Noirs dans les camps nazis
Journaliste à France 3 puis à RFO, l'Ivoirien Serge Bilé a réalisé en 1995 un documentaire intitulé Noirs dans les camps nazis. Tandis que le film sort enfin sur grand écran, un livre éponyme a été édité.
LA HONTE NOIRE
Passée la déception de voir le livre si petit et si mince, on se plonge rapidement dans cette page moins connue de l'Histoire. Avant tout, Serge Bilé remet les choses dans leur contexte et commence son récit à la fin du 19e siècle, en Namibie. Les Allemands ont en effet colonisé ce pays (riche en mines de cuivre et surtout de diamants) et commencé là-bas à créer des camps pour prisonniers, les Africains étant considérés comme des bêtes curieuses, et surtout sauvages. Sous la gouverne de Heinrich Goering (père d'Hermann Goering, futur proche de Hitler), les Noirs seront soumis à toutes sortes d'expériences, en particulier pour blanchir leur peau, mais aussi à la stérilisation forcée. D'autant plus que les soldats allemands sur place finissent par se reproduire voire se marier avec des autochtones, engendrant des métisses reniés par l'Allemagne. De même, les Namibiens - devenus allemands - ayant rejoint l'Europe, se sont vus un jour retirer leurs passeports et déchus de leurs droits, avant que les convois vers les camps nazis ne commencent.
Serge Bilé nous apprend en effet que les lois de Nuremberg ne concernaient pas que les Juifs mais aussi le peuple noir. Ainsi, aux côtés des Israëlites, des handicapés, des tziganes, des communistes, des homosexuels, les Noirs étaient raflés et envoyés en camps (de concentration et d'extermination le plus souvent). Et ce quelle que soit leur nationalité: des musiciens et chanteurs de jazz américains se produisant à Berlin dans les années 30 ont ainsi été déportés, tout comme ensuite des GI noirs ou des soldats français. Leur couleur de peau pouvait accélérer leur triste sort ou au contraire leur sauver la vie, certains nazis s'en servant de boy. Chapitre après chapitre, Bilé revient, grâce aux témoignages qu'il a recueillis, sur différents prisonniers noirs, différentes personnalités, hommes et femmes, de tout âge et de toute origine, morts ou portés disparus pendant la guerre, ou libérés par les Forces Alliées. Enfin, il revient aussi sur les faits d'armes de grandes personnalités noires pendant cette période, comme Nelson Mandela, Martin Luther King ou Léopold Sédar Senghor, véritable rescapé des camps de la mort. L'ouvrage est certes court mais absolument indispensable.