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LOVE STORIES


Depuis ses débuts, le cinéma n'a cessé, tout comme avant lui la littérature et le théâtre, de nous raconter mille et une histoires d'amour, des plus tragiques au plus explosives, en passant par les plus romantiques. Certaines resteront à jamais gravées dans nos mémoires, d'autres, banales, manquant de charme, sont déjà oubliées. Mais la saison rose bonbon du moment nous pousse à nous attarder un peu sur quelques romances qu'a provoquées Cupidon.


FLOWER POWER

L'un des genres les plus prolifiques du cinéma, particulièrement outre-Atlantique, est la comédie romantique. Ils se rencontrent, s'aiment, MAIS... ils ne sont pas libres, ils se détestent, ils se perdent de vue, ils travaillent ensemble, ils sont amis, il va en épouser une autre, ils ne sont pas du même milieu, etc., etc. La liste d'obstacles pouvant se dresser devant un couple amoureux est longue (et pourtant, certains scénaristes n'hésitent pas à en réutiliser certains), mais chaque film se passe presque toujours de la même façon, avec happy end obligatoire, évidemment. Et c'est justement ce déroulement convenu de l'action qui fait le succès de ces films: le fait de savoir que tous ces malheurs s'arrêteront, que les héros finiront ensemble, heureux, dans les bras l'un de l'autre, tandis que chacun devant sa télé attend l'âme soeur... Chaque année, quelques comédiens et comédiennes fringants cachetonnent dans une bluette de ce genre, pour le plus grand plaisir surtout de la gent féminine, toujours émue.


Cependant, si la quantité l'emporte assurément sur la qualité, il convient de sortir quelques oeuvres du lot. Reine incontestée du genre, Meg Ryan est aux comédies romantiques ce que Jamie Lee Curtis est aux films d'horreur des années 80. Tandis que l'on peut oublier Nuits blanches à Seattle et Vous avez un message, Meg s'illustra en simulatrice d'orgasme devant une cafétéria et un Billy Crystal médusés. Quand Harry rencontre Sally reste un classique du genre, quinze ans encore après sa sortie. Fourmillant de répliques cultes et d'idées pétillantes, le film bénéficie en plus d'un duo en pleine forme. Quelques années avant la blonde Meg, la rouquine Molly Ringwald était quant à elle l'actrice incontournable des "teen movies" des années 80, ces comédies adolescentes fleurant bon l'innocence et la liberté, dont Rose bonbon, Sixteen candles et surtout Breakfast club.


Les années 70 déjà avaient donné le "la" avec Grease, où une jolie blonde bourgeoise s'amourachait d'un "blouson noir", schéma que l'on retrouve quinze ans plus tard chez John Waters avec Cry Baby. Dans le sens contraire, cela donna en 1990 Pretty Woman, le conte de fées moderne par excellence, sorti en même temps qu'un autre grand succès du genre: Ghost. Ainsi, tandis que l'homme d'affaires Richard Gere tombait amoureux de la jolie prostituée Julia Roberts, Demi Moore faisait l'amour avec son fantôme de mari (Patrick Swayze, déjà mâle aguichant dans l'ultra-romantique Dirty Dancing)... Pas encore mort, le héros de While you were sleeping a tout de même une admiratrice, la jeune Sandra Bullock, veillant sur son prince charmant et inconnu dans le coma. Celui-ci ne se réveillant pas, elle tombe dans les bras de son frère... (le film est une version très édulcorée du français J'ai épousé une ombre). Une autre variante à ces couples improbables émergea l'année dernière, signant le retour de Meg Ryan dans le genre, cette fois partageant l'affiche de Kate & Leopold avec le X-Men Hugh Jackman, gentilhomme du 19e siècle débarquant dans le New York du 21e.


Enfin, dernier obstacle, et non des moindres: la religion. Que faire quand on est prêtre et amoureux de son amie d'enfance, elle-même vivant une liaison secrète avec votre meilleur ami, un rabbin? Edward Norton répondit avec brio à cette question en mettant en scène son premier film, Au nom d'Anna, une véritable comédie new yorkaise sur l'amour, mais aussi l'amitié. Son partenaire dans le film, Ben Stiller, s'était lui aussi déjà essayé à l'exercice dix ans plus tôt en signant Reality Bites, une comédie douce amère sur les débuts dans la vie active et la recherche de relations amoureuses. Dans le même style, Cameron Crowe réalisa deux petits bijoux: Say anything, en 1989, teen movie amélioré où John Cusack se prépare au futur High Fidelity, et Singles en 1992, sur la jeunesse multi-job et grunge de Seattle, dont le principal souci est de ne pas rester célibataire. Ce qui est finalement le point commun de tous ces personnages.


