24 saison 5
Dix-huit mois ont passé depuis la quatrième journée. A part David Palmer, Tony Almeida, Michelle Dessler et Chloe O'Brian, le monde entier (comprendre les gouvernements américains et chinois) croit que Jack Bauer est mort. Mais Jack se trouve en fait proche de Los Angeles, vivant sous le nom de Franck Flynn et travaillant comme ouvrier dans une petite exploitation pétrolière. Pendant ce temps, la vie continue à L.A. Le Président Logan (et son épouse Martha) s'y trouve pour signer un traité militaire historique avec le gouvernement russe, tandis que trois tentatives d’assassinat sont perpétrées à l’encontre de ceux connaissant la vérité sur Bauer. Jack va devoir refaire surface. La journée commence mal, et ce n’est que le début.
SEUL CONTRE TOUS
Jack Bauer n’est plus. La dernière image de la saison précédente, lourde de symbole, le laissait vagabonder, suivant les rails d’une destinée qu’il n’avait pas choisie. Il est devenu un lonesome cowboy contre son gré, tout ça pour le bien d’une nation qui semble partir à vau-l’eau. Et c’est le baluchon sur l’épaule, face au soleil levant, en contre jour, que le héros déchu, le dernier sauveur de la bannière étoilée, part vers l’inconnu. Un inconnu qu’il est lui-même puisqu’il ne possède plus d’identité ni de légitimité face à son pays et à son gouvernement. Sa fin est minutée. Car Jack étant "mort" à la fin de la quatrième saison, on sait qu'il reviendra au début de la suivante comme un mort-vivant. "L’expression 'dead man walking' lui va comme un gant. Jack est un personnage tragique, il l’a toujours été. Sa vie personnelle perd toujours la partie, l’amour et l’amitié lui sont interdits à long terme. Cela s’imprime sur son visage: tout lui a été pris y compris son nom". Mais qui a dit que 24 heures chrono était terminé? Qui a dit que la série ne pourrait plus jamais atteindre ce niveau de tension qu’on lui connaît tous? Qui a dit que la mort de Jack Bauer ne servirait qu’à plonger la série dans un point de non-retour? Qui, encore, a osé affirmer que le retour programmé de ce cher Bauer ne pourrait en rien justifier la force des dernières images que la saison 4 nous avait offertes, et qu’au contraire les scénaristes tueraient cette si forte symbolique de héros dépossédé malgré tout ce qu’il a pu faire de positif? Car oui, on le sait, dans l’univers des séries américaines à la sauce 2000, les héros s’en prennent plein la gueule et sont condamnés à subir des mauvais traitements plus que de raison. Bienvenue dans la nouvelle journée en enfer de l’agent Bauer.
LA MENACE FANTOME
À l’instar de la précédente, les enjeux de cette nouvelle journée sont multiples. Non seulement Bauer doit déjouer les plans de criminels machiavéliques afin de sauver le monde (jusque là, on a l’habitude) mais aussi sa simple peau de civil sans identité réelle. De plus, il doit tout autant faire profil bas malgré son retour à la vie plus que tonitruant (la menace chinoise de la fin de la quatrième journée étant toujours présente), tout en essayant de faire comprendre à ses proches pourquoi il n’existe plus. Bref, c’est le bordel le plus complet dans la vie de Jack. Et même si son retour parmi les vivants est un peu simple et assez vite éludé, les virtuoses de la plume ont su distiller à plusieurs reprises quelques moments forts en émotions lorsqu’il lui faudra faire face à son passé qui, comme d’habitude, vient mettre des bâtons dans les roues de l’enquête primordiale. D’ailleurs, on peut affirmer que cette cinquième journée est la plus chargée en émotions de qualité depuis la poignante première saison. En témoignent les premières minutes du premier épisode où disparaissent deux personnages majeurs de la saga. Un gros coup dur pour les fans et pour Jack qui, cette fois-ci, n’aura rien pu faire pour empêcher le drame. Plus tard encore, le treizième épisode (aussi tendu que le dix-huitième de la troisième saison) voit d’autres rôles disparaître et pas forcément de manière violente. Comme quoi le malheur n’est pas forcément que physique et ne passe pas obligatoirement par un lot de cadavres. Et nous, spectateurs, de se laisser prendre au jeu une énième fois. Car comme chaque année, même si on connaît à l’avance le système de rebondissements, les règles des cliffhangers de fin d’épisodes et autres subterfuges dictés par le cahier des charges, on se laisse embarquer sans ciller. Pire, on en redemande tant le sort et l’épopée tragique de cet homme blessé et meurtri prêt à tout pour sauver ses convictions nous alpague pour ne plus nous lâcher avant la fin de l’ultime épisode.
