Peter Pan – Par James Matthew Barrie

Peter Pan – Par James Matthew Barrie

Bien avant les diverses adaptations de son œuvre, James Matthew Barrie avait décliné les histoires de Peter Pan sous plusieurs formes. De la légende naissante au conte incontournable en passant par la pièce de théâtre, voici un retour sur ces œuvres littéraires.

LES JARDINS DE KENSINGTON

C'est vers la fin du 19ème siècle que le nom de Peter Pan apparaît au milieu d'autres personnages récurrents dans les récits que crée James M. Barrie pour les Davies, ses enfants adoptifs. Très rapidement, l’auteur décide de les coucher sur le papier. En 1902 il publie la nouvelle intitulée The Little White Bird, racontant ses excursions avec David (son jeune frère décédé pématurément) et les histoires qu’ils inventent au cours de leurs promenades dans les jardins de Kensington, à Londres. Sur les vingt-six chapitres qui constituent l’ouvrage, seulement six (de 13 à 18) contiennent le personnage de Peter Pan (dont quatre lui sont entièrement consacrés). Malgré sa faible présence il fait mouche au près des lecteurs. Si bien que Barrie rassemble les six parties pour les éditer indépendamment sous le nom de Peter Pan in Kensington Gardens. On y découvre l’origine de ce petit garçon qui ne veut pas grandir et ainsi celle de tous les enfants du monde entier. La légende de Barrie veut que comme Peter, nous avons tous été des oiseaux avant de devenir des enfants. Nous avons tous créé une fée pour veiller sur nous le jour où nous avons émis notre premier rire et nous connaissons tous Peter au fond de nous. Se croyant toujours ailé il s’est envolé par la fenêtre le jour de sa naissance pour rejoindre l’île aux oiseaux des jardins de Kensington.

Barrie donne à voir à travers cet ouvrage un monde féerique qui se révèle à la tombée de la nuit. Peter, seul enfant autorisé dans le parc après l’heure de fermeture, vit à l’état sauvage dans cet univers peuplé de fées. Capable de reproduire tous les sons de la nature avec sa flûte de pan, il est devenu leur musicien attitré. Dédoublement narratif, il devient naturellement le héros des histoires que content les nurses, les mamans et les grandes soeurs que l’auteur croise avec David dans les jardins de Kensington. Le récit prend ainsi de l’ampleur se concentrant parfois sur ces enfants (matérialisés sous le nom de la petite Maimie) qui rêvent de rencontrer un jour cet être fabuleux qu’ils admirent, capables de se laisser enfermer derrière des grilles des jardins pour l’apercevoir ne serait-ce que quelques secondes. Bien sûr comme Peter ils n’oublient jamais leur maman, mais veulent goûter le plus longtemps possible à leur enfance. Sous la plume de Barrie, les aventures de Peter sont non seulement imprégnées de magie mais elles cachent également un côté moralisateur et éducatif. Ainsi il touche autant les enfants que les adultes et Peter Pan in Kensington Gardens se vend comme des petits pains. Afin de répondre à la demande, Barrie reprend sa casquette d’auteur de théâtre en 1904 pour écrire une pièce intitulée Peter Pan, The Boy who wouldn’t grow up.

PETER ET WENDY

Barrie effectue quelques changements afin de mettre en place une réelle intrigue autour du personnage et s’inspire de l’ambiance des romans d’aventure de Stevens et Cooper pour créer l’atmosphère de sa pièce. Les Jardins de Kensington deviennent le Pays Imaginaire, le monde dans lequel chaque enfant projette ses rêves. Il est régi par la présence de Peter Pan et peuplé de pirates, d’indiens, de sirènes et de fées. Des personnages bien définis apparaissent autour du héros. Tout d’abord la famille Darling composée de monsieur et madame, des trois enfants Wendy, Jean et Michel et de Nana, un énorme chien très sympathique qui fait office de bonne d’enfant. Ensuite les enfants perdus et la fée Clochette, qui vivent avec Peter au Pays Imaginaire, les premiers le considérant comme leur papa et la seconde entretenant un fort sentiment possessif envers l’enfant dont elle aurait aimé être la fée. Enfin, le Capitaine Crochet (et son bras droit Mouche), ennemi juré de Peter Pan, qui représente la figure paternelle de l’île et se trouve constamment tourné en dérision. Peter a également légèrement évolué. S’il garde les même traits de caractères, il n’a plus aucune envie de retrouver sa maman, se comporte en petit chef là où il n’était qu’un membre honorable d’une communauté exigeante, et apparaît pour la première fois vêtu de feuillages.

L’intrigue de la pièce débute sur une colère de Monsieur Darling qui chasse Nana de la nursery. Peter voyant son champ libre décide d’emmener Wendy et ses frères avec lui au Pays Imaginaire afin que la jeune fille raconte des histoires aux garçons perdus. La petite famille découvre alors un lieu enchanteur qui leur permet de braver mille aventures, mais ils finiront par se rendre compte que tout le monde doit grandir un jour et préfèreront rentrer chez eux au près de leurs parents. Grâce à la magie qui s’en dégage, et à son caractère universel la pièce est un triomphe à Londres et s’exporte merveilleusement aux Etats-Unis à partir de 1905. Malgré les nombreuses représentations et la qualité du jeu des actrices qui interprètent Peter Pan, Barrie n’est pas complètement satisfait de son œuvre. Il trouve que les limites physiques de la scène sont des obstacles à l’imaginaire qu’il cherche à développer. Il se penche alors sur son adaptation sous forme de conte pour enfant. Il garde la même trame, la découpe en dix-sept chapitres et transforme les parents Darling et Nana en narrateurs intra-diégétiques voyageant sans cesse entre leurs pensées et ses propres constatations. Le livre est édité sous le titre de Peter and Wendy en 1911 et rencontre lui aussi un grand succès devenant par la suite un classique incontournable de la littérature anglo-saxonne.

par Julie Anterrieu

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