Corbino
Derrière le patronyme Corbino se trouve Marteen Corbijn, frère d’Anton et tout comme lui photographe. Beaucoup moins célèbre que son aîné, Maarten est pourtant l’auteur de clichés qui méritent largement le détour. Portrait d’un photographe attachant.
BON SANG NE SAURAIT MENTIR
La famille Corbijn a plus d’une corde à son arc. Ainsi, si l’aîné Anton a choisi le monde comme terrain de jeu, Maarten a, lui, trouvé sa place dans sa Hollande natale. Marié, père de famille et cuisinier avoué de son petit monde, il mène une vie à des années lumières d’Anton, célèbre photographe qui ne fait qu’une seule et même personne avec son frère, ce qui est pour lui une perpétuelle source d’émerveillement. Quand ils se retrouvent, une à deux fois par an, les sujets de conversation tournent d’ailleurs autour de la famille et non de la photographie, qu’ils ont pourtant tous les deux adoptée comme métier. Maarten est un autodidacte; il travaillait comme graphiste dans une imprimerie le jour et se consacrait à la photographie le soir, ce qui s’est rapidement étendu à toute la nuit. Sentant qu’il avait un certain talent, il a vite cherché et trouvé des contrats, ce double emploi du temps ne tardant pas à laisser des traces et imposer un choix. La photographie l’a emporté et en 1981, alors qu'il est âgé de 21 ans, il se met à son compte. Maarten Corbijn ne se contente pas de photographier ses modèles. Ainsi, il cherche avec ses photos à montrer une facette inédite de la personne à portraitiser. Le facteur psychologique est très important pour lui et une belle rencontre est un bon point de départ pour une photo réussie. Il ajoute qu’une bonne atmosphère ne vient pas d’elle-même et qu’il faut savoir la créer. En bon photographe, il possède la technique sur le bout des ongles, dans ses gènes comme il le dit lui-même, ce qui laisse la porte ouverte à sa créativité. Il refuse de se répéter et a toujours plusieurs options sous le coude pour le cas où son idée première serait discutée; idée qu’il peut totalement oublier pour réagir intuitivement à une situation. Le contact avec le modèle est le facteur primordial pour lui.
Maarten Corbijn est un instinctif qui ne possède pas de code particulier de travail. Il aborde chaque nouveau contrat comme le premier bien qu’il fasse de la photographie depuis plusieurs décennies. Pas question pour lui de se reposer sur ses lauriers et chaque nouvelle photo est source d’excitation, une possibilité de penser plus loin, de voir naître de nouvelles idées, d’aller à la rencontre de l’inattendu. Maarten a également tourné des vidéos et publicités, bien que n’ayant aucune expérience initiale dans le domaine, et il constate aujourd’hui avec humour que son premier essai est le reflet typique d’un film de photographe: très statique, avec quasi aucun mouvement de caméra. Erreur qu’il a tout de suite corrigée dans le second. Il a ainsi aujourd’hui une trentaine de réalisations à son actif. La première a résulté d’une offre qui lui fut proposée plus que d’un réel désir de sa part. Il avoue aujourd’hui apprécier le challenge et se sent un peu comme Steven Spielberg quand il compare les budgets alloués aux deux disciplines. La photographie est pour lui un combat au corps à corps dans la jungle alors qu’avec les productions, il s’agit plus d’une guerre tactique pour laquelle il doit gérer une équipe de trente personnes. De la à passer au long format, il y a un pas qui n’est pas forcément au programme du photographe, dont l’emploi du temps est déjà chargé. Difficile de ne pas être tenté de comparer les deux frères vu qu’ils officient dans la même discipline et, pour mettre les choses au clair, Maarten a choisi le patronyme Corbino (non Corbijn). Il n’a cependant pas à rougir de la comparaison et ses photos prouvent qu’en plus du même sang, Maarten et Anton Corbijn partagent également le même talent.