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FEMIS - GENERATION 90
Arnaud Desplechin a fait partie de cette génération montante
désignée sous le terme de la Nouvelle "Nouvelle Vague". Pascale Ferran, Eric Rochant, Noémie
Lvovsky, Emmanuel Salinger, Christian Vincent, etc. Une école de cinéastes qui empiètent les
uns sur les autres, s'entraident, cosignent ensemble leurs scénarios, s'échangent leurs acteurs,
et proviennent pour la plupart de la même promo, celle de l'IDHEC.
LIBERES AUX YEUX DU MONDE
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Le premier à ouvrir la voie n'est autre qu'Eric Rochant, avec le
feu de paille sublime et désenchanté que fut Un monde sans pitié, co-écrit justement par
Arnaud Desplechin. Trente ans après A bout de souffle et Les 400 coups, Rochant
parvient à saisir sur le vif une jeunesse parisienne totalement désillusionnée incarnée par
l'immortel Hippo (Hippolyte Girardot, qui entre immédiatement dans la légende du cinéma français).
Avec ce film drôle et triste à la fois, cette histoire d'amour qui oscille entre l'optimisme et le
pessimisme, le cinéaste réconcilie critique et public, adorateurs du cinéma d'auteur et fans du cinéma
de divertissement. En outre, le film révèle une future star en la personne d'Yvan Attal, qui remporte
par ailleurs le César du meilleur espoir masculin (le film décrochant celui de la meilleure première
œuvre). En un film, rapidement suivi de plusieurs autres, c'est le cinéma français des années 80 qui
implose, sclérosé qu'il était par le cinéma de papa revenu à la mode sous l'impulsion de Claude Berri.
De la Nouvelle Vague des années 60, de ce courant qui avait si bien su capter Paris et sa jeunesse,
il ne restait presque plus rien: Rozier, Rohmer, La Femme d'à côté, Mona (Sans toit ni
loi), c'est peu. Un monde sans pitié ravive tout ça, s'impose en initiateur au box-office
d'une génération qui prendra modèle sur la précédente, et sera comme elle rapidement "à bout de
souffle". A l'aube des années 90, elle ne s'en soucie guère et rapidement, l'école se met en place,
accumulant les succès. Le public français, hilare, répète en cœur "Mais elle est immmmonde"
avec Fabrice Luchini (La Discrète), se laisse disséquer et psychanalyser par Pascale Ferran
(Petits Arrangements avec les morts - Caméra d'or à Cannes), émouvoir par le preneur d'otages
Yvan Attal (Aux yeux du monde). Pendant ce temps, les deux Cédric (Klapisch et Kahn)
parviennent à imposer leur vision du monde avec Riens du tout et Bar des rails.
C'est au milieu de cette génération, en 1992 avec La Sentinelle, que naquit le talent
incroyable d'Arnaud Desplechin.
LE ROI LEO
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Film sur le devoir de mémoire, sur l'anonymat des personnes disparues
lors de la Guerre froide, mais également film de groupe dans lequel le cinéaste, comme à son
habitude, tourne autour d'un genre sans jamais l'investir (ici le film d'espionnage), La
Sentinelle est sans doute l'un des films français les plus forts et les plus matures de
ces dix dernières années. Parce qu'il y a chez Desplechin une aptitude à tout globaliser (temps -
1945 à aujourd'hui - et espace - Europe partagée encore sous le coup de la Guerre froide) dans
un film essentiel, à travers le destin d'un étudiant en médecine légale tentant de redonner vie
à un mort. L'enquête, pourtant secondaire, se révèle passionnante de bout en bout, et la cohérence
de la mise en scène (un plan, notamment, retranscrit littéralement le but avoué du film: pénétrer
à l'intérieur de la mémoire et de la conscience collective) achève de faire de l'ensemble une
œuvre d'une rare perfection thématique. Dès ce deuxième film, co-écrit par Emmanuel Salinger,
Pascale Ferran et Noémie Lvovsky, le cinéaste révélait ses penchants pour le film de groupe, pour
l'action hors champ, pour la prédominance du rôle du témoin. Comme dans La Vie des morts,
son premier (moyen) métrage, dans lequel il ne montrait jamais le corps du défunt, il ne tourne
pas un film d'espionnage mais un film sur les témoins de l'enquête, sur un étudiant parachuté au
beau milieu d'un monde qui le dépasse. Une beauté à couper le souffle pour un film éprouvant et
au charme persistant, distribué dans le monde entier, pour lequel Salinger remporta le César du
meilleur espoir masculin. Un film surtout qui imposa le cinéaste comme le plus doué de sa génération,
l'un des rares réellement aptes à poursuivre une carrière.
IL NE DOIT EN RESTER QU'UN
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Comme leurs aînés, les cinéastes de cette Nouvelle Vague moderne,
qui étaient pourtant parvenus à instaurer et exploiter un réel esprit communautaire entre leurs
films, ne passeront pas pour beaucoup le cap du second film. Ce cinéma, aux budgets restreints,
aux éclairages naturels, aux sujets humains avant tout, ne verra quasiment pas la seconde moitié
des années 90. Agnès Merlet se plante avec son pourtant terriblement émouvant Fils du requin.
Philippe Harrel ne donne plus de nouvelles depuis L'Histoire du garçon qui voulait qu'on
l'embrasse. Pascale Ferran ne fait plus rien depuis son sympathique téléfilm (L'Âge des
possibles). Christian Vincent, après un second film en demi teinte (Beau Fixe), passe
de l'autre côté de la barrière avec La Séparation. Eric Rochant enchaîne les échecs avec
des films pourtant ambitieux et réussis (Total Western, Anna Oz, Les
Patriotes). Financièrement, celui qui s'en sort le mieux, qui a compris les envies du public
et en a le mieux réalisé la synthèse avec son propre cinéma, c'est Cédric Klapisch, qui ne s'éloigne
que très peu de ce genre avec L'Auberge espagnole. Gros succès public pour ambitions certaines
et film réussi. De son côté, et avec la caution Pialat (il est fréquemment désigné comme son digne
successeur), Cédric Kahn obtient un joli succès avec un film à part, au concept surprenant mais
attirant, L'Ennui. Quant à Desplechin, il constitue le somptueux héraut d'une génération
en perdition. Accumulant les chefs-d'œuvre, exploitant les genres les uns après les autres, il
parvient à systématiquement se renouveler et à construire une œuvre dense, cohérente, et lumineuse.
Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) et Esther Kahn, deux films majestueux,
précèdent le nouveau Rois et reine, peut-être son meilleur film. S'il ne devait en rester
qu'un…
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