Desperate Housewives

Desperate Housewives

Mary-Alice Young est une femme au foyer charmante qui a tout ce dont elle peut rêver: un mari aimant, un fils tranquille, une belle maison… Le jour où elle se suicide d'une balle dans la tête, ses voisines et amies sont perplexes et mènent l'enquête... Examen à la loupe de la vie d'une impasse tout sauf tranquille.

DIRTY LAUNDRY

Il y a seulement deux ans, la chaîne ABC était au bord du gouffre, ses concurrentes CBS, HBO ou Fox lui ayant emboîté le pas sur la case série à succès. Si Alias avait connu des débuts tonitruants et prometteurs, la troisième saison voyait son audience s'estomper. Qu'à cela ne tienne, la chaîne accepte la nouvelle série de son créateur, J.J. Abrams, Lost. Parallèlement, elle accepte aussi, après le refus entre autres de HBO et Lifetime, le projet d'un petit scénariste et producteur télé (Golden Girls), Marc Cherry. Celui-ci propose une série comique sur des femmes de banlieue, mais le pitch et le premier pilote tourné (avec Sheryl Lee) ne sont guère convaincants. Une nouvelle orientation est donnée: si le côté comédie restera présent, la série sera noire et sarcastique. Cherry a en effet été troublé par un aveu de sa mère, pour qui la vie de mère au foyer pouvait être aussi heureuse que déprimante, ce qu'il ne soupçonnait pas. En enquêtant un peu, il découvre que les rideaux choisis avec soin et les massifs de fleurs entretenus avec amour peuvent cacher des dépendances aux anti-dépresseurs et autres secrets d'alcôve. Tentatives de suicide, adultère, alcoolisme, fantasmes sexuels, jalousies, chantage, meurtre, les pistes sont infinies, les faits divers abondent, Cherry interroge sa mère et regorge d'informations pour créer une série à la fois tout à fait fictionnelle et étonnamment réaliste. ABC a vu juste: la série engrange les nominations aux différentes cérémonies et est régulièrement en tête d'audience (devant… Lost), rassemblant trente millions de spectateurs américains chaque semaine, y compris la First Lady, Laura Bush, qui se vantera d'être elle aussi une desperate housewife.

SEX & THE SUBURBS

Avec cette déclaration, Marc Cherry comprend qu'il a trouvé la recette de la série universelle. Ses ingrédients, multiples et surtout savamment mélangés, ne sont pas sans rappeler d'autres anciennes séries cultes - car Desperate Housewives est d'ores et déjà culte - comme Dallas ou Dynastie. Or à la place de tensions familiales circulant en milieu très fermé, Cherry choisit les relations de voisinage et installe ses personnages dans une ville de banlieue au climat californien très WASP, comme vingt ans plus tôt Côte Ouest. Toutes ses héroïnes habiteront Wisteria (hysteria?) Lane, et cinq d'entre elle seront amies. Lorsque l'une d'elle met fin à ses jours, la vie paisible de cette rue élégante où les femmes au foyer sont des gravures de mode, les maris prospères dans leurs affaires et où les maisons rivalisent de bon goût, prend un nouveau tournant. Les quatre survivantes découvrent que leur défunte amie avait reçu le jour même de sa mort une lettre d'un corbeau: que cachait-elle de si terrible pour en arriver à cette fatale décision? Comme dans tout bon voisinage, les rumeurs vont bon train, chacun espionnant derrière sa fenêtre ou sortant ses poubelles au moment opportun. Guidés de l'au-delà par Mary-Alice, les spectateurs vont découvrir petit à petit les secrets de chaque voisin, toujours reliés par un thème commun: les désirs insoupçonnés, les peines de cœur, la jalousie latente, l'érosion du couple, la confiance, la solitude… Les destins se croisent et s'entrecroisent, les hasards se recoupent, les habitants de Wisteria Lane emménagent et déménagent, pleurent et meurent, crient et rient, font l'amour, des enfants et surtout des mystères.

