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PUISQUE VOUS PARTEZ EN VOYAGE


Les saisons chaudes sont propices au voyages. Les jours s'allongent et permettent de se laisser aller aux rêveries. Se déplacer dans l'air, dans le temps et dans l'espace, tel est justement le principe et la force du cinéma. Voyager dans un film, c'est toujours faire plus que d'aller d'un point vers un autre. Il s'agit toujours d'une découverte, d'une cinématographie nouvelle, d'une culture particulière, d'un auteur inconnu. La recherche d'un imaginaire enfiévré ou bien d'un trésor enfoui. Mais, au terme de ce périple à travers neuf films sur le voyage, c'est toujours nous-mêmes que nous retrouvons.


LE VOYAGE A TOKYO
(Yasujiro Ozu - Japon - 1953)
Avec Chishu Ryu, Setsuko Hara, Haruko Sugimura.

Dix ans avant sa mort, Yasujiro Ozu mettait en scène son testament cinématographique, l'œuvre maîtresse qui allait définitivement l'imposer comme un grand cinéaste aux yeux du public occidental. Le Voyage à Tokyo n'a rien d'un récit touristique. Ozu ne s'intéresse guère aux lieux visités par le couple. Il préfère explorer les sentiments humains, gratter la surface paisible de la vie familiale pour mieux en déceler les failles. Le déplacement n'est pas tant géographique que temporel. Shukichi et Tomi, les deux voyageurs, sont les témoins vieillissants des transformations de la péninsule nippone. Ils n'ont plus leur place au sein du monde moderne individualiste. Leur belle-fille Noriko, veuve depuis la mort de son mari à la guerre, n'a toujours pas fait le deuil de son passé. Elle est donc la seule à les accueillir sans arrière pensée. Lors d'une nuit d'ivresse, Shukichi et d'anciens amis expriment leur amertume face au temps qui passe et leur exaspération devant l'ingratitude de leurs chères progénitures. Se refusant à tout sentimentalisme, Ozu filme la mort qui rôde avec une pudeur extrême. L'un des rares travellings du film renforce le chagrin et la mélancolie des deux petits vieux arrivant au terme de leur voyage, plus seuls que jamais. Bouleversant de vérité.

Yannick Vély



L'HOMME QUI VOULUT ETRE ROI
(John Huston - GB/USA - 1975)
Avec Sean Connery, Michael Caine, Christopher Plummer.

L'Homme qui voulut être roi est la plus belle adaptation de Rudyard Kipling qu'on pouvait imaginer. L'écrivain, qui est né et a vécu aux Indes aux grandes heures de la domination coloniale britannique, est le chantre d'une époque révolue. Celle où la Terre devait encore être explorée, où l'inconnu restait dominant, où l'aventure rimait avec le quotidien. Il défend une forme de quintessence de l'idéologie coloniale, empreinte d'une certaine naïveté. Le film de John Huston, alors au sommet de son art, enrichit cet univers de sa vision de cinéaste. La majesté d'espaces quasi-infinis, entre montagnes et déserts, se conjugue avec la découverte d'une civilisation et de ses richesses. Assorti de considérations plus humaines comme la lutte pour le pouvoir, il règne sur ce film le souffle de la grande épopée. Simples soldats de l'armée britannique, armés de leur seule soif d'aventure, Sean Connery et Michael Caine arrivent dans un monde inconnu. Ils deviennent brusquement des demi-dieux pour un peuple en quête d'idoles à adorer. Un nouveau statut qui n'est pas facile à gérer. Montrer les limites de la domination n'est pas la moindre des qualités de L'Homme qui voulut être roi.

Sébastien Laeng



HONKY TONK MAN
(Clint Eastwood - USA - 1982)
Avec Clint Eastwood, Kyle Eastwood, Alexa Kenin.

Une douce mélodie s’échappe d’un autoradio: Honkytonk Man. La voiture est garée dans un cimetière à l’ombre des arbres. Dans une des allées un jeune couple marche paisiblement. Le générique de fin défile, l’ouragan qui avait ouvert le film est loin derrière, effacé, oublié. La route est longue des vastes plaines de l’Oklahoma à Nashville, c’est pourtant celle que Red Stovall décide de suivre. Country man ambulant rongé par la peur du succès, alcoolique atteint de la tuberculose, il se lance sur le chemin de la rédemption vers le Grand Ole Opry, Mecque du Honkytonk. Pèlerinage salvateur ou simple fuite en avant, Red se laisse entraîner par ses pulsions et son amour pour la musique. Pour le chaperonner, deux adolescents, Whit et Marlene. Voulant échapper à la dépression ils s’embarquent à ses côtés dans un voyage initiatique en roue libre. A travers son objectif connaisseur, Clint Eastwood nous offre une visite guidée au pays de la Country et des passions destructrices.

Julie Anterrieu



DANGEREUSE SOUS TOUS RAPPORTS
(Jonathan Demme - USA - 1987)
Avec Melanie Griffith, Jeff Daniels, Ray Liotta.

C'est avec ce road-movie déjanté que Jonathan Demme s'est imposé. Avant cela, il s'était essayé au polar hitchcockien, au concert filmé, au western romantique et au petit budget estampillé Roger Corman. Dangereuse sous tous rapports est ainsi la somme de toutes les expériences que Jonathan Demme a accumulé au cours de la première partie de sa carrière, nous proposant un voyage à travers les différents genres et paysages du cinéma américain. Le film commence comme une comédie légère et endiablée: une brune ravageuse (Melanie Griffith) kidnappe un yuppie ahuri (Jeff Daniels), l'entraînant dans un long périple rocambolesque à travers les USA, puis progressivement dévie vers un thriller avec l'apparition de l'amant psychopathe (Ray Liotta). Demme radiographie la société américaine des eighties, opposant l'Amérique des villes (moderne, ludique, sexy, artificielle) à celle des champs (nostalgique, mystérieuse, inquiétante, profonde). Par l'intermédiaire de Melanie Griffith, Demme fait découvrir à son héros candide et aux spectacteurs des gens et des horizons différents. A la fin, Jeff Daniels, changé physiquement et mentalement par cette quête, démissionne de son boulot de trader, laissant ainsi de côté les symboles des années Reagan, pour partir vers l'inconnu.

Ghislain Vigouroux


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