuille ou non, les longues
discussions enflammées sur tel ou tel oubli honteux à l'heure des récompenses font partie des attraits du festival.
Dix ans de courses à la Palme suivis avec un regard évidemment subjectif. Et un débat à prolonger sur le
forum de Film De Culte.
PALMES EN CHOCOLAT
Le Festival de Cannes a pris la fâcheuse habitude de récompenser un réalisateur non pas pour le long métrage qu'il
vient présenter, mais pour l'ensemble de son oeuvre. Au fil des années, on a ainsi le sentiment que les jurys
s'ingénient à réparer un oubli. En 1996, Francis Ford Coppola offre la consécration suprême à Mike Leigh pour
Secrets et mensonges, pourtant nettement moins réussi que Naked son film précédent sélectionné en
1993 (prix de la mise en scène et prix d'interprétation masculine). Par un jeu hasardeux de chaises musicales, le
cinéaste anglais vole ainsi la Palme à
Lars Von Trier (grand prix du jury pour Breaking the Waves en 1996). Le Danois devra attendre l'édition 2000
pour connaître son heure de gloire avec Dancer in the
Dark. Et ce n'est pas le seul cas recensé. Comment peut-on préférer La Chambre du fils de Nanni Moretti,
Palme d'or 2001, à
son émouvant et bien meilleur Journal intime, simple prix de la mise en scène en 1994? N'oublions pas le
grincheux Theo Angelopoulos, mauvais perdant pour Le Regard d'Ulysse (grand prix du jury en 1995), Palme
d'or en 1998 pour le déjà oublié L'Eternité et un jour. Mais la plus mauvaise moisson reste celle de 1998,
l'année du palmarès le plus incongru de la décennie.
LE JURY PERD LA TETE
Présidé par le très cinéphile Martin Scorsese, le jury réussit non seulement à évincer Nanni Moretti (Aprile), mais aussi
Patrice Chéreau (Ceux qui m'aiment prendront le train), Tsai Ming-Liang (The Hole), Terry Gilliam
(Las Vegas Parano), Hou Hsiao-hsien (Les Fleurs de Shanghaï) et Lars Von Trier (Les Idiots).
Il leur préfère les transparents Hal Hartley (Henry Fool), Claude Miller (La Classe de neige),
Roberto Benigni (La Vie est belle) et bien sûr notre cher cinéaste grec à grande oeuvre. Les jurés
s'illustrent par un magnifique et inepte prix de la contribution artistique pour Velvet Goldmine. La palme
du ridicule est toutefois
partagée avec le jury de l'édition 2001. Liv Ullman et ses collègues décernent un prix radin de la commission
technique à l'ingénieur du son de
Millenium Mambo de Hou Hsiao-Hsien et de Et là-bas quelle heure est-il de Tsai Ming-Liang. D'une
pierre deux coups, il fallait y penser. Généreux, ils récompensent trois fois La Pianiste; Benoît Magimel
repart avec le prix d'interprétation masculine. Seul hic, il s'agit d'un second rôle, alors que les candidats
sérieux ne manquent pas: Billy Bob Thorton (The Barber), Jack Nicholson (The Pledge), Koji Yakusho
(De l'eau tiède sous un pont rouge) ou même Eric Caravaca (La Chambre des officiers).