L'AMOUR COURTOIS

Tandis que d'un côté le sexe fait tout vendre et que la pudeur disparaît, certains films, passés comme récents, croient encore en un amour non charnel, un amour "pur". L'Asie ces dernières années est passée maître avec les très remarqués In the Mood for Love et Tigre et Dragon. Ang Lee, réalisateur de ce dernier, est d'ailleurs un habitué des histoires d'amour, toujours différentes, toujours originales, et toujours réussies: après l'homosexualité dans Garçon d'honneur ou la libération sexuelle dans Ice Storm, il nous plonge ici au coeur de deux grandes histoires de coeur, en pleine Chine médiévale. Jusqu'au bout, l'amour, inavoué, transpirera des personnages incarnés par Michelle Yeoh et Chow Yuan-Fat. Et pourtant, leur seul contact physique sera quand elle le tiendra dans ses bras, tandis qu'il rend son dernier souffle. A pleurer.


In the Mood for Love quant à lui respire moins la passion que la frustration, la tristesse, la culpabilité. Tandis que leurs conjoints respectifs sont amants, un homme et une femme se tournent autour, se rencontrent, se désirent, sans pourtant jamais passer à l'acte lui-même. Hitchcock usait beaucoup de ce procédé, les futurs couples se jaugeant, tels des fauves, avant, ou non, de céder au désir. Ainsi, dans La Mort aux trousses, outre un premier baiser improvisé et fougueux qui n'a rien de romantique, la dernière scène montre Cary Grant enlaçant la blonde Eva Marie-Saint, l'embrassant langoureusement dans leur cabine de train, tandis que le dernier plan suggère pudiquement la suite des opérations: le train rentre sous un tunnel, sacré Hitch... James Stewart, quant à lui, vouera dans Sueurs froides une passion obsédante mais néanmoins chaste pour Madeleine/Judy (Kim Novak).


L'époque aimait particulièrement les baisers finaux, les protagonistes les repoussant tout le long du film pour mieux y succomber dans un final fondu au noir. Ainsi, on se souvient de L'Impossible Monsieur Bébé ou encore The Philadelphia Story, où Cary Grant et Katharine Hepburn jouaient à se détester pour mieux s'adorer ensuite, mais toujours sans se toucher. Le niveau d'attouchement ne dépassait en effet que rarement celui d'un Disney: le prince ressuscite Blanche-Neige d'un doux baiser en 1937, tandis que La Belle au bois dormant ne sera réveillée qu'en 1959, et pourtant, en vingt ans, rien n'a changé. La France n'est pas avare de contes de fées non plus: en 1946 Jean Cocteau nous offre l'admirable Belle et la Bête, mettant en scène Jean Marais en beau prince transformé en horrible créature, que seul l'amour peut rendre à nouveau humain. Belle, prisonnière malgré elle du château de la Bête, finira par apprivoiser celle-ci, par l'aimer et lui donner ce baiser libérateur.


Mais certains films vont doucement plus loin, jouant sur l'ambiguïté de la situation. Ainsi, que se passe-t-il vraiment entre Lolita et le professeur Humbert? Nul ne sait, même une fois le film fini, si la relation que vient de nous décrire Kubrick fut fantasmée ou consommée. Dans Entretien avec un vampire, l'ambiguïté et l'érotisme latent sont à leur comble: Lestat aime Louis, qui entretient une relation quasi incestueuse avec Claudia, tout cela restant émotionnel, à part un délicat baiser juste avant que Claudia ne disparaisse. Le trio de vampires (sans compter Armand, attiré lui aussi par Louis) vit à la fois comme une famille, comme un couple interchangeable, leur seul plaisir physique ayant été leurs échanges sanguins.


