Morvern Callar

Morvern Callar

"On reconnaît bien la différence entre le claquement d’un CD: plus mastoc et bref, et celui d’une cassette: plus léger et qui sonne un peu creux. Les vinyles ça se ferme en soufflant un peu d’air."

(Extrait de Morvern Callar d’Alan Warner, éditions 10/18, p.208).

WARP ZONE

Fétichiste jusqu’au bout des ongles, l’héroïne d’Alan Warner avouait un attachement maniaque aux disques berçant son périple. Loin des compilations paresseuses et opportunistes, la bande-originale du Voyage de Morvern Callar ne répond à aucun caprice promotionnel, mais à une véritable démarche créative. Réunissant des artistes de Warp, le label intouchable de Sheffield, et quelques ténors de la scène indie, elle est le fruit d’une mûre réflexion entre Lynne Ramsay et Andrew Cannon. Alan Warner soulignait déjà l’importance de l’environnement sonore de son personnage, capable de décrypter la moindre ligne mélodique échappée d’un transistor. Le romancier écossais s’amuse ainsi à répertorier les groupes et interprètes embrassant l’humeur de Morvern. Les playlists, denses et éclectiques, dressent l’inventaire de pointures pop, rock, jazz, hip-hop ou électro. La bande originale proposée par Warp reprend dans leur intégralité les bribes musicales du film, à quelques exceptions près: les patchworks techno diffusés lors des raves, Double Speed Mayhem de 303 Nation, Dedicated to the One I Love de The Mamas and the Papas, Cind Eram De ‘48’ de Taraf De Haidouks et un air espagnol signé Amor Juan Jose Sanchez Crus. Seule une écoute attentive permet de discerner les thèmes qui parcourent le film. Défaut d’exhaustivité, impression de flou; la compilation restitue pourtant la sérénité de la jeune femme, en rupture avec le monde extérieur.

PARTY PEOPLE

Le mariage son/image est tellement convaincant à l’écran qu’un survol rapide du minimalisme all by myself de Richard D. James, des bidouillages euphoriques de Holger Czukay ou du tunnel oppressant de Stereolab induisent une légère frustration. Mais l’excellence et les enchaînements harmonieux de l’album comblent toute oreille patiente qui voudra bien s’y attarder. Citée à maintes reprises par Alan Warner, la mythique formation allemande Can ouvre le bal avec le tube de sa carrière chaotique: le bondissant et aérien I Want More aux riffs seventies bien rodés. La ballade can-noise se poursuit avec Spoon, ritournelle entêtante extraite d’un feuilleton télévisé. Bassiste et co-fondateur de Can, Holger Czukay signe en son nom l’irrésistible Cool in the Pool et le zigzagant Fragrance, deux résultats probants de ses potions avant-gardistes. Une pochade country de Ween, un reggae charmeur de Lee ‘Scratch’ Perry et une marche solennelle de Broadcast encadrent le célèbre I’m Sticking with You de Lou Reed et Maureen Tucker. Enfin, le sublime point d’orgue de la bande originale, nos sens émoustillés le doivent au Some Velvet Morning de la mutine Nancy Sinatra (la fille de Frank) et du gentleman cowboy Lee Hazlewood, son sauveur providentiel. En quelques hits, These Boots are Made for Walkin’, Elusive Dreams, Sand, Ladybird ou le fabuleux Summer Wine, Lee insuffle passion et gravité à une pop évanescente.

par Danielle Chou

En savoir plus

TRACKLISTING :

01. CanI Want More [3’32]

02. Aphex TwinGoon Gumpas [1’58]

03. Boards of CanadaEverything You Do Is A Balloon [7’00]

04. CanSpoon [3’04]

05. StereolabBlue Milk [8’00]

06. The Velvet UndergroundI’m Sticking with You [3’08]

07. BroadcastYou Can Fall [4’24]

08. Gamelan Drumming [1’28]

09. Holger CzukayCool in the Pool [5’01]

10. Lee ‘Scratch’ PerryHold of Death [3’02]

11. Nancy Sinatra & Lee HazlewoodSome Velvet Morning [3’35]

12. WeenJapanese Cowboy [3’02]

13. Holger CzukayFragrance [4’09]

14. Aphex TwinNannou [4’13]

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