Jack doit refaire surface au milieu d'un thriller rêche et politique pour contrer une menace venant de terroristes de l’ancienne union soviétique. Cette année encore, les scénaristes trouvent le moyen de monter d’un cran le niveau de responsabilité des fauteurs de troubles. D’ailleurs l’énergie est différente par rapport aux saisons précédentes, les enjeux plus immédiats, puisqu’ils les font intervenir au moment où un traité international entre les USA et la Russie vient d’être signé. Ce qui renforce encore plus le contexte géopolitique de l’intrigue alors que finalement la menace elle-même (un virus) n’est qu’un prétexte. Ce que veulent les terroristes (dans un premier temps) c’est faire annihiler le pouvoir du président russe Suvarov. Malheureusement pour eux, ils opèrent sur le territoire de Bauer. Et 24 heures chrono, avec sa mécanique d’une précision folle capable de repousser ses limites sans s’effondrer, de redéfinir sa propre bible. Car cette fois la personnalité du premier méchant et son importance visuelle est moins forte qu’avant, au profit d’un contexte général et du pourquoi et comment il est passé du mauvais côté. Les créateurs finalisent leur série vers un univers tendu où la maniaquerie règne, où la moindre ligne de dialogue et le moindre regard sont décisifs (appréciez le jeu subtil des proches du président Logan dans la seconde moitié de la saison), où la menace est beaucoup plus proche que l’on ne le croit et montrant que désormais, et à bien des égards, le plus grand ennemi des Etats-Unis, sont les Etats-Unis eux-mêmes.
DU NEUF AVEC DU VIEUX
Alors que la saison précédente commençait à ressentir les effets érosifs de l’audience, les scénaristes avaient choisi de commencer le grand nettoyage de printemps. Cette saison confirme donc l'éradication quasi totale des personnages récurrents (pour ne pas gâcher l’effet de surprise, on ne vous dira pas qui passera ad patres), entamée la saison précédente, et règle ainsi un bon nombre de cas, permettant enfin aux créateurs de la série de redistribuer les cartes pour faire plus activement participer certains personnages secondaires et tout autant repartir sur de nouvelles bases. De ce fait, la transition se fait en douceur puisque si certains des personnages clés de l’entière saga disparaissent instantanément, d’autres introduits depuis comme Chloé, Edgar et surtout Audrey Raines continuent (pour un temps?) le chemin avec nous du côté des agents, alors que les fidèles Mike Novik et Aaron Pierce épaulent toujours le Président en place et deviennent beaucoup plus importants, ce qui n’est pas pour déplaire. Le retour de Jack se fait ainsi en douceur. Cette cinquième journée est aussi l’occasion d’unifier la saison avec l’ensemble de la série. Alors que les scénaristes auraient pu choisir de tout faire repartir de zéro en réintroduisant Jack dans une toute nouvelle équipe qui n’est au courant de rien et qui aurait fait table rase du passé, c’était sans compter sur certaines idées (de génie?) placées ici et là pour harmoniser l’entière série et peut-être boucler un cycle. Car si Jack a énormément à faire avec son retour à la vie, il doit tout autant composer avec les fantômes de son passé.
Souvenez-vous: alors que débute la première saison, Bauer nous est présenté comme un agent honnête et direct (un peu trop d’ailleurs) qui a dénoncé des collègues et amis ne respectant pas forcément les ordres et ayant même dévié quelque peu de la trajectoire officielle du service. L’incompréhension et la tension règnent entre George Mason et Bauer, ce qui nous donnait l’occasion de confronter le héros aux autres membres de l’équipe, comme Nina Myers ou Tony Almeida, et nous permettait de situer les divergences et partenariats régnant au sein de la CTU pour mieux planter le décor. Et, comme à l’accoutumée, voilà que certains des terroristes de cette cinquième saison s’avèrent êtres en contact avec un fameux Christopher Henderson, la source des problèmes et autres déconvenues de Jack au commencement. Et quitte à exhumer certains fantômes du passé de Jack, pourquoi ne pas en faire autant avec les héros et bad guys d’une autre décennie. Car oui, au sein de cette cinquième saison, une partie de l’équipe de Robocop (Paul Verhoeven, 1987) vient faire son petit tour. Et c’est en compagnie de Peter Weller - vraiment fabuleux en arch enemy de ce cher Jack -, Ray Wise et Paul Mc Crane que l’on voyage une partie de la saison. On trouvera aussi agréable la présence d’un Sean Astin continuant de ressusciter de fort belle manière après son trou noir des années 90, ainsi qu’un Julian Sands qui nous la joue chef de meute mais pantin malgré tout (à moins que?). Et puis pour tous les fans du chat noir Kim (s’il en reste), on aura même l’occasion de la voir passer et encore subir quelques déconvenues le temps de deux des meilleurs épisodes de la saison. Comme quoi 24 heures chrono commence (enfin?) à se développer sous forme de saga.
LES TROIS JOURS DU CON D’OR
Enfin, que serait 24 heures chrono sans un président digne de ce nom? Réponse: rien. Car c’est aussi grâce à ce personnage bien symbolique, héros d’une nation entière, que la série a posé sa marque. Et quelle marque. Nous n’avions jamais vu un homme d’état (en tout cas à l’écran) de la trempe de David Palmer, premier président afro-américain et premier à pouvoir faire face à n’importe quelle situation et agissant avec un sang froid et un réel engagement sans jamais faillir et avoir à remettre ses choix en cause. Nous avions la crème des braves assis derrière un bureau, le meilleur des "agents" non actifs sur le terrain, le top des hommes d’état efficaces. Mais depuis la fin de la troisième saison, le poste de président ne lui était plus imparti. Et c’est en simple conseiller, mais quel conseiller, qu’il agissait dans la seconde partie de la quatrième saison. Triste sort qu’est donc le sien dans cette nouvelle journée éprouvante. Car nous autres, spectateurs assidus, nous retrouvons avec ce falot de Logan, un homme au sommet du pouvoir mondial incapable de gérer correctement son pays (voir la saison 4) sans l’assistance d’un tiers, qui est obligé de prendre des décisions à chaud sans réfléchir aux conséquences de ses actes. Avec son physique à la Nixon, Logan apparaît clairement comme un pantin facilement manipulable, en tout cas dans la première partie de la saison. Montré comme constamment dépassé, sans réelle morale, complètement influençable (souvenez-vous de ses réactions de la quatrième saison lorsqu’il accède au pouvoir presque par hasard), il rappelle un certain George W. et à tout instant nous fait regretter le président Palmer. De là à parier que la production s’est inspirée de son propre chef d’état, il n’y a qu’un pas.
Mais les comparaisons avec la réelle Maison Blanche ne s’arrêtent pas là. En effet, on décèle – à raison - en ce nouveau président un homme prêt à tout pour avoir sa guerre et la justifier afin d’exister au sein de son peuple, alors que les menaces d’attentat de la quatrième saison ne l’avaient pas laissé dans une position des plus heureuses. Il a alors montré son incapacité à gérer les crises dans l’urgence et Palmer avait sauvé la situation in extremis. Et cette année, le fantôme de Palmer plane. Car bien sûr on se demande ce que l’ancien président, si cher à nos cœurs, aurait fait en de telles situations. Et c’est bien là l'une des forces de cette nouvelle saison: on bénéficie désormais d'un point de comparaison (amorcé l’an passé) avec le plus haut poste de la série (voire du monde). Et dans son genre, 24 heures chrono continue ses points de rapprochement avec la réalité, en ayant fait des first ladies des personnages essentiels (comme a pu l’être une certaine Hillary C.) au fonctionnement du gouvernement. Sherry Palmer n’étant plus, Logan devait alors lui aussi avoir sa propre dame de cœur, une femme capable de reprendre le flambeau du "je t’aime, moi non plus" avec brillance. Et voici Martha Logan. D’abord présentée comme une femme soumise, sans réelle personnalité, cyclothymique, subissant son sort et accro aux médicaments, elle reprend peu à peu du poil de la bête au fur et à mesure de l’avancée de l’histoire, quitte à devenir un rôle essentiel jusqu’au dénouement final. Aurions-nous déjà trouvé la présidente de la future saison 6?
THE END IS THE BEGINNING IS THE END
D’ailleurs, comment va se dérouler cette future saison 6? Comment le lien va-t-il se faire, puisque Jack est encore une fois laissé dans un sale état avec un cliffhanger de folie, aussi fort, si ce n’est plus, que celui clôturant la seconde saison. D’après le trailer désormais disponible sur le web, tout porte à croire que les scénaristes ont encore une fois mis les petits plats dans les grands et que le spectacle et l’aventure seront encore une fois au programme: explosions énormes, Jack revenant dans sa patrie en mauvais état, un nouveau président en place (enfin pas si nouveau que ça) et des terroristes qui n’ont pas l’air d’avoir froid aux yeux. Enfin c’est tout ce que l’on souhaite car la lassitude et les sentiments de déjà vu sont inévitables, comme c’est souvent le cas avec les grandes séries dramatiques qui tiennent deux ou trois saisons, incapables ensuite de passer le cap de la maturité sans rejouer mécaniquement les mêmes formules. Et comme le dit si bien Jack Surnow, créateur de la série: "Se réinventer est de plus en plus dur", surtout avec désormais 120 épisodes au compteur. Et on veut bien le croire. D’ailleurs l'un des problèmes soulevés par de nombreux fans est le fait que la série se passe toujours à Los Angeles, d'où parfois un sentiment de confort qui sied mal à une série de ce calibre. Mais l’on sait désormais, grâce à ce trailer, que cette sixième et future saison verra une partie de son action se situer du côté de Washington. Peut-être cela aidera la série à continuer sur le même rythme qu’elle a su nous offrir cette année, à poursuivre sur la voie du thriller tendu comme un arc, et à ne pâtir d'aucune sous intrigue bâclée, prévisible ou tirée par les cheveux. Enfin tout ce que l’on souhaite c’est de s’en prendre encore une fois plein la gueule, à grand renfort de complots, de trahisons, de coups bas, d’homicides, d’actes terroristes, etc. Mais plutôt que d’envisager tout de suite l’avenir, laissons déjà le chrono de cette cinquième journée s’écouler et apprécier comme il se doit, les nouvelles aventures de notre hard action cop préféré. Et rendez-vous l’an prochain pour une nouvelle mise au point.