Les vrais héros sont également accoutumés à ce genre de relations spirituelles, que ce soit Batman (on n'assiste jamais à plus que quelques baisers volés entre Bruce Wayne et ses compagnes de passage) ou Superman, vivant un amour juvénile avec Loïs Lane. De son côté, Peter Parker/Spider-Man relève légèrement le niveau par la sensualité du baiser échangé avec Mary Jane, mais cela ne va pas plus loin. Quant à Anakin, futur Dark Vador, son amour pour la belle Amidala ne sera consommé que dans le prochain épisode, le dernier en date se finissant, quand même, sur leur mariage. Tous comme ces super héros, d'autres personnages ont des caractéristiques physiques qui les empêchent de commettre le péché de chair. C'est le cas de Edward aux mains d'argent, amoureux malheureux de Kim, qu'il peut tout de même enlacer tendrement. Tandis que Jack Skellington ne pourra guère faire plus que courtiser sans fin la douce Sally, comme lui une poupée... Mais la séduction n'est-elle pas le meilleur moment d'une histoire d'amour?


JUSQU'A CE QUE LA MORT NOUS SEPARE

Certaines relations passionnelles finissent tragiquement, faisant en même temps souvent de grands films. Ainsi, Autant en emporte le vent fit une razzia aux Oscars et reste un des classiques des grandes tragédies amoureuses, tout comme Casablanca, les deux voyant l'être aimé disparaître dans la nuit... Pire, certaines oeuvres nous font carrément assister à la mort de l'un des deux amoureux, c'est le syndrôme Roméo et Juliette, maintes fois adapté, qui donna lieu également à l'une des plus grandes comédies musicales, West Side Story, et à l'un des drames les plus bouleversants de l'histoire du cinéma: Love Story (et aussi à des films moins indispensables comme Roméo doit mourir).


Après avoir justement adapté à sa façon la pièce de Shakespeare, Baz Luhrmann transposa l'histoire dans le Paris de 1900, Roméo devint un jeune poète épris de liberté, Juliette une magnifique courtisane du nom de Satine... Oeuvre magistrale s'il en est, Moulin Rouge est l'une des plus belles histoires d'amour jamais filmées, et ce malgré son intrigue classique, tellement le traitement bouleverse toutes les conventions. Et pourtant, dès le début, avant même que cet amour soit né, l'on sait qu'à la fin il n'en restera qu'un... Quelques années plus tôt, James Cameron avait déjà tourné Titanic, film romantique par excellence, où une riche jeune fille vit une intense passion pour un pauvre jeune homme, qui, malgré l'incrédulité (et les larmes) du public, finit par sombrer lui aussi.


La mort semble donc séparer les couples vivant un amour fervent, charnel, fusionnel. Tellement fusionnel que dans Dead Again, chacun devient la moitié de l'autre, le couple se réincarnant 40 plus tard, à l'envers: la femme devient son mari et vice-versa, mais la base du film étant le thriller, il leur faudra du temps pour s'en apercevoir... Quant au comte Dracula, c'est en voyant en Mina sa défunte épouse Elisabetha qu'il signera sa perte. Après l'avoir littéralement possédée, il se laissera occire par son amour éternel. La malchance joue ainsi souvent pour les amants adultères, héritiers de la légende de Tristan et Iseult, mise en images en 1943 dans L'Eternel retour, avec Jean Marais, une histoire où la frustration des spectateurs est à son comble. Tout ça pour ça...


SENSUELLEMENT VOTRE

Sexe ne signifie pas forcément racolage. Certains films en effet jouissent d'une sensualité exacerbée et ont pour objet les relations intimes sans pour autant virer dans le porno ou la vulgarité. Les Liaisons dangereuses, sur le libertinage de la Renaissance, a ainsi soulevé quelques masses bien pensantes à sa sortie, alors qu'il était déjà une adaptation d'une oeuvre littéraire du 18e siècle. Histoire de choquer de nouveau une douzaine d'années plus tard, on ressortit l'histoire à la sauce adolescente avec Sexe intentions, misant tout sur un baiser saphique entre deux jeunes actrices montantes. Pathétique.


Gregg Araki a lui réussi à faire un vrai film dérangeant sur les relations post-pubères, en livrant à eux-mêmes trois jeunes avides d'expérimentations dans The Doom generation. Pendant ce temps, l'échangisme et la révolution sexuelle bousculent la middle-class américaine des années 70 dans Ice Storm, Sigourney Weaver s'en donnant à coeur joie dans l'infidélité, tandis que son mari n'est pas prêt à se laisser tenter par l'aventure. Et aucun ne remarque les poussées hormonales de leurs enfants... Pour Kubrick, l'aventure se fait d'abord fantasme, Nicole Kidman rêvant à un beau marin. Pour son mari Tom Cruise, la recherche de nouvelles sensations commence alors, finalement plus voyeuriste que dynamique.


