Frank Gehry

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Esquisses de Frank Gehry, le documentaire de Sydney Pollack, outre un regard éclairé sur l’un des génies de notre temps, est avant tout une invitation passionnante à découvrir celui qui fait s’envoler le métal dans des chaos sublimes.

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CALIFORNICATION

Né à Toronto en 1929 dans une famille juive, Frank Gehry, de son vrai nom Ephraim Owen Goldberg, sait d’emblée où puiser son inspiration. Maman est mélomane, papa travaille dans les matériaux de construction, deux références bien ancrées qui détermineront son esprit visionnaire à jamais dans toutes ses créations. Elève puis étudiant surdoué dans les années 50, il use successivement les bancs de l’Institut d’Architecture à l’Université de Californie du Sud puis ceux de l’Ecole de Design à Harvard. Ces établissements prestigieux le mettent au contact d’esprits libertaires et foisonnants et achèvent son initiation. Premier coup d’éclat en 1969 avec la série intitulée Easy Edges, qui le fait connaître du grand public et lui procure l’attention de ses pairs. Le concept est basé sur la superposition et le collage de couches de carton pour en accroître la solidité, comme une sublimation d’un matériau trivial. Les meubles au design saisissant ainsi créés connaissent un succès populaire et critique et lui donnent l’image d’un créateur hyper-contemporain. La mouvance déconstructiviste qui l’inspire, elle-même dérivée du modernisme tardif (le style international par exemple, Mies Van Der Rohe) table sur un abandon de l’aspect fonctionnel des structures et des idées sociales comme la ligne droite. C’est l’idée que la forme d’un bâtiment ne doit pas nécessairement épouser sa fonction, mais plutôt en être l’allégorie matérialisée. Cette école, baptisée DeCon se développe à Santa Monica en Californie, depuis toujours berceau et atelier expérimental des tendances nouvelles en architecture.

JE NE DESSINE PAS DROIT

Au fil des années, Gehry s’est imposé comme une figure maîtresse sur l’échiquier planétaire des grands architectes. Il déploie ses courbes torturées dans des concepts qui dénient presque l’idée de construction, pour s’apparenter à de la sculpture. Ainsi qu’en témoigne le Musée Guggenheim (1997) à Bilbao, en Espagne, conçu comme un fluide vaisseau tout en titane qui semble juste posé sur la rivière Nervion. Vision iconoclaste pour son contenu, c’est aussi un chef d’œuvre d’esthétique où est assujetti le métal, tout à tour modelé, froissé, ondulé en couches comme l’étaient déjà les fauteuils de Easy Edges. Par ailleurs, la fibre musicale héritée de sa mère s’unit avec les préceptes DeCon anti-linéaires et l’esprit Dali (l’un des plus grands Modernes) dans des œuvres comme la Dancing House (1995) de Prague ou les Nouvelles Maisons Témoins (1999) de Düsseldorf, où la rectitude est comme mollie, presque fondue. Mais son art culmine avec le Walt Disney Concert Hall (2003), syncrétisme du post-modernisme propre à Los Angeles, du creuset initiatique de Gehry et d’une vision métallo-organique qui s’affirme avec le temps. Au cœur du centre-ville qui refourmille enfin grâce à une gentrification tardive, l’architecte a fait naître une authentique merveille de légèreté. Les autorités lui ont en conséquence – bien que ses détracteurs lui reprochent un réflexe de répétition dans la forme - confié la rénovation de Grand Avenue, artère principale de Downtown. Dans les cartons également, un deuxième Guggenheim à Abu-Dhabi et le Musée de la Tolérance à Jérusalem. Et tout ne semble que commencer pour lui.

par Yannick Vély

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