Porno blues
Panorama quasi complet du X français, Porno blues est avant tout le témoignage sincère de ce passionné de cinéma et de sexe qu'est John B.Root (écouter l'entretien). Témoignage dans lequel il livre toutes les joies et toutes les peines que lui a amenées ce genre tant décrié
Le livre commence par cette fameuse lettre ouverte à Mme le Ministre de la Culture de l'époque, Catherine Trautman. S'évertuant à défendre ce cinéma à priori indéfendable d'un point de vue culturel et artistique (le but du porno étant à priori de vendre), il prouve à qui veut le lire que quelques solides artisans et/ou artistes travaillent encore au milieu de tous ces sous-produits préfabriqués sans le moindre talent. Porno blues se veut un brûlot, un pavé jeté dans la marre de la bonne conscience française. Un livre somme, pas forcément toujours bien écrit, mais constamment juste et honnête quant aux attentes et aux espérances du cinéaste.
Les 200 pages qui suivent cette lettre ouverte tentent de montrer le X sous un nouveau jour, où les actrices ne sont ni battues ni droguées, où les cinéastes ne violent pas automatiquement de naïves candidates à la gloire, où les producteurs ne sont pas d'infâmes trafiquants de viande. Ce portrait, il semblerait que le public ne soit pas prêt à le recevoir, à en croire le nombre dérisoire d'exemplaires vendus du bouquin. "Plus le temps passe, et plus les choses restent les mêmes".
Montrer le sexe d'un point de vue économique est également le but de John B.Root. Les chiffres sont là et ils sont éloquents. Ils prouvent à quel point le cinéaste est un passionné, pour oser se mettre dans le rouge à chaque nouvelle production. Canal+, M6, les chaînes câblées ne payent pas assez, la vidéo ne comble pas tout, les salles de cinéma sont bien entendues hors de portée. Qu'est ce qui fait courir B.Root ? L'amour du sexe, celui qu'il a pour ses acteurs et ses actrices, la passion pour le cinéma...Mais sûrement pas l'argent. Parce qu'avec tout son talent, il y a longtemps qu'il aurait pu devenir millionnaire en réalisant à la chaîne des pornos mous vite faits mal faits.
Sans être ce que le cinéaste a fait de mieux, Porno blues reste une autobiographie sincère et constamment intéressante, qui se lit d'une seule traite tant la lecture est aisée et souvent passionnante. Une chose est sûre, ce livre est bien entendu cent fois plus juste que n'importe quelle oeuvre voulant témoigner de ce genre mal aimé qu'est le porno.