Moins scrupuleux, Michael Douglas n'hésite pas à prendre sauvagement Glenn Close sur le bord de l'évier (sur une pile d'assiettes sales...) dans Liaison fatale, film sulfureux à l'époque, comme l'était un an auparavant Neuf semaines ½, tous les deux d'Adrian Lyne. Celui-ci continua dans la provocation ensuite en 1993 avec Proposition indécente, où Demi Moore accepte pour un million de dollars de tromper son mari avec Robert Redford. Le sujet du film donna lieu à de nombreux sondages dans la presse féminine et à quelques discussions télévisées (et le film suivant d'Adrian Lyne sera une nouvelle adaptation de Lolita...). Demi Moore toujours, en patronne violeuse de Michael Douglas dans Harcèlement, et c'est toute une flopée d'associations qui s'élèvent contre l'affiche, jugée trop suggestive. Douglas s'en va alors coucher avec Jeanne Tripplehorne et, surtout, Sharon Stone dans Basic Instinct, qui embrasa le Festival de Cannes de 1992 avec son croisé-décroisé de jambes déculottées. Deux ans auparavant, c'est David Lynch qui avait fait s'empourprer les joues des spectateurs de la Croisette avec Sailor et Lula, violemment érotique et palmé d'Or. Mais si la fin des années 80 est riche en ébats, rien ne vaudra le décalage sexy et outrancier des années 70, dont le Rocky Horror Picture Show est le meilleur témoin. Et pendant tout ce temps, James Bond en est resté au missionnaire.


LES NOUVEAUX ROMANTIQUES

Nouvelles sexualités, nouveaux désirs, certaines relations atypiques n'en restent pas moins profondément glamour. Exit les films trop centrés comme Maurice, où Hugh Grant a tout de même le courage de jouer un gay alors que l'homosexualité vient à peine d'être rayée de la liste des maladies mentales. Lancée avec Bound et Méprise multiple, la mode des films "où une fille aime une autre fille" se fait lourdaude, aucune série télé depuis ne faisant l'impasse sur ce ressort dramatique. Il ne s'agit pas non plus de La Cage aux folles et de ses émules, de Priscilla folle du désert à Pédale douce, en passant récemment par Hedwig and the angry inch (par ailleurs réussi).


Non, le romantisme moderne s'exprime pleinement dans des films comme Tueurs nés, Sailor et Lula et, surtout, True Romance. A chaque fois deux jeunes paumés, de la violence, du sexe, mais surtout un amour à toute épreuve, que rien n'ébranle. Mickey et Mallory Knox deviennent ainsi un couple mythique, des criminels, mais dont l'amour dépasse tout et fait des envieux. Sailor n'hésitera pas à tuer pour s'enfuir avec Lula, et Clarence et Alabama vaincront tous les obstacles ensemble, envers et contre tous. Jamais l'amour et la mort n'ont été aussi proches que dans ces films. Leurs histoires sont pourtant objectivement assez effroyables, tout n'étant que sang, douleur, trahison, meurtre... et pourtant, chacun se prend à rêver de vivre une telle Histoire d'amour, de celles qui se fortifient dans l'adversité.


Certaines circonstances forcent aussi les personnages à être d'insatiables romantiques, tels Louis et Lestat dans Entretien avec un vampire, relation homosexuelle latente, au moins fantasmée si ce n'est consommée, en tout cas ambiguë. La première morsure que donne Lestat à Louis est savamment érotique, l'assouvissement d'une pulsion qui conduit littéralement au septième ciel. Ensuite, ils ne cesseront de se conduire comme un couple. Fascinant. La relation qu'entretient Bruce Wayne/Batman avec Selina Kyle/Catwoman est également à la fois excitante et dangereuse, le couple s'aimant à découvert et devenant ennemis en enfilant leur costume. Un vrai jeu du chat et de la (chauve) souris, qui culminera lors d'une scène de baiser sous le gui... Tim Burton s'y connaît en romantisme, lui qui a déjà percé le coeur de M. Jack pour la poupée Sally, courtisée au clair de lune, et d'Edward, qui ne pourra jamais tenir la main de Kim et qui par dépit, par amour, lui offrira de la neige à chaque Noël... Aucun cadeau ne sera jamais aussi beau.





 
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