AMERICAN WOMAN

Marc Cherry s'est inspiré de sa mère pour créer Bree Van de Kamp, femme de médecin, excessivement soignée et soigneuse, mère au foyer de deux enfants adolescents, dont la maniaquerie n'a d'égal que la politesse. Bree vit dans un monde immaculé, ses cheveux comme ses bonnes manières restant impeccables en absolument toute circonstance. Petit à petit, nous découvrirons avec elle les travers de son mari et de ses enfants et, à travers eux, les siens propres. Ainsi la réponse de Bree à son fils avouant son homosexualité: "Je t'aimerais même si tu étais un meurtrier" est celle exacte de Mme Cherry à son fils. A ses côtés, Lynette Scavo, ancienne business woman ayant abandonné sa brillante carrière pour s'occuper de ses quatre enfants en bas âge. La fin de la première saison sonnera le glas de ses joggings imprégnés de vomi de bébé et tandis qu'elle retournera affronter le monde du travail, son mari prendra comme il pourra la maison en main. Vient ensuite Susan Mayer, auteur de livres pour enfants travaillant à domicile, tête de linotte et mère divorcée d'une adolescente responsable sur laquelle elle se repose un peu trop. Susan succombera au vrai-faux plombier Mike, qui vient de s'installer dans la maison d'en face, tandis que son ex-mari refait surface régulièrement. Gabrielle Solis, la plus jeune du quatuor, est une mini Barbie latina, ancien top model mariée à Carlos - le couple assurant ainsi la caution minorité ethnique, avant que n'apparaisse une famille afro-américaine pour la seconde saison. Son principal souci est de dépenser l'argent de son mari, de ne pas avoir d'enfant et de maintenir secrète sa liaison avec John, le jeune et beau jardinier. Vient enfin Edie Britt, blonde pulpeuse et agent immobilier du quartier, véritable croqueuse d'hommes, souvent rivale de Susan, crainte par toutes les femmes. Des caractérisations très fortes, aux évolutions logiques, dont est muni le reste du casting: des maris de ces belles à la voisine que l'on aperçoit de temps en temps, l'écriture est brillante.

ALL ABOUT EVA

Le reste de la réalisation l'est également: photo très colorée et léchée, mise en scène soignée ni trop classique ni trop tape-à-l'œil, interprétation au top, costumes et décors très travaillés… Pourtant, le casting à lui seul représente un beau défi: tandis que Bree, Susan et Edie sont campées par trois stars plus ou moins oubliées de la télévision (respectivement Marcia Cross, Teri Hatcher et Nicollette Sheridan), Lynette et Gabrielle sont carrément interprétées par deux quasi-inconnues. Hors moins d'un an après le début de la série, non seulement les trois premières sont réhabilitées aux yeux de tous, mais les secondes sont en passe de les devancer question notoriété. En effet, tandis que Felicity Huffman (Lynette) reçoit nomination sur récompense (dont Oscar et Golden Globe) pour son rôle dans le film Transamerica, Eva Longoria est devenue un sex symbol que les magazines s'arrachent, à qui L'Oréal a fait signer un contrat et qui s'affiche à côté du nouveau héros de la NBA, Tony Parker. Les cinq femmes sont indésoudables et s'affichent partout, devenant les nouvelles égéries de l'Amérique. Les rôles si bien différenciés permettent à chacun et chacune de s'identifier et la série ratisse large, de l'adolescent au retraité, hommes et femmes, étudiants, actifs ou, bien sûr, mères au foyer, qui y voient peut-être une reconnaissance tant attendue. Le site d'ABC propose ainsi un test en ligne pour savoir quelle desperate housewife vous êtes, ainsi qu'une boutique où l'on trouve entre autres des t-shirts au prénom de chacune des cinq héroïnes. Une manière de toucher tous les foyers, où la ménagère de moins de 50 ans est décidément reine.

par Marlène Weil-